Et si Higuaín éclipsait Ronaldo ?

Par Rafaele Graziano publié le 21 Nov 2019

Au vu des statistiques personnelles et des records, il n’y a pas photo. Nul besoin d’être connaisseur pour affirmer que Cristiano Ronaldo est l’un des meilleurs joueurs de tous les temps, sans doute le plus digne de par son labeur. Il ne s’agit donc pas de le comparer à Higuaín. Cependant cette saison s’annonce très compliquée pour CR7 et le retour en force de Pipita, acclamé par la tifoseria, scellerait-il l’heure de sa revanche ?

Le timing parfait

Pourquoi le doute existe-t-il ? Si l’on entend de plus en plus parler d’un déclin du portugais, c’est parce que les statistiques ne sont plus de son côté. Lui, qui empilait les records et les trophées, figurait journée après journée dans les exploits de la semaine ou choquait la planète foot par ses chiffres affolants… est à la peine. Concrètement, Ronaldo au Real Madrid, c’était 1 but toutes les 85′ – une régularité impressionnante. En Serie A, ce ratio s’élève à 157′ (173′ depuis septembre). Pourtant sa première saison en Italie n’est pas un échec; scorer 21 fois sur son premier exercice est tout à fait honorable, même lorsqu’on s’appelle CR7. C’est sur cette entame de saison que le bât blesse tant le portugais montre des lacunes auxquelles nous n’étions plus habitués.

En effet, la baisse drastique de rendement de la superstar n’est que la conséquence d’un mal plus important encore : le manque de confiance. Ronaldo est réputé pour son mental d’acier, mais c’est bien par son comportement et ses choix que le portugais surprend. Désinvolture, nervosité, déchets techniques, prises de balle hasardeuses, marathons de dribbles impossibles et passes manquées, mais surtout énormément de tentatives pour peu de buts. Lui, qui lorsque le collectif ne suivait pas, faisait la différence, n’est plus décisif ! Son obsession du but – telle une fièvre de l’or – sa nervosité et son égo l’aveuglent au point de pénaliser un collectif qui lui tend les bras. Preuve en est du fameux remplacement aux conséquences médiatiques qui s’en sont ensuivies.

L’avantage du vécu

Et qui pointe le bout de ses crampons, prêt à saisir l’occasion tel un but à la 93′ ? Higuaín, qui connaît bien Ronaldo puisqu’il en a fait les frais à 2 reprises : au Real, où l’on lui préférait Benzema, et déjà à la Juve en 2018, où on l’évinça au profit du portugais. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid et Higuaín profite évidemment de la mésaventure de son collègue pour se montrer plus décisif, au point de redorer son blason auprès du peuple turinois – une aubaine pour lui après son passage à Milan puis Chelsea. Les retrouvailles avec le groupe mais surtout Sarri et Dybala semblent avoir fait le plus grand bien à l’argentin qui reprend confiance; il joue dans un système familier, avec un entraîneur qu’il admire et des coéquipiers qui n’ont plus de secrets pour lui.

Si cela pèse sur Ronaldo, c’est que la renaissance d’Higuaín se ressent sur le collectif – l’Argentin découvre, de par un temps de jeu réduit au profit de CR7, une facette jusque lors inconnue de son football : l’efficacité. Son apport se fait immédiatement sentir; il joue en pivot, décroche et le décale le jeu latéralement, trouve des espaces dans la profondeur et surtout, il combine techniquement avec élégance et agilité. Il n’y a qu’à voir ses une-deux avec Dybala (ou plus récemment Douglas Costa à Moscou). Higuaín marque et fait marquer, en Europe (1 but, 2 passes décisives) et en Italie (impliqué 3 fois sur ses 5 derniers matchs), alors saura-t-il saisir sa chance alors que l’ogre Ronaldo est au plus bas, ou la soif de but regagnée par ce dernier avec le Portugal aura-t-elle le dessus ?

Le plus intéressant à retenir, c’est la patience avec laquelle Sarri semble amener un système de jeu huilé et très riche techniquement. Au final, la réussite de la Juve passe par ces hommes et nul doute qu’Higuaín et Ronaldo sauront faire sortir le meilleur d’eux-mêmes au profit de la Vecchia Signora.

Rafaele Graziano



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