Échange Pjanic-Arthur, une bonne idée ?

Par Arno Tarrini publié le 30 Juin 2020

Dans les tuyaux depuis quelques semaines, l’échange entre le milieu bosnien de la Juventus, Miralem Pjanic, et le Brésilien du FC Barcelone, Arthur, vient d’être officialisé. Alors, est-ce une bonne idée pour la Juve ?

Quand le financier prend le pas sur le sportif

Quand on se penche sur ce transfert qui répond plus à une logique économique qu’à une réalité sportive, impossible de ne pas voir une dérive du football globalisé. Les motivations de la Juventus et du FC Barcelone sont purement financières. Après la crise du coronavirus, les deux clubs, comme beaucoup d’autres clubs européens ont perdu – ou vont perdre – beaucoup d’argent. Une situation qui n’arrange ni la Juve ni le Barça. En Catalogne, un drôle de jeu se joue en coulisses. Dans la perspective de nouvelles élections en 2021, les dirigeants barcelonais cherchent à tout prix à éviter des pertes économiques. Afin de clôturer l’exercice 2019/20 avec un meilleur bilan comptable, le Barça cherche à vendre des joueurs avec une forte valeur marchande. Arthur, milieu brésilien de 23 ans, arrivé en 2018 pour 40 millions d’euros, est un excellent candidat. Considéré comme un joueur avec un fort potentiel, mais pas considéré comme indispensable par ses dirigeants, Arthur est donc le joueur qui permettra au Barça de cacher ses difficultés financières. La Juventus, de son côté, cherche aussi à assainir ses finances, mais aussi à recruter pour peu cher, tout en satisfaisant les envies de départ de certains joueurs à forte valeur marchande. Dans ces conditions, l’échange Pjanic-Arthur apparait comme une solution rêvée pour les deux clubs, qui entretiennent de très bonnes relations. Mais réaliser un échange « pur », ne ferait pas rentrer d’argent dans les caisses des catalans comme des turinois. En revanche, la combine utilisée, c’est à dire le transfert d’Arthur à la Juventus pour 72 millions d’euros plus 10 millions de bonus, et le transfert, en sens inverse, de Miralem Pjanic au FC Barcelone pour 60 + 5 millions d’euros, fait apparaître des sommes conséquentes sur les bilans des deux clubs, alors que les indemnités de transfert sont réparties sur les années de contrat. Cette manoeuvre permet donc de combler artificiellement des trous dans les finances des clubs. Habile, non ? Des clubs surendettés, qui ont cherché à suivre le train infernal du marché, font maintenant passer l’argent avant le terrain, en gonflant artificiellement leurs bilans comptables.

Arthur, Pjanic, problèmes de casting ?

Après avoir compris l’aspect financier de cet échange, penchons-nous sur le côté sportif. Miralem Pjanic, 30 ans, le regista, pointe basse d’un milieu stérile, sans idées, qui peine à démarrer des attaques placées, malgré les velléités de Maurizio Sarri et ses principes de jeu, est en difficulté cette saison. Il peine à avoir un impact réel sur le jeu de son équipe et se contente parfois d’un rôle de plaque tournante. Le Bosnien aurait, selon la presse italienne, des envies de départ depuis un certain temps. Mais il reste une valeur sûre chez les bianconeri, dans un effectif réduit, qui manque de joueurs de classe mondiale. Malgré le Covid-19, la Juventus a donc choisi de se séparer de l’un de ses meilleurs joueurs, en le valorisant à 60 millions d’euros, soit beaucoup plus que ce qu’elle aurait pu espérer en ces temps difficiles. En retour, elle attire Arthur, 23 ans, un milieu de terrain plus offensif, technique, qui, comme son numéro au Barça l’indique, correspond à un profil de 8, tourné vers l’attaque. Ce qui ne correspond pas aux besoins de la Juve en ce moment. L’équipe de Maurizio Sarri dépend trop de ses individualités et peine à s’imposer collectivement. L’entrejeu turinois manque d’un milieu polyvalent, « box-to-box », capable de fournir des efforts conséquents en accompagnant les attaques et en assurant un bon travail défensif. Arthur ne correspond pas à ce profil. En revanche, c’est un joueur très à l’aise, et très utile dans l’entrejeu d’une équipe avec un bon jeu de possession. Reste à savoir si la Juventus est capable d’en imposer un.

Arno Tarrini

Étudiant en journalisme, passionné de sport, d'économie et de politique. Amoureux du ballon rond.



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