EDITO : Pire que le racisme ? Le déni de racisme

Par Cesco publié le 04 Sep 2019

Eto’o, Muntari, Matuidi, Kean, Lukaku. Une liste bien courte et non exhaustive de joueurs victimes de racisme dans les stades italiens. Le point commun des cités ? Ils en ont été la cible à Cagliari. La Ligue annonce une initiative en octobre pour combattre ce fléau mais compte tenu des réactions passées sur ces cas, il ne faut pas s’attendre à mieux que des bracelets, des t-shirts ou un message niais au possible clamé par les joueurs dans le stade au micro « le racisme c’est pas bien« .

Les acteurs du football regardent sans dire mot. Et qui ne dit mot consent. Trop de paperasse, trop de procédures, trop d’administration face à un fléau social qui a gangréné les stades bien avant ce Cagliari-Inter. Aucune mesure n’est réellement prise. La FIGC est en un sens, complice.

Suite à cet énième épisode, j’avais envie de baisser les bras. Ecrire encore un énième édito sur le racisme pour dénoncer une ligue passive au possible, quel intérêt ? Rien ne bouge. Et puis il y a eu aujourd’hui. Il y a eu le communiqué d’un groupe de la Curva Nord de l’Inter, cette joyeuse bande d’imbéciles au QI affreusement négatif qui gouvernent tout un pan de stade. C’est par le biais de la page facebook « l’urlo della Nord » (je préfèrerais d’ailleurs qu’elle se taise) que l’on apprend l’existence de cette jolie lettre écrite dans un anglais et un italien parfait et adressée à Romelu Lukaku.

Passons la traduction, en résumé je vous la fais courte : la Curva est désolée que Lukaku ait pris les cris de singes pour du racisme car ça n’en était pas (ndlr : oh la drôle de surprise). Que c’est juste une forme de supporterisme pour tenter d’aider l’équipe et de rendre nerveux l’adversaire, que Lukaku devrait être fier, que ses adversaires utilisent ces méthodes car ça veut dire qu’ils ont peur de lui (ndlr : avaient-ils vraiment peur de Muntari ?). Et enfin que l’Italie n’est pas un pays où le racisme est un VRAI (en majuscules pour montrer la vérité vraie sur le pays aux mains de Salvini) problème par rapport à d’autres.

Je vous passe la suite. En lisant cela je me suis dit que l’édito d’aujourd’hui sera plutôt sur le déni de racisme, à mon sens encore plus grave que le racisme en lui même. De l’idiotie on passe à de la supra-idiotie. Quel genre d’homme peut aujourd’hui justifier des cris de singes dans le stade ? Non, ce n’est plus de la justification, c’est même l’étape d’après, l’argumentation qui dit que non, le cri de singe ce n’est pas raciste. Un peu comme si on expliquait que l’étoile jaune n’était pas un symbole de l’antisémitisme parce que c’est juste décoratif et qu’on devrait se sentir honoré d’être unique avec ce joli morceau de tissu (en réalité funeste). On tombe dans une sorte de négationnisme et ça en devient très dangereux.

A quel genre de « supporters » a t-on affaire dans ces curve qui cannibalisent le pouvoir et gagnent de la crédibilité et du poids par le silence des clubs pour lesquels ils officient sans aucune légitimité. Outre les sanctions, il serait temps d’y faire le ménage non ? Comment Giulini ne se positionne-t-il pas en prenant des sanctions réelles plutôt que des tweets inutiles et des communiqués plats en nous expliquant qu’il espère que la curva ne sera pas fermée ? Pourquoi n’installe-t-on pas de caméras dans les stades pour identifier les auteurs et les bannir des stades à tout jamais ? Comment l’Inter peut-elle laisser passer ce genre de communiqué une semaine après la banderole rendant hommage à Diabolik, l’ultra de la Lazio retrouvé mort, qui trainait dans du trafic de drogue, réputé pour être violent, sexiste et raciste ?

Le club montre les gros bras face à Icardi mais se couche derrière des « supporters » qui ont laissé leur cerveau au berceau ? Messieurs, il est temps de réagir car ce qui se passe à l’Inter se passe partout en Italie. Et personne ne dit rien. Tout le monde tire le totem d’immunité « l’ultra c’est l’âme du foot« . Mais chaque supporter qui met un pied dans ces curve gangrénées par des minorités consent d’une certaine manière en silence, de la même façon qu’un spectateur d’une corrida est complice du meurtre d’un taureau même si ce n’est pas lui qui tient l’épée et la cape rouge.

Alors oui, il ne faut pas mettre « tout le monde dans le même sac« et parmi les ultras il existe bon nombre d’initiatives louables dont on ne parle que trop peu. Mais rien de tout cela ne fera oublier, même si cela vient de minorités, un engagement politique trop extrême de certains, des deals avec les clubs pour obtenir une certaine complaisance, des trafics douteux, la violence et le racisme dans les stades. Car ce qui compte aujourd’hui, ce n’est pas le bien qu’on peut faire, mais ce sont les dérives pour lesquelles on s’engage. Alors si l’ultra, c’est l’âme du foot, pour ma part, je l’envoie se faire voir tant qu’il ne sera pas débarrassé de tous ses parasites, et tant pis si je suis seul.

Cesco

Rédacteur en Chef



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