DOSSIER : Les tifosi – Le Calcio, cette religion (1/5)

Par Christophe Mazzier publié le 23 Mai 2020

Le calcio en Italie, et l’adage est tellement ancré qu’il est devenu un pléonasme, est plus qu’une religion pour des millions de tifosi nationaux et éparpillés dans le monde. Le football n’existerait pas sans eux. L’angoisse générée, les montées d’adrénaline, les changements d’humeur qui suivent les résultats. Les cœurs, les chants, les hymnes aux Dieux du stade… A travers ce dossier, Calciomio vous emmène dans les tribunes, là où siègent ceux sans qui le football ne serait pas ce qu’il est.

La naissance du Tifoso

Le tifoso de Calcio est un phénomène sociologique et culturel en Italie. Les premiers frétillements d’un tifo lambda prend sa source dans les années 20 quand 10 000 personnes se déplacent pour la finale du championnat en 1922-1923 entre la Lazio et le Genoa. Et il faut attendre 1927 pour qu’un nouveau record de spectateurs, et donc de recettes, arrive. A cette époque, ce sont surtout les matchs de la Squadra Azzurra qui font venir les foules au stade car les rencontres sont largement relayées par les médias. Ainsi 55 000 spectateurs se sont déplacés pour voir l’équipe nationale défier les cousins espagnols.

L’intérêt du public étant de plus en plus intense, de nombreuses installations sportives vont être créées. Des clubs locaux vont fusionner. Le football se structure, ses équipes aussi. Les rivalités intra et inter cité, ou de la même province, accroissent proportionnellement avec le sentiment de compétition. La Juventus, qui gagne 5 scudetti de suite entre 1930 et 1935, fascine l’Italie et suscite les convoitises. La passion des supporteurs devient de plus en plus palpable.

L’an 1 : On se structure

Un témoignage de 1931 à la veille d’une rencontre entre le Napoli et l’AS Rome expliquait que ce match était « attendu par tous les napolitains avec une ferveur qui dépassait les limites du sport, la dimension « raciale » exacerbait les émotions ». Les tensions sociales, politiques, économiques se cristallisent. Le sentiment d’appartenance pour son club de cœur surpasse largement celui pour son équipe nationale, somme d’identités morcelées.

Le terme tifo était à ces débuts considéré comme une maladie. Une signification médