Eriksen à l’Inter : un fuoriclasse pour aller chercher le Scudetto ?

Par Fabio Pendolino publié le 29 Jan 2020

Après des négociations qui auront semblé interminables, l’Inter et Tottenham se sont finalement mis d’accords pour le transfert de Christian Eriksen. Le Danois, dont le contrat expirait en juin prochain, rejoint les Nerazzurri pour 20 millions d’euros (plus 5% de pourcentage de solidarité) et les recettes d’un match amical entre les deux clubs. Alors que l’Inter lutte au sommet de la Serie A, avec la Juventus et la Lazio pour le moment, quelles sont les motivations derrière ce transfert ?

La première question qui rend ce transfert intéressant est tactique. Eriksen a un profil de numéro 10, voire de numéro 8. Il est légitime de se poser la question de sa place dans le 3-5-2 assez « rigide » d’Antonio Conte. Le Mister est connu pour ne pas être extrêmement flexible côté tactique ; le Danois devrait donc venir en concurrence de Sensi ou de Brozovic, en tant que milieu liant milieu et attaque ou en tant que regista. Le fait est que le poste de Brozovic est le moins couvert dans l’effectif nerazzurro, son absence est l’une de celles qui pèse le plus sur l’équipe. Hormis Valero, qui peut remplacer « Epic Brozo » de temps en temps, le Croate est (était ?) le seul à pouvoir occuper cette place avec efficacité.

Aussi, malgré des performances cette année en dessous du standard auquel il a habitué les supporters de Tottenham, Christian Eriksen reste un fuoriclasse qui, en arrivant en Serie A, fait sans aucun doute partie du top 3 des milieux du championnat. Nulle doute qu’un tel joueur n’aura pas de problème à évoluer à différents postes en sachant exprimer ses qualités. La polyvalence montrée avec Tottenham et sa sélection nationale vient le prouver : il a déjà évolué à cinq postes différents cette saison. Une polyvalence encore plus notable lorsque l’on regarde où il a évolué sur le terrain depuis ses débuts à l’Ajax, mais sans impact négatif sur son rendement. Sur le plateau de Sky, le journaliste Fabio Caressa demandait à Esteban Cambiasso où Conte devrait faire jouer Eriksen. Réponse immédiate du Cuchu : « Eriksen est le genre de joueur qui sait jouer là où l’entraîneur a besoin de quelqu’un« .

Eriksen montre une polyvalence depuis le début de sa carrière, cette saison ne déroge pas à la règle (statistiques via Transfermarkt)

Une occasion à saisir

Courtisé par le Bayern Munich, par le PSG, par Manchester United, suivi par la Juventus, pupillo de longue date du président du Real Madrid Florentino Perez… Christian Eriksen suscitait de nombreuses convoitises à chaque mercato. Si le chiffre est à remettre dans le contexte vue sa prochaine fin de contrat, Transfermarkt donne au joueur une valeur sur le marché de 90 millions d’euros (classé 20ème parmi les joueurs les plus chers au niveau mondial). Après les arrivées d’Ashley Young et Victor Moses, Antonio Conte expliquait « ne pas recruter la moitié des titulaires du Real Madrid, mais des joueurs de 34 ans ou qui arrivent en prêt« . Si Eriksen ne vient, lui non plus, pas du Real Madrid mais de Tottenham, la situation semble différente. L’Inter s’offre un joueur majeur, suivi par des grandes écuries européennes. Un top mondial capable de renverser l’issue d’un match à lui seul. En attendant de le voir sur le terrain, le fait qu’un joueur de ce calibre signe dans un autre club italien que la Juve montre à quel point le projet nerazzurro porté par Suning avance.

Si l’Inter a payé une indemnité de 20 millions d’euros, le transfert s’apparente fortement à un transfert sous arrêt Bosman. Malgré cette indemnité convenue avec le club anglais donc, les Nerazzurri ont du battre la concurrence en proposant des termes intéressants au joueur. Plusieurs sources parlent ainsi d’un contrat à 7,5 millions d’euros nets par saison pour le Danois (+ 1,5 de bonus), l’érigeant au même niveau salarial que Lukaku, recruté cet été. À titre de comparaison, il en gagnait environ 4,5 par an à Londres : comme pour les signatures en fin de contrat (Godin, De Vrij, Asamoah entre autres), l’absence d’indemnité de transfert (ici, la « faible » indemnité) ne rend pas ce transfert gratuit mais se voit compenser par un salaire plus important.

Eriksen rejoindrait Lukaku au sommet de la masse salariale de l’Inter (Données en millions d’euros, selon Calcio e Finanza (septembre 2019))

Alzare l’asticella

Comme dit plus haut,  ce type d’opération vise à continuer à rapprocher l’Inter de la Juventus. Si à chaque conférence de presse depuis le début de saison, ou presque, Conte répétait que cette saison reste une saison de transition avec un mercato qui a visé à remplacer les joueurs partis, la donne change ici. Certes, Vecino serait sur le départ et le transfert d’Eriksen viendrait encore une fois compenser. Le fait est que le Mister dispose désormais (en attendant la fin du mercato, du moins) de quatre titulaires de haut niveau au milieu de terrain (Eriksen, Barella, Brozovic, Sensi) pour trois postes. Gagliardini et Valero, voire Sanchez et Asamoah, peuvent rentrer dans la rotation d’effectif ou en cours de match : l’Inter se crée un banc de qualité. L’intérêt pour Giroud va dans le même sens même si un retournement pour Llorente a été observé ces derniers temps (profils similaires). Lukaku et Lautaro font l’affaire devant, Sanchez et Esposito sont de bonnes options de remplacement mais ne suffiront pas en cas d’absence (surtout que le Chilien partira à la fin de la saison), ou pour être efficace sur la durée lorsque les matchs s’enchaîneront.

L’objectif semble clair. Après la défaite de la Juventus contre le Napoli, mais surtout un mois de janvier où l’équipe n’a gagné que six points en quatre matchs, il faut viser plus haut. Même si la Lazio pourrait s’emparer de la deuxième place en gagnant son match en retard, la capolista n’est qu’à trois points à la fin de la 20ème journée. Avec un peu d’espoir, et surtout un effectif épargné par les blessures en deuxième partie de saison, les hommes de Conte pourraient même jouer sur les trois tableaux.

Fabio Pendolino

Rédacteur



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