Édito : A la fin, seul le résultat compte non ?

En obtenant un point de son déplacement à l’Olimpico face à l’AS Roma, la Juventus s’est adjugé son septième titre consécutif de champion d’Italie.

Par François Lerose publié le 13 Mai 2018

« Vincere non è importante, è l’unica cosa che conta ». Une phrase signée Boniperti. Un slogan, une devise et une façon d’être dont s’imprègne la Juventus depuis des années, encore plus depuis son retour au haut niveau en 2007. Sept titres de champions d’Italie, quatre doublés consécutifs, la Vieille Dame rafle tout sur son passage ne laissant que des miettes à des poursuivants qui sans elle, pourraient aspirer à tant de succès. Tout cela, j’en suis convaincu, n’est pas du au hasard.

Un championnat, c’est toujours le meilleur qui gagne

En emportant la mise à nouveau, la Juventus a rappelé à quel point son pragmatisme, sa réussite et son envie ont fait la différence dans cette saison fantastique de Serie A. Trois éléments qui pourtant, sont trop mis au second plan ces dernières années avec la montée en puissance des esthètes du beau jeu : Guardiola, Klopp ou plus proche de la botte : Sarri. Ce même Sarri qui échoue pour la deuxième année consécutive à obtenir un titre qu’il mériterait pourtant, rien que pour sa philosophie de jeu et le cap qu’il a fait passer à son Napoli en terme de performances. Cependant, gagner des titres, ce n’est pas qu’une affaire de jeu, ce n’est pas une affaire de jeu justement, ou en tout cas pas principalement. C’est une affaire d’hommes avant tout. Le football n’étant la qu’un prétexte aux batailles parfois violentes se déroulant sur le pré. Une fois de plus, le Scudetto n’a pas été gagné par l’équipe qui a produit le plus « beau football ». Mais il a été remporté par la meilleure équipe. Et ça, j’en suis plus que certain.

38 journées, 38 rencontres disputées aux quatre coins de l’Italie pour une compétition qui dure pratiquement 10 mois. De la tension, de la pression, des rivalités, des blessures et des difficultés. Jamais une autre compétition qu’un championnat national n’est aussi lourde à gagner, qui plus est en Italie. L’engouement populaire joue la dedans un rôle important mais ce n’est pas tout. Si le débat fait rage sur le célèbre dicton « ce n’est pas toujours la meilleure équipe qui l’emporte » et qu’il se justifie (et non se vérifie) sur des compétitions couperets qui peuvent se jouer sur un ou deux matchs comme en Champions League par exemple, en championnat, oui c’est toujours le meilleur qui gagne. La foudre ne tombe pas deux fois au même endroit et sur 38 matchs, il est à mon sens, impossible de dire qu’une équipe championne n’est pas la meilleure. Alors sept fois de suite …

La philosophie ne l’emportera jamais seule sur le résultat

Même constat pour la dualité suivante : philosophie contre résultat. Même si parfois l’un et l’autre s’entendent à merveille. Cette saison a offert un magnifique duel entre deux équipes que tout oppose. Turin, c’est le nord de l’Italie, le Napoli c’est plutôt le Sud, la Campanie. Des budgets opposés, des styles opposés, un jeu opposé et au final la Juventus l’a emporté face à un Napoli certes accrocheur mais qui a semblé trop à cheval sur des principes de jeux parfois inéfficaces. Allegri en parlait à Sky après la victoire précieuse 3-2 des siens face à l’Inter qui permettait alors à la Juventus de reprendre une avance confortable par rapport aux Partenopei. « Ce sont les schémas qui te font gagner des titres ou les champions ? ». Deux interprétations possibles alors. Soit le coach laisse terminer son équipe en autonomie, conscient de n’avoir plus aucun impact sur le vestiaire, soit Allegri se fie à ses principes humains, valoriser l’homme et en tirer le meilleur plutôt que choisir le meilleur dispositif. Et c’est ainsi que des Higuain, des Dybala ou encore des Costa, Pjanic et Mandzukic ont su endosser des rôles parfois ingrats mais qui cumulés ont donné une force collective impressionnante à cette équipe qui a plié par moments, mais n’a jamais rompu.

Alors oui, le « beau jeu » peut gagner un championnat. Mais face à l’envie, le pragmatisme et la réussite je vous parlais tout à l’heure, il ne pèsera pas lourd tout seul. Et au final, bien des années après, se souviendra t-on qu’en 2017/2018 le Napoli de Sarri a brillé par son jeu ? Les puristes peut être, les pointus, l’élite de l’étude du foot oui. Mais ce qui est cocasse, c’est que le football n’est pas un sport élitiste, et que la grande majorité, dans 40-50 ans qui regardera le passé des clubs sur internet s’appercevra uniquement d’une chose : la Juventus a gagné 7 titres consécutifs entre 2012 et 2018. Ni plus ni moins. Même chose pour les 2 finales en 3 ans de la Juventus en Champions League. Dans 40-50 ans, tout le monde s’en foutera. Sauf pour chambrer à la limite. L’histoire ne retient que les vainqueurs.

Alors oui, le football, avant d’être un sport de mathématiciens, de fins tacticiens, c’est avant tout du gagne terrain avec un ballon et vingt deux bonhommes qui livrent leurs tripes sur le terrain. Une définition vulgarisée qui renvoie ce sport à ses origines primaires et populaires, mais néanmoins réelles et présentes. Et dans les batailles, c’est souvent ceux qui se donnent le plus qui l’emportent peu importe la tactique. Pour le Napoli, il manquait ce côté humain, ce côté imprévisible, qu’ils ont eu à de trop rares moments (face au Chievo ou la Juve) dos au mur. Mais en restant trop ancré dans des principes figés, Sarri a oublié l’essentiel, ce sont les hommes qui gagnent les titres. Pas les schémas. Et sur ce point de vue, je ne pourrai pas donner tord à Allegri.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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