Fabio Paratici a-t-il vraiment les épaules pour être à la tête de la Juventus ?

Par Boris Abbate publié le 22 Fév 2020
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Depuis le départ de Guiseppe Marotta en octobre 2018, Fabio Paratici s’est vu attribuer les pleins pouvoirs à la direction sportive de la Juventus. Il avait alors l’occasion de montrer qu’il pouvait lui aussi voler de ses propres ailes, et prouver à son tour qu’il était la vraie valeur ajoutée au sein du club turinois. Pourtant, après pratiquement deux saisons passées sans son mentor Marotta, le boss de la Vielle Dame commence tout doucement à essuyer les critiques. En cause, ses deux premiers mercato totalement ratés, qui coïncident avec l’actuelle mauvaise passe de la Juventus. Et si l’Italien n’était finalement pas au niveau ?

Une session estivale sous le feu des critiques

16 juillet 2018. Cristiano Ronaldo pose pour la première fois ses fesses dans la salle de presse de la Juventus. Dehors, c’est la folie. Et dans la salle, les journalistes du monde entier s’entassent comme des sardines. En première ligne, aux cotés de la star portugaise, figure d’ailleurs Fabio Paratici, et non Beppe Marotta. Car ce coup là, c’est bien Fabio qui l’a imaginé. C’est lui qui l’a rendu possible, et qui l’a réalisé. Et c’est aussi lui qui a trouvé les mots justes pour convaincre le président Agnelli. Symbole d’un homme qui monte alors en puissance, Paratici se retrouve 5 mois plus tard comme directeur sportif numéro un suite au départ de Marotta. Et après un premier mercato hivernal où il se contente simplement de rappeler Caceres pour couvrir le départ de Benatia, Paratici commence véritablement son travail la saison suivante.

Ce travail, il a eu lieu cet été, et le dirigeant turinois a pour la première fois tout décidé seul, en récoltant alors les premières critiques des tifosi. Paratici s’est donc attaqué en premier au chantier de la défense, qui était à reconstruire après la retraite de Barzagli. Demiral et De Ligt sont donc arrivés, et si l’achat du premier cité reste tout à fait logique, le second défie lui les lois économiques du club, car la Juve a déboursé près de 80 millions et offert un salaire à deux chiffres au jeune défenseur ! Mais ce n’est pas tout, car au niveau des latéraux, Fabio Paratici en a là aussi surpris plus d’un ! La paire Cancelo/Spinazzola (qui avait enchanté le Juventus Stadium et renversé l’Atletico en C1) a été vendue, et seul Danilo, qui alterne blessures et piètres prestations depuis le début de saison, est venu renforcer les cotés. Il y a bien eu entre temps l’arrivée du jeune latéral gauche Pellegrini, mais l’Italien a dans la foulée été prêté à Cagliari. Un choix consternant puisqu’à l’heure actuelle, seulement 3 latéraux complètent l’équipe ! Ce qui oblige Sarri a constamment aligner Cuadrado à ce poste là.

Au milieu de terrain, le mercato de Paratici a aussi montré une certaine limite. Alors que les supporters attendaient des grands noms et espéraient enfin de la qualité dans un secteur qu’ils jugeaient crucial, seuls Rabiot et Ramsey sont débarqués. Certes, ils sont arrivés libres. Mais le Français a quand même mis 6 mois avant d’enchainer 3 sprints et ne s’est toujours pas montré décisif, tandis que le Gallois est pour l’instant fantomatique. Mais ce mercato aura aussi été marqué par de nombreuses ventes ratées, à l’image des Dybala, Mandzukic, Higuain, Can ou encore Rugani. Résultat, en décembre dernier, Giovanni Cobolli, ancien président de la Juventus, a dégainé publiquement le premier : « Agnelli s’est planté en laissant une grande marge de manœuvre à Paratici, car sa campagne de recrutement et de ventes est beaucoup trop mauvaise ». 

Autre symbole de la gestion Paratici : le cas Mandzukic. Ecarté du groupe, puis finalement vendu. Lui qui venait pourtant de prolonger la saison passée…

Un hiver très mal géré ?

Pourtant, malgré ce mercato d’été manqué, la Juventus a quand même enchainé de bons résultats, mais le mercato d’hiver a une nouvelle fois mis Paratici dans une sale situation. Avec la blessure de Demiral (fin de saison), le boss a préféré faire confiance au retour de Chiellini, plutôt que de miser sur un autre défenseur pour palier une éventuelle rechute de ce dernier. Aussi, Paratici s’est complètement contredit en vendant Emre Can dans les derniers jours du marché, le tout en ne recrutant aucun autre joueur ! Ce qui laisse là aussi perplexe quand on connait la fébrilité et les nombreuses blessures dans le milieu de terrain turinois !

Il y a bien eu une opération exécutée, quand même, avec l’achat de Kulusevski pour 45 millions d’euros. Mais encore, elle laisse ici aussi sont lot d’interrogations ! Car le joueur de Parma rejoindra la Juventus seulement la saison prochaine, et que son prix peut sembler assez élevé quand on sait qu’il dispute sa première saison en Serie A ! Le mercato hivernal a donc encore pointé les choix risqués du Turinois, surtout qu’en parallèle, Marotta et l’Inter se sont considérablement renforcés, avec les arrivées de Young, Eriksen et Moses ! Le tout avec une balance budgétaire positive !

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Paratici a dépensé 45 millions d’euros pour Kulusevski. Mais le Parmesan n’arrivera que la saison prochaine…

Une situation financière qui commence à faire parler…

En réalité, depuis le départ de Marotta et l’arrivée de Ronaldo, la Juventus se mue tout doucement en un club ultra dépensier, et Paratici en est le principal porte étendard. En deux saisons, la Juve a ainsi sorti quasiment 230 millions d’euros pour trois joueurs (Ronaldo, De Ligt, Kulusevski), sans compter les salaires faramineux qui y sont associés ! Une approche nouvelle dans sa stratégie, qui a néanmoins d’importantes répercussions ! Calciomio vous en parlait en début d’année, depuis l’étude de KPMG, la Juventus affiche une hausse de son déficit de 40 millions d’euros ! Mais bien pire encore, la Vielle Dame n’est plus dans les règles de l’UEFA concernant le ratio masse salariale/recettes totales, où la limite est fixée à 70 %, et où la Juve en est à 71% !

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Le ratio masse salariale/recettes totales de la Juventus ne respecte pas le seuil recommandé par le fair-play financier de l’UEFA

Une conséquence directe des recrues couteuses des dernières saisons et des ventes ratées cet été ! Résultat, la Juventus a récemment annoncé une nouvelle augmentation de capital de 300 millions, pour officiellement « couvrir les besoins financiers de ces douze prochains mois ». Quoi qu’il en soit, la situation financière du club sera quoiqu’il arrive en négatif cette saison, et un joli parcours en C1 est quasi obligatoire pour la Juve afin d’éviter des sanctions (les droits TV gonflants alors les recettes du club) ! Pour Fabio Paratici, le discours est le même ! Car une saison ratée signerait probablement la fin de son aventure turinoise, et certains clubs comme l’AS Roma commencent déjà à s’intéresser à son profil ! Affaire à suivre !

Boris Abbate

Rédacteur



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