EDITO : Une époque où les mots ont pris du poids et où les combats n’en sont plus vraiment

Par Cesco publié le 06 Déc 2019

C’est avec cette Une, que le Corriere dello Sport a affolé les médias européens et les clubs de foot d’Italie et d’Europe. « Black Friday » … Un terme pour évoquer le match au sommet entre l’Inter et l’AS Roma ce vendredi mais aussi pour parler des deux anciens coéquipiers : Lukaku et Smalling.

Il apparait clairement qu’en 2019, les mots ont pris un sens nouveau, un poids nouveau. Autrefois, l’Equipe titrait en Une « la garde noire » pour parler de la défense des Bleus avec Marius Trésor. On vous laisse deviner pourquoi et ça ne choquait personne. Certains pourront répondre qu’il y a 100 ans, on appelait les gens de couleur noire « les nègres » en toute légitimité et que ce n’est pas pour ça que c’est acceptable aujourd’hui. Et ils auront raison. L’époque évolue, ce qui est acceptable ou non évolue et les mentalités doivent évoluer en fonction.

Cette Une du Corriere, je ne pense pas qu’elle partait avec l’intention d’être raciste. Mais c’est bien le problème en Italie. Ca ne part jamais d’une mauvaise intention, et pourtant ça se transforme en polémique douteuse. C’est toujours maladroit, déplacé et parfois même ça tourne au grotesque et à l’idiotie (oui là je parle des stades). Ici on n’est pas sur un cas de racisme assumé, mais sur une maladresse de langage, qui dans ce contexte délicat, tend vers le racisme, en toute logique. Loin de moi l’idée de défendre le Corriere, qui aurait dû s’y reprendre à deux fois avant de publier cette Une, mais ce qu’ils ont fait a une expression toute trouvée « tendre le bâton pour se faire battre« . Le fait que l’on parle d’un média à résonance nationale ne fait qu’amplifier l’erreur. Lukaku et Smalling dans leurs communiqués l’ont très bien dit : parlons du match plutôt. Et le Corriere devrait se cantonner à ça en tant que média sportif, surtout en ce moment, en oubliant les jeux de mots, qui sont légion dans la presse italienne pour les gros titres.

Dans sa longue réponse sur sa Une, le journal parle et pointe du doigt des « bienpensants » dans une défense sans habileté et encore une fois maladroite. Reconnaitre sa maladresse après coup, son erreur de langage, s’en excuser, c’est aussi effacer les doutes et faire amende honorable. Ici, en réagissant de la sorte, ils n’ont fait que confirmer le racisme qui leur est reproché et donner du grain à moudre à leurs détracteurs, alors qu’au départ, ce n’était qu’une maladresse de langage, une simple maladresse de langage. Mais si l’on peut accepter (tout dépend d’ailleurs du seuil de tolérance de chacun) des maladresses de joueurs (Bonucci par exemple lors de son intervention publique sur le cas Kean à Cagliari), où de gens à qui l’on parle, on a un peu plus de mal à accepter celles d’un média qui s’y reprend … à deux fois, non pas pour reconnaitre son erreur, mais pour affirmer une position, désormais devenue, dérangeante.

Ce matin dans sa Une, nouvelle contre-attaque du Corriere pour se défendre, la aussi maladroitement. Enfin bref, s’il fallait retenir une leçon de tout ça, c’est que oui, le racisme est un fléau et les mentalités ont du chemin à faire en Italie pour l’éradiquer définitivement. Mais aussi, que l’Italie est devenue l’alibi anti-raciste de bien des pays qui ne manquent pas une occasion de s’illustrer en la matière. Maintenant, on a quand même l’impression que dans un climat délétère en Italie sur ce type de questions, la lutte contre le racisme se transforme plus comme une opération de communication vide de réel sens et de réelles mesures pour certains. C’est en ce sens que le Corriere, dans son immense maladresse et ses propos désolants, a peut-être, un tout petit peu raison.

 

Cesco

Rédacteur en Chef



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