En immersion avec le Napoli face au PSG

Par Hind Bht publié le 14 Nov 2018

« Avec quatre clubs italiens en Champions League cette saison, le Calcio prône les valeurs de son jeu à travers l’Europe dans des matchs aussi relevés que passionnants. Au travers du déplacement du Paris-Saint-Germain à Naples pour affronter les hommes d’Ancelotti, nous avons voulu vous faire parvenir cet article « en immersion » de Hind Boukhatem, qui le temps d’un papier, est devenue notre envoyée spéciale en direct du San Paolo. Bon récit à tous. » – François Lerose, Rédacteur en Chef / Calciomio

Il est presque impossible de parler du Napoli sans en faire trop, sans que la passion du calcio transparaisse. Il est totalement impossible de parler du Napoli lorsqu’on est tifoso du club sans tomber dans l’exagération, dans l’extrémisme même. Après tout, la ville elle-même, incite à l’hyperbole, alors autant cesser de lutter et laisser le tourbillon azzurro emporter tout sur son passage.

Lundi 5 novembre

Pour comprendre l’attachement et la passion qu’inspire le club, il faut avant tout apprivoiser la ville, le lien est infiniment intime. Ce n’est pas par mesure d’affluence au stade que cela se détermine, mais par occurrence des références dans quasiment chaque rue de la ville. Vous ne ferez pas un pas sans croiser une vignette, un graffiti ou une affiche à la gloire du club et de ses légendes, quand ce n’est pas un « Forza Napoli » déclamé juste comme cela , au détour d’une rue sans aucune raison particulière.

Historiquement ? Une histoire de Sud et de nord, une histoire d’argent, de riches et de pauvres, de niveau de vie et d’inégalités. Le dialecte en atteste, ici vous n’êtes pas en Italie, vous êtes à Naples. L’identité napolitaine est très forte, ce qui peut sembler caricatural mais cela ne l’est pas vraiment. Le chant « Napoli usa il Sapone » , littéralement « Naples utilise le savon« , une allusion peu élégante à la problématique des ordures dans la ville, n’est pas juste une pique entre tifosi rivaux, mais une illustration entre autres, de l’isolement de Naples vis-à-vis du reste de l’Italie , cela et le taux de chômage et de criminalité.

Cependant pourquoi s’arrêter sur les choses qui fâchent lorsqu’on peut déguster une pizza marinara simple comme un déboulé de Dries Mertens, pourquoi faire la tête lorsqu’on peut emporter son sorbetto al limone au lungomare et se laisser aller à la douceur, comme celle d’une frappe enroulée de Lorenzo Insigne ?

Naples n’est pas Marseille, le SSC Napoli n’est pas l’OM, la comparaison peut être tentante à juste titre, mais ici le PSG n’est pas en territoire ennemi, comme il a pu être constaté au match aller à travers les échanges plus que cordiaux entres ultras des deux camps. Tout porte à croire donc que l’ambiance tout en étant au rendez-vous aux abords du San Paolo, ne sera pas hostile pour autant. Pour un match de poule cela dit, la rencontre revêt des airs d’affiche prestigieuse. Les enjeux ne sont pas négligeables. Sauf en cas de match nul, le perdant de la rencontre verra ses espoirs de continuer dans la compétition s’amoindrirent sévèrement. Le PSG porte peut être plus encore cette pression sur les épaules, son parcours dans la compétition conditionnant grandement le bilan de sa saison; et si les enjeux lui échappent la presse française sera là pour les lui rappeler. Napoli jouera avec cœur et volonté pour arracher une victoire, mais l’attente est déjà bien moindre. Il faut rappeler qu’au tirage au sort, il semblait déjà que le club azzurro serait le cadet du groupe, le label « petit poucet » revenant de droit à l’Etoile rouge de Belgrade. Entre temps, il y a eu la victoire contre Liverpool et la prestation imposante bien que soldée par un nul contre le Paris-Saint Germain.

Le pronostic est difficile, bien malin serait celui qui franchirait les barrières du San Paolo armé de certitudes. Le PSG a réalisé un match très accompli contre son dauphin actuel en ligue 1, le LOSC en l’emportant 2-1. Le Napoli a donné une leçon à Empoli en l’emportant cinq buts à un mais en ayant effectué une prestation inégale ce qui tient largement au fait que Carlo Ancelotti ait fait tourner son effectif.

Citron jaune, jaune citron, du pareil au même, le sort en sera jeté dans quelques heures. Entre temps, les petits scooters 200cc continuent à se frayer des chemins dans les ruelles étroites où les odeurs de pâte à pizza et de soffritto se déversent. Les maillots et les drapeaux s’affichent, les nonne étendent leur linge aux fenêtres, les jeunes se rassemblent sous les portraits géants de Dieu -Maradona- et tout le monde retient son souffle avant que le délicieux hymne de la Champions League retentisse, annonçant 90 minutes de beauté, d’émotion et de football, toujours.

Mardi 6 novembre – Piazza Gabriele d’Annunzio

Il Gazebo se dresse au milieu de la Piazza D’Annunzio, juste en face de l’entrée de la Curva B du stade San Paolo. Ce n’est pas un restaurant, ni un bar ou café, c’est un gazébo, une immense tente blanche qui abrite un bar, plusieurs stands de street food napolitaine et quelques tables et chaises disposées et arrangées en petits salons par les clients eux-mêmes. C’est là que l’on se fait l’avant match en vidant les bouteilles de Peroni. Le brouhaha est assourdissant tout autant que la musique techno passée de mode et crachée par les hauts parleurs installés de part et d’autre.

Là nous retrouvons William Pereira, journaliste pour 20 minutes qui nous donne ses impressions sur l’ambiance « Au début on croit à une lubie de hispsters, qui vous racontent toujours que tel ou tel stade possède une authentique ambiance sud-américaine. Mais force est de constater que pour Naples on ne m’aura pas menti. » Ça discute composition, tactique et pronostics avant d’être interrompus par le passage du cortège des ultras parisiens et napolitains chantant en cœur « Marsiglia Marsiglia vaffanculo ».

19h – Curva B

Il faut avoir une passion pour les ruines pour apprécier le San Paolo qui est un stade vétuste. Tout y est en fin de vie ou pas loin. Tout en haut des marches menant vers la tribune, un jeune homme debout droit comme un piquet agite sans relâche un drapeau bleu immense, une bannière sous laquelle il vous faut passer avant d’accéder à la tribune. La scène évoque un tableau de Lacroix qu’on aurait pu intituler pompeusement « La passion guidant le peuple ». Après le voile bleu, s’étale la Curva B sous vos yeux, une marée humaine grouillante, une spectacle, une fête.

Nous retrouvons Massimo et sa campagne qui sont rentrés plus tôt. Massimo est un supporter napolitain de toujours, ses yeux bleus pétillent pendant qu’il s’agite sur son siège engageant la conversation avec au moins six ou huit personnes autour de lui. On évoque des matchs datant de trente ans en arrière (on se souvient même que le TFC avait battu le Napoli de Maradona), on ressort des statistiques dignes d’Opta Paolo, on parle fort en dessinant des schémas tactiques avec les mains sur un tableau invisible avant de conclure sur deux trois blagues gratinées. Dans la tribune, on attend moins la composition de l’équipe qu’on soupçonne déjà sans grandes surprises, que les résultats de l’autre match de la poule, entre Liverpool et l’Etoile rouge. Lorsque la nouvelle se répand que le club serbe est en train de mener de deux buts déjà, la joie éclate avant de retomber, le temps de refaire les calculs de points afin de s’assurer que le scénario soit réellement favorable à Napoli.

21h – Curva B secteur 4

L’hymne de la Champions League retentit, les tifosi le concluent dans un rugissement à faire trembler le stade. Les premières minutes sont difficiles, les PSG est bien en place, ce qui lui manquait en discipline au match aller semble avoir été corrigé entre temps. Le Napoli ronronne et semble presque apathique sans pour autant se mettre réellement en danger. Mirko tifoso attaché viscéralement au club, se retourne vers nous fataliste « C’est un scénario catastrophe qui se profile, le stade entier est tendu ». En effet la tension est palpable, même si les chants se poursuivent. Quand le PSG ouvre le score juste avant la mi-temps sur une frappe de Bernat, le silence s’abat sur le San Paolo. Dans la rangée devant nous, un homme sort un bout de papier, allume sa cigarette et commence à noter les noms des joueurs, il gribouille des schémas et note des remarques sur le bord : il fait une liste des changements à faire. Le dicton qui dit qu’ « en Italie, il y a un match, une pelouse, deux équipes et 60 millions d’entraineurs » prend alors tout son sens.

