Etoile Rouge de Belgrade – Milan AC 1988 : la victoire se cachait derrière le brouillard

Par Aurélien Bayard publié le 18 Fév 2021
Crédits

Novembre 1988, Milanais et Belgradois sont en train d’en découdre sur la pelouse du Marakana. Profitant de l’inattention des 22 acteurs, un invité surprise fait irruption, le brouillard. Son épais voile recouvre l’intégralité du stade et empêchent les joueurs de voir plus loin que le bout de leur nez. L’arbitre arrête la rencontre et tout ce petit monde doit se retrouver le lendemain…

Octobre rouge

Menés 1-0 et virtuellement éliminés, les Rossoneri avaient bien besoin d’un coup de pouce du destin pour échapper au traquenard serbe. Mais si les hommes d’Arrigo Sacchi étaient dans cette situation inconfortable, ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Quinze jours plus tôt, l’Étoile Rouge se présente à San Siro. Les Milanais sont sûrs de leur force. Ils comptent dans leur rang un trio néerlandais tout juste auréolé d’un titre de champion d’Europe, Ruud Gullit, Franck Rijkaard et Marco Van Basten. Cependant, dans cette Europe pré-arrêt Bosman, chaque club pouvait se montrer dangereux grâce à ses pépites locales. L’Étoile Rouge de Belgrade ne fait pas figure d’exception. Elle regorge de jeunes talents comme Dejan Savićević, Dragan Stojkovic et Robert Prosinečki.

Dès le coup d’envoi, les Serbes prennent à la gorge un Milan AC qui ne s’attendait pas à autant d’agressivité. Mais les réduire à leur mentalité guerrière serait un véritable affront. La tactique concoctée par Branislav Stankovic donne l’impression qu’Il Diavolo joue contre lui-même.

Face à leur propre reflet, les Rossoneri se retrouvent sans idée. Il n’est donc pas étonnant de voir les Slaves ouvrir le score par l’intermédiaire de Stojkovic juste après le retour des vestiaires. Alors que les télévisions italiennes sont toujours en train de diffuser le but, Virdis égalise aussitôt. Malgré cet emballement, le tableau d’affichage ne bougera plus.

Bien qu’en ballotage défavorable, Sacchi reste confiant. « Nous gagnerons au retour » balance le mage de Fusignano ! « Ce sera dur, leur stade est un enfer » tempère toutefois Marco Van Basten.

Si proche, si loin…

Les Milanais débarquent dans un Marakana bouillant. La tension est presque palpable et la nervosité se lit sur les visages des joueurs rossoneri. Une nouvelle fois ce sont les Serbes qui dominent les débats. Stojkovic enrhume la défense lombarde et sert Savicevic qui ne se fait pas prier pour battre Galli.

L’Étoile Rouge se sent pousser des ailes et les planètes commencent à s’aligner pour croire en l’exploit. 57ème minute, Virdis perd ses nerfs et adresse un coup de poing à Goran Juric. L’arbitre allemand Dieter Pauly n’a pas d’autre choix que d’expulser le Sarde, les Serbes aperçoivent déjà les quarts de finales. Ils se dérobent aussitôt lorsque l’homme en noir décide de stopper le match huit minutes plus tard. Sous cette brume épaisse, il est impossible de jouer au football dignement…

Le Milan AC a de la chance, il dispose d’une nouvelle chance pour se qualifier. Toutefois, il doit se passer de Virdis ainsi que d’Ancelotti. Don Carlo a malheureusement écopé d’un carton jaune qui le prive de cette « belle ». Le règlement est cocasse, les avertissements ou expulsions sont bien pris en compte mais le tableau d’affichage est remis à zéro.

Le match qui ne voulait pas de vainqueur

Sacchi décide de motiver ses troupes afin qu’ils ne fassent pas trois fois la même erreur. Ils attaquent d’entrée de jeu et, au bout de quatre minutes, Van Basten lève déjà les bras au ciel pour célébrer son but. Problème, le Néerlandais est le seul à avoir vu que la balle est rentrée dans les cages, l’arbitre faisant signe que le jeu doit continuer.

Pas abattus pour autant, les Milanais reprennent leur marche en avant. Rijkaard, Evani, Donadoni et consort organisent le siège du but adverse. Van Basten trouve une nouvelle fois la faille et ne laisse planer aucun doute sur la validité du but.

Cependant, à l’instar du match aller, l’égalisation arrive rapidement. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Savicevic balance un amour de passe à destination de Stojkovic. Après s’être joué de l’arrière-garde lombarde, Dragan arme un missile sol-air qui ne laisse aucune chance au pauvre Galli. Tout est à refaire.

Les deux équipes cherchent à l’emporter mais la plus grosse frayeur n’est pas l’œuvre d’une attaque subtilement placée. Juste avant la fin du temps réglementaire, Vasiljevic dispute un ballon aérien avec Donadoni. Son coude se loge directement dans la tête de l’ancien sélectionneur de la Nazionale qui s’écroule sur le terrain.

Les yeux révulsés, Il Dona est en train de s’étouffer avec sa langue. Heureusement pour lui, l’un des membres du staff de l’Étoile rouge réussit à l’en empêcher en lui brisant la mâchoire.

Au loin, les Rossoneri se demandent si leur coéquipier est toujours en vie. Savicevic s’approche alors de Maldini et lui murmure que tout va bien. « Roberto est vivant » hurle alors le fils de Cesare à ses partenaires ! Rassuré, le Milan AC peut donc aborder les prolongations sereinement.

Onze mètres, la solitude du tireur de penalty

30 minutes plus tard, toujours ce score de parité. La loterie des tirs au buts décidera donc du vainqueur. Les deux premiers tireurs de chaque camp ne flanchent pas. Savicevic s’avance.

Celui qui portera le maillot rossonero dans 4 ans se rate alors dans les grandes largeurs. Un tir trop mou, plein centre, qui ne surprend pas Galli. Les Lombards prennent l’avantage dans cette séance asphyxiante.

Au tour d’Evani de se présenter face à Stojanovic. De son pied gauche, il envoie la balle directement dans le but. Un autre gaucher tente sa chance, Mrkela, mais Galli se détend de tout son long et repousse son tir. Franck Rijkaard a maintenant la balle de match entre ses pieds.

Il frappe, poteau … rentrant ! Le destin a choisi son camp, Il Diavolo est qualifié. Cette bataille épique devient l’élément fondateur du « Grand Milan de Sacchi », celui qui roulera sur l’Europe jusqu’au départ du mage de Fusignano. Merci le brouillard…



Aurélien Bayard



Derniers articles

Le récap quotidien des actus par email

Calciomio est le seul média français qui traite à 100% l'actualité du foot italien. Renseignez votre email pour recevoir chaque matin un email regroupant les meilleures brèves du Calcio.