Eté 1980, quand l’Italie rouvrait ses frontières

Par Michaël Magi publié le 16 Sep 2020

1966. La Nazionale sort sans gloire de la pire compétition mondiale de son histoire. Humiliée par la Corée du Nord. Pour les institutions du calcio, le coupable est évident : les joueurs étrangers qui relèguent les pépites du cru sur le banc. 14 ans plus tard, constatant les désastres de la fermeture de ses frontières sur la qualité du championnat et sur la compétitivité des clubs italiens en Europe – seul l’AC Milan surnage avec une Champions en 69 et deux Coupes des Coupes en 68 et 73 – les décideurs font machine arrière. Timidement puisqu’ils autorisent les clubs de la botte à recruter un seul étranger.

Fortunes et Infortunes

Les clubs italiens se précipitent dès lors sur le marché comme des morts de faim. L’Inter jette son dévolu sur l’autrichien Prohaska. La Juve sur l’Irlandais Liam Brady. Les argentins Marchesi et Bertoni s’engagent respectivement au Napoli et à la Fiorentina. Les petits ne sont pas en reste. Pistoiese, le promu, défraye ainsi la chronique en attirant le Brésilien Luís Sílvio pour 170 millions de Lires. Un gosse de 20 ans, élu révélation de la saison brésilienne en 79, dont on attend monts et merveilles mais que l’on a en réalité jamais vu jouer.

La preuve, accueilli à la sortie de l’avion par les dirigeants toscans, le joueur doit préciser lui-même son poste. Une discussion qui entrainera sa perte… selon lui : « Ils m’ont demandé : « sei una punta ? ». Et j’ai répondu oui. Parce que que j’ai compris « ponta », avec un o, qui en portugais signifie ailier. J’ai signé et je me suis retrouvé avant-centre. Un désastre. On attendait que je marque des buts à la pelle alors que j’étais un spécialiste du centre. Tout au plus, je pouvais jouer deuxième attaquant. Punta, ponta : ruiné par une voyelle ». Le petit brésilien ne jouera que 6 matchs. Et restera en Italie comme le roi des bidone, ainsi que l’objet de légendes urbaines drolatiques, devenant tour à tour – selon les ragots – pizzaiolo, gérant de cinéma porno. Et même vendeur de glaces devant le stade de Pistoia.

Falcao, légende romanista

Au-delà de ses infortunes croustillantes, 1980 coïncide surtout avec le renouveau du football de club italien. Le début de plus de deux décennies dorées. Deux ans plus tard, la Serie A accueillera Michel Platini. 4 ans plus tard, Maradona le rejoindra pour fonder l’une des plus belles rivalités de l’histoire. Mais en 1980, un grand joueur pose déjà ses valises en Italie. Un artiste intemporel : Paulo Roberto Falcão. Quand le milieu de l’Internacional débarque à l’aéroport de Fiumicino, 5000 supporters giallorossi sont là, pour lui faire bon accueil. Un mois plus tard, le joueur joue son premier match avec l’AS Roma, à Como. La victoire est au bout, par la plus petite des marges. Sa prestation divise. Adoubé par certains, moqué par d’autres qui le traitent de Bidule Cosmos (en référence au club new-yorkais).

La tâche

Si Falcão n’explose pas les statistiques, durant ce premier exercice, il contribue à transfigurer une Roma qui a fini l’exercice précédent à la 6ème place. Et lui permet de rêver d’un scudetto. Hélas, le dénouement est plus qu’amer. Et entaché de soupçons alors que le calcio a vécu un été également mouvementé sur le terrain des affaires, avec le scandale du Totonero. En cause, le match au sommet entre giallorossi et bianconeri à Turin ; et un but, refusé par Paolo Bergamo au romanista Maurizio Turone pour un hors-jeu qu’aucune technologie n’aura été en mesure de confirmer.

Aujourd’hui encore, cette décision qui a offert le scudetto à la Juve est l’objet d’infinis débats et de crispations. Mais la Roma, comme Falcão finiront par décrocher le graal. Deux années plus tard, dans un exercice au cours duquel le Brésilien étalera toute sa classe ; astre dictant le jeu des Conti, Ancelotti, Di Bartolomei… Eclipsant les 16 buts de Platini. C’est ainsi que Falcão, grâce à la fin d’une législation absurde – mais plus encore à son talent – devint l’ottavo Re di Roma. Ainsi que le calcio se releva d’outre-tombe.

Michaël Magi



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