A la reprise, le Napoli revient gonflé à bloc, s’en suivent les vingt minutes les plus longues de la soirée. Il semblait que le ballon n’entrerait jamais, que la délivrance ne serait jamais accordée, tant toutes les tentatives se soldèrent par un échec. Le San Paolo s’embrasa, les chants prirent plus d’ampleur pour accompagner chaque touche de balle, chaque accélération ; le ballon semblait subir les lois d’une gravité décuplée, il restait collé au sol, refusant d’aller se loger au fond des filets.

D’où nous étions, la faute de Thiago Silva amenant la décision de l’arbitre de siffler le penalty n’a pas semblé évidente : le stade lui, a rugi, nos voisin nous ont embrassé, étreint, bousculé de nos sièges. L’égalisation est venue du pied magique du bijou de la couronne napolitaine, il figlio del vesuvio, Lorenzo Insigne. La deuxième mi-temps vit la domination passer d’un camp à l’autre et quand l’arbitre siffla la fin du match, le stade respira à nouveau.

Minuit – Campi Flegrei

La soirée n’était pas encore finie, loin de là. Il était temps de débriefer autour de pizze et de bières à l’adresse des tifosi oiseaux de nuit, à la pizzeria Ciarly qui ne ferme qu’au petit matin. Devant les écrans télé disposés de part et d’autres du restaurant, parisiens se mêlant aux napolitains se refirent le match. L’arbitrage fût évoqué particulièrement par les supporters parisiens, notamment une faute oubliée sur Bernat. Mais tous s’accordèrent pour dire que le score était plutôt juste, surtout sur la double confrontation aller-retour.

Sara, supportrice du PSG résume le match de son point de vue :
« J’ai trouvé qu’il y avait une nette amélioration par rapport au match aller. Nous avons dominé en première mi-temps, l’avantage était mérité à la pause. La reprise a été compliquée avec un pressing agressif de Naples, mais je reste convaincue que l’arbitrage a influé sur le résultat du match. On nous a clairement oublié un penalty. Le résultat sur l’ensemble du match n’est pas injustifié. L’ambiance était au rendez-vous, je n’ai pas souvent vu une telle ambiance au San Paolo – j’y étais pour le match contre Milan – même si elle était inégale, surtout en phase de domination parisienne. Finalement je n’ai pas ressenti une grosse déception des deux camps.
Les tops ? Gigi forcément. Il a été impeccable surtout dans les temps forts du Napoli en deuxième mi-temps. J’ai bien apprécié la prestation de Draxler dans ce rôle-là, il a apporté du liant à l’équipe. Marquinhos était par contre extrêmement fébrile avec le ballon, dégageant loin devant alors que d’autres solutions s’offraient à lui. Le flop est évidemment Di Maria, il a été transparent sur tout le match. Neymar était décevant sur la deuxième partie du match également. Puis Meunier, je préfère autant pas en parler. »

Mirko qui lui s’attendait à une défaite lourde du Napoli, se montre soulagé et fier du parcours du club de sa ville dans la compétition jusqu’à là.
« On a joué à reculons en première période, on a ressenti une certaine pression sur les joueurs et d’ailleurs les supporters aussi étaient crispés. Le rythme était lent et notre milieu jouait trop bas. Les joueurs étaient attentistes, on a du retenir notre souffle une bonne partie du match ; c’est incroyable quand on sait que ce n’est qu’un match de poule. Pourtant le résultat de l’autre match (Liverpool-Etoile rouge) aurait du libérer un peu plus les joueurs des deux équipes. On a ensuite enchainé 25 min d’un niveau top européen, c’était une folie et, nous en avons été récompensés. Après l’égalisation, nous avons senti que les deux équipes jouaient la conservation du score, le rythme est retombé. Ospina et Buffon ont fait un gros match. Allan et Koulibaly monstrueux comme souvent.»

Si le football vient avec son lot d’émotions, on peut objectivement y retrouver toute l’essence à Naples où la passion prend tout son sens. Le prochain match à domicile accueillera l’Etoile rouge de Belgrade, le Napoli a toutes ses chances de se qualifier, mais il n’aura pas droit à l’erreur dans une poule pleine de surprises où toutes les équipes restent au contact. En attendant sa Cuva B sera-là retenant son souffle, sous la bandiera tutta azzurra.

Hind Bht



Lire aussi