En quoi cette Nazionale est-elle unique ?

Par Rafaele Graziano publié le 26 Juil 2021
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Difficile de se remettre des émotions du 11 juillet 2021. Vers 23h30, l’Italie obtenait son 6ème titre international, claquant la porte sur 15 ans de vache maigre et redorant le blason d’un pays jusque-là porté disparu de la scène du football. Les victoires sont toujours belles, on ne les contemples pas, mais on les vit. Ces 90 ou 120 minutes, on les savoure jusqu’au dernier instant, ivres d’adrénaline et de passion, jusqu’à la consécration. Un moment unique. Pourtant l’Italie n’en est pas à son premier triomphe. 2006, 1982, 1968, 1938, 1934, le palmarès s’allonge et malgré tout, cette Nazionale 2021 est unique en son genre : l’Italie de Mancini est-elle la plus remarquable ?

Une révolution identitaire

Elle se distingue par son football moderne jetant aux oubliettes une partie de son ADN. Jeu vers l’avant, possession, passes à outrance, pressing et récupération : cette Italie est en soi une révolution. Une philosophie différente de 2006 alors que l’Italie prônait davantage la gestion de ses rencontres (une vision payante signée Lippi rendue possible grâce à un effectif hallucinant). La Nazionale 1982 jouait elle aussi sur ses atouts – le plus important, sa défense : inébranlable, voire omniprésente dans le quotidien des attaquants adverses – la possession de balle n’étant pas une priorité mais toujours très bien exploitée. Idem des années Pozzo, celui-ci bénéficiant sans doute d’une concurrence moins rude. 

Cette édition de l’Euro2020 restera marquée par une équipe italienne désireuse et soudée. Une force que l’on retrouve dans chacun des précédents succès tricolores, certes, mais ce qui change avec Mancini, c’est l’assurance du champion : la gagne. Elle qui a maintes fois fait défaut à l’Italie dans les moments cruciaux alors qu’elle possédait peut-être ses meilleurs éléments, elle qui lui a souri par le passé grâce à quelques individualités. La prouesse du Mancio a été de rendre des jeunots sans expérience insensibles à la pression – là où les précédentes Squadre Azzurre collectionnaient les surdoués – fracassant les idées reçues en endossant même le rôle, jusque lors tabou, de favori (avec 28 matchs sans défaites à l’entame de l’Euro s’il vous plaît).

Une révolution populaire

Cet été 2021, le sentiment général était qu’un soutien immuable accompagnait les Azzurri au fur et à mesure de leur avancée. Dans les médias ou chez les bookmakers, l’Italie a la cote. De New York à Rome en passant par l’Argentine ou même l’Inde, tous se rangent du côté italien avant la finale de Wembley. Sans doute une forme de respect en réponse à la tragique absence des transalpins au mondial 2018 ? Ajoutez à cela un football agréable à voir et un hymne national toujours plus vibrant – en fait, cette Italie 2.0 devient même un modèle pour les autres. Citée en exemple par la plupart des médias étrangers, la Squadra balaie plusieurs années de haine, notamment en provenance de France, pour enfin faire l’unanimité (n’en déplaise à Barthez et Vieira), quasiment du jamais-vu.

Quand victoire = pas de (s)tares. Que dire de cette équipe ? Ce n’est pas la plus talentueuse que l’Italie ait jamais vu, pas la plus expérimentée non plus, et pourtant malgré sa jeunesse parfois insouciante et téméraire, elle aura affiché une maturité exemplaire sur le terrain. Là où les effectifs précédents débordaient de talents – il n’y a qu’à voir le groupe de 2006 où chaque poste sur le terrain était occupé par une référence internationale –  c’est dans la surprise et le travail que les Azzurri se sont révélés ces 2 dernières années. Tant ses vétérans (qui attendaient justement cette occasion pour passer un cap) que ses ragazzini, qui innocemment, s’empressaient d’appeler la mamma au coup de sifflet final. Loins des solennels Scirea, Bergomi, Cannavaro, Meazza ou Rossi, les Azzurri modernes sont plus populaires, et c’est tant mieux. Tout ce qui brille n’est pas or et cette Italie, à défaut de briller, vaut son pesant d’or.

La solidarité est le dénominateur commun de ces différents champions italiens, toutefois, à en juger effectif, mentalité et contexte, l’actuel champion d’Europe est bel et bien unique en son genre, un tournant dans l’histoire du calcio ?

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Rafaele Graziano



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