EDITO : De l’arrogance nait cette Juventus

Par François Lerose publié le 22 Fév 2019

La soirée européenne a livré son verdict une nouvelle fois. Si l’on ne criera pas à l’élimination pour la Juventus, car il faudra attendre le retour à Turin qui risque d’être intense, on ne peut s’empêcher d’être déçu de la prestation des hommes d’Allegri. De l’autre côté, l’Inter et le Napoli tiennent leur rang avec sérieux, de quoi faire sourire l’Italie au coefficient UEFA.

Concernant la Juventus, toujours plus forte sur le papier d’année en année et dominatrice en Serie A, je ne peux m’empêcher de lire les premières remarques des tifosi qui pour la plupart dénoncent une hégémonie trop simple en Serie A, qui l’empêcherait d’être au niveau en C1. Si le constat peut s’entendre, il parait (beaucoup) trop facile. La Juventus domine la Serie A oui, mais trop peu nombreuses sont les rencontres où la Vieille Dame a réellement dominé son sujet pour ne pas se donner à fond à contrario d’un PSG en Ligue 1 par exemple. Si elle possède des arguments à faire valoir en terme de talent, le collectif semble ne jamais donner la pleine mesure de son potentiel. En Champions League, les alertes avaient déjà eu lieu, notamment face à Manchester ou lors du match retour face à Berne. La Juventus est une excellente équipe, mais semble perdre au fur et à mesure du temps son identité, ses principes et sa force, qui faisaient d’elle un redoutable adversaire en Europe.

Autrefois, c’était aux joueurs de s’adapter à la Juventus. Aux joueurs de se fondre dans l’institution, dans le fonctionnement de la machine Juve. Cette année plus particulièrement, on dirait que la donne a changé malgré les faux semblants. Allegri continue de sortir les phrases toutes faites à la presse « repartir de cette défaite« . « Une leçon pour plus tard« . Et sur le terrain, je n’ai jamais vu un seul de ses préceptes se concrétiser. Alors oui, la Juventus a dominé Frosinone. Mais est-ce suffisant face à un Atletico qui revêt plus que quiconque l’esprit de corps, de sacrifice, au service de son équipe ? Non. L’impression que la vraie Juventus était en blanc et rouge cette semaine et pourtant c’est bien Ronaldo qui a perdu. Plus de 3-5-2 en Europe (LA tactique d’Allegri en Europe), pour donner un 4-3-3 beaucoup trop friable avec des latéraux pas au niveau et des hommes forts, trop faibles. Une forme d’adaptation à leur star portugaise (qui continue de tirer les coup-francs) ? Sans rentrer plus loin dans les considérations tactiques un poil démago, la Juventus me semble perdre les valeurs qui faisaient d’elle un peu plus qu’un outsider en Europe. Alors oui l’hégémonie existe en Serie A et elle peut en être fier. Mais aujourd’hui cela ne vaut plus grand chose, à part un sursaut d’orgueil. Beaucoup reprendront l’expression de Guy Roux en la détournant. « Mieux vaut gagner une Champions League sur sept, que sept scudetti » : qui plus est dans un championnat où la Vieille Dame n’a plus rien à craindre.

Cette défaite sonne donc comme un aveux d’échec, d’un club qui n’a su préparer l’échéance importante comme il se doit, de A à Z. Alors oui, on pourra se plaindre de beaucoup de choses, mais ce 2-0 est finalement mérité, tant la Juve a paru désemparée face au plan de Simeone. Des joueurs pas au niveau alors qu’Allegri rabâche sans cesse que c’est en février qu’il faut être prêt. Manifestement, lui, ses hommes et son club, ne l’étaient pas. C’est bien dommage. Maintenant il faudra rebondir au retour et cela sera bien plus dur que de rattraper trois buts au Real l’année dernière. « L’arrogance précède la ruine, l’orgueil précède la chute« .

François Lerose

Rédacteur en Chef



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