Ezio Vendrame, le poète anti-conformiste du Calcio

Par Gilbert Simonutti publié le 09 Avr 2020

Samedi dernier, le football italien a perdu l’un de ses anciens joueurs les plus controversés de son histoire. Mélange de talent, poésie et folie, Ezio Vendrame est parti à 72 ans d’un banal cancer alors que toute sa carrière n’a été qu’anti-conformisme. Pour beaucoup, un George Best à l’italienne.

Cheveux longs, barbe mal rasée, la langue toujours bien pendue, Ezio Vendrame dénotait dans le Calcio des seventies et la multitude des anecdotes qu’il aimait raconter pendant et après sa carrière de footballeur ne pouvait pâlir (et encore) que devant celles du mythique ailier Nord-irlandais. S’il n’a pas eu la carrière que son talent méritait, il a eu en contrepartie une notoriété bien au-dessus du niveau de sa carrière. A l’image d’un personnage qui n’a jamais rien fait comme les autres. Natif de Casarsa, comme Pier Paolo Pasolini, dans les plaines du Frioul, élevé dans un orphelinat à partir de l’âge de 6 ans, Vendrame était touché par la grâce footballistique. Ses dribbles et sa fantaisie étaient un cauchemar pour tous ses adversaires. Formé à l’Udinese (à l’époque en Serie C), il rejoint la Spal mais se met à dos le président Mazza qui ne supporte pas ses bizarreries. Ce n’est que 3 saisons plus tard qu’il explose, à Vicenza.

Dieu vivant à Vicenza, il ne réussit pas au Napoli

En 3 ans chez les Biancorossi, Vendrame éclabousse la Serie A de sa classe. Si ses prestations ne font pas ressentir ses soirées à écumer les Osterie de Vicenza, son plus grand regret de son passage au Lane aura été au final d’avoir mis un petit pont à son idole d’enfance Gianni Rivera. Prêt pour le grand saut, il choisit le Napoli plutôt que l’Inter. La négociation de son contrat est a l’image du personnage, « certain de lui demander la lune, j’ai demandé au président le double de mon salaire à Vicenza. Il a dit oui tout de suite. je n’ai appris que plus tard que je touchais la moitié du plus faible salaire du club. » Sous les ordres de Vinicio, Vendrame ne rentre pas dans le moule du rigide mais moderne entraineur brésilien. Seulement 3 rencontres disputés et des nuits entières passées à boire et à s’occuper de ses innombrables conquêtes féminines dans la chambre de son hôtel ou même dans les vestiaires du Sant Elia de Cagliari alors que ses coéquipiers affrontaient équipe locale.

Footballeur puis écrivain

Le très haut niveau n’était pas fait pour lui et Vendrame retourne dans le Nord-est de l’Italie, Tout d’abord à Padova, en Serie C où il s’éclate. Les anecdotes y sont nombreuses. De la fois où, lors d’un match contre la Cremonese où le 0-0 arrange tout le monde, il dribble toute son équipe avant de s’arrêter devant la ligne de but à celle où il s’arrête en pleine action pour monter saluer un ami dans les tribunes de l’Appiani en passant par celle où il inscrit un but directement sur corner après l’avoir dit aux supporters de l’Udinese qui le sifflaient, Vendrame s’amusait sur un terrain. Et en dehors. Il finira sa carrière dans son Frioul natal par le seul titre de sa carrière, un championnat de Serie D avec Pordenone et par une suspension à vie (retirée après coup) pour avoir retiré le sifflet de la bouche de l’arbitre alors qu’il était déjà revenu à Casarsa. Il entrainera ensuite les jeunes de clubs aux alentours et adonnera à une autre de ses passions, l’écriture. Plusieurs de ses livres auront connu un certain succès et il finira sa carrière publique au festival de Sanremo où, dans le rôle de chroniqueur, il apostropha lourdement le chanteur Gigi d’Alessio devant plusieurs millions d’Italiens. Du début à la fin, Vendrame n’aura rien fait comme les autres et c’est bien ça qu’on retiendra de ce personnage vraiment hors norme.

Gilbert Simonutti

Rédacteur



Lire aussi