Ernesto Ceresini : Mort d’amour pour le Parma Calcio

Par Michaël Magi publié le 04 Fév 2020

Le 4 février 1990, il y a 30 ans, disparaissait l’un des plus grands Présidents du calcio : Ernesto Ceresini, l’homme qui posa les fondations du grande Parma des années 90.

Crève-coeur

En ce jour funeste du 4 février 1990, le Président Ceresini ne connait pas sa première alerte cardiaque. Mais la passion qu’il éprouvait à l’égard de son club était trop forte pour qu’il écoute les avertissements répétés des médecins. Trop forte pour qu’il consente à céder les rênes d’une ambition qu’il s’acharnait à façonner. C’est donc orphelins que ce dimanche là, les crociati reçoivent Como, dans un Ennio-Tardini ruisselant de larmes…

Les Biancoblu ne sont pas des foudres de guerre (NDLR : Como finira reléguée cette saison-là). Pourtant, Parma, en panne de confiance après avoir subi trois revers de rang, sonnée par le drame qui vient de se jouer, ne parvient pas à faire mieux qu’un triste 0-0. L’histoire est d’autant plus tragique que, quelques mois plus tard, Ceresini ne sera pas au bord du terrain pour voir son équipe triompher de la Reggiana et s’offrir enfin, après 77 années d’un destin chaotique, une historique promotion.

Sang gialloblu

Ce succès, personne n’en doute alors, Parma le doit à cet homme qu’une trop forte passion a fini par emporter. Originaire de Felino, petite municipalité située dans la proche banlieue de Parma, Ernesto Ceresini, dirigeant d’une entreprise florissante de BTP (et restaurateur à ses heures perdues) débarque à la tête du club gialloblu par hasard. Ou plutôt sur l’insistance de Giorgio Orlandini.

Directeur de l’UPI (Unione Parmense Industriali), Orlandini se dévoue depuis des années au soutien du développement économique et culturel de la région. Il vient même de mettre la main à la poche pour sauver le club parmigiano de la faillite. Proche de la famille Ceresini – mais aussi de la famille Tanzi, à la tête de l’Empire Parmalat – il parvient on ne sait trop comment à convaincre Ernesto de se lancer à l’assaut d’un milieu dont il ne connait ni les codes, ni les usages. Nous sommes à l’orée de la saison 1976-1977. Le Parma AC, comme il se nomme à l’époque, compte ses points de moisissures en Serie C. Son histoire, cet été-là, change enfin de dimension.

Le bâtisseur

Ceresini a fait l’essentiel de sa fortune dans le bâtiment. Flanqué de son fils Fulvio qui apprend dans son ombre, il ne peut ignorer que les fondations sont essentielles pour construire un édifice à même de résister à toutes les tempêtes. Il n’aura de cesse de s’atteler à cette tâche de longue haleine. Ressentant hélas dans sa chair chacun de ses échecs. En à peine trois saisons, l’imprenditore parvient à hisser Parma en Serie B, dont l’effectif est dirigé par Cesare Maldini, arrivé en cours d’année. Grâce à un magnifique doublé de Carlo Ancelotti en prolongations d’une finale de barrages contre la Triestina. Premier succès. L’année suivante, le club se fracasse sur une impitoyable Serie B et se retrouve au point de départ. Premier échec. Construire est aussi affaire de patience. Le coeur d’Ernesto, hélas, ne le sait pas.

Savoir s’entourer était l’une des forces de Ceresini. On pense à Sacchi bien sûr, qui débarque en 1985, fait remonter l’équipe en Serie B dès sa première année et échoue la saison suivante à 3 points de l’élite. Évoquons aussi Zeman. Et Nevio Scala, accueilli fraichement, mais qui sera l’artisan de la promotion historique. Et donnera donc raison à Ceresini à titre posthume.

Mais ce qui fera la différence pour les Crociati, c’est l’accord révolutionnaire signé entre le club et Parmalat en juin 86. A cet instant, Parma n’est plus seulement ce club sérieux qui force le respect des autres Présidents (y compris ceux de Serie A, avec lesquels Ceresini négocie les yeux dans les yeux), il se dote d’une force de frappe financière qui préfigurera les succès à venir : 3 coupes d’Italie et 3 coupes d’Europe glanées entre 92 et 2002. Ces trophées sont les pièces d’orfèvrerie du musée gialloblu, récemment construit au sein du Stadio Tardini. Musée qui porte le nom d’Ernesto Ceresini.

Michaël Magi



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