EDITO : La Super Ligue, prétexte à l’hypocrisie latente des institutions et des observateurs ?

Par Cesco publié le 19 Avr 2021

L’annonce de la Super Ligue européenne hier a fait trembler toute la planète football. Des observateurs du ballon rond aux tifosi, des clubs aux instances, tout le monde a réagi. 15 clubs historiques (dont l’Inter, le Milan AC et la Juventus), 5 clubs sélectionnés chaque année sur la base de leurs résultats sportifs et surtout un pied de nez incroyable à l’UEFA. Les réactions sont violentes, menaces de suspensions des championnats, interdictions de sélections pour les joueurs des clubs.

Au final ce projet de Super Ligue apparait juste avant la réforme de la Champions League, la mise en place de l’Europa League Conference, la Coupe du monde au Qatar (qui justifierait à elle seule l’abstention du PSG de rejoindre cette compétition de peur de froisser la FIFA) et juste après l’apparition d’une Nations League. N’assiste-t-on pas à l’hypocrisie la plus pure à son paroxysme ?

Qui s’est révolté contre la Coupe du Monde au Brésil en 2014, les conditions de travail, les impacts néfastes sur les populations. Qui s’est révolté contre la Coupe du Monde au Qatar depuis qu’on sait qu’elle a été mise en place, avec tout ce que ça a comme impacts ? Qui s’est plaint avec autant de vigueur quand la Nations League signait la mort des amicaux des petits contre les grands ? Qui se plaint avec autant de vigueur d’avoir les même géants qui s’affrontent chaque année à peu de choses près dans la plus grande compétition européenne, qui par son accès grâce au « mérite sportif » cache des inégalités, inéquités et irrégularités flagrantes ? Qui se plaint de voir des dettes effacées, des clubs échapper au FPF, des sponsors dissimulés pour équilibrer les comptes, des bilans financiers gonflés avec des échanges douteux pendant que l’on s’acharne sur des clubs de séries inférieures pour des moindres écarts de chiffres pour des prêts ? Qui se plaint des quasi 1 000 euros annuels que les classes populaires doivent sortir pour pouvoir regarder leur championnat, les coupes et les compétitions européennes pour des chaines qui s’en mettent plein les poches ? Ces même classes populaires qui seraient aujourd’hui, bafouées par la création d’une Super Ligue ? Qui s’est offusqué avec tant de vigueur devant la réforme de la Champions League garantissant 12 places d’office aux quatre championnats majeurs. Non, le problème est bien antérieur et tout ça n’est qu’un prétexte.

La Super Ligue a plein de choses de contestables, il ne faut pas en douter. Mais c’est l’idée même du foot depuis les 20 dernières années qui a entrainé cela. Cette alliance de 15 clubs historiques n’est que la conséquence de tout cela. Désormais, ni l’UEFA, ni la FIFA ne semblent être en position de force. Voir les supporters de ces géants s’offusquer de cette Super Ligue alors qu’ils ont cautionné (peut-être sans (vouloir) le savoir) pendant des années les dérives (parfois masquées, parfois visibles) de leurs clubs pose peut être un problème d’éthique. Alors oui, certains diront qu’il ‘est jamais trop tard pour se réveiller. D’autres diront qu’au final, le foot n’a jamais changé, c’est l’argent avant tout et l’évolution aussi déplorable qu’on veuille la décrire, est tout autant logique, car c’est ce foot là que beaucoup ont soutenu pendant des années.

Alors est-ce que je suis pour ou contre, je n’en sais absolument rien, je suis juste curieux de voir tout le tourbillon que ça va remuer. Au final ce sont les spectateurs qui choisissent leur foot. Mais à un moment quand on fait trop grossir les puissants, il ne faut pas s’étonner qu’un jour où l’autre, ils souhaitent prendre le pouvoir. Halte à l’hypocrisie des institutions quand même.

Cesco

Rédacteur en Chef



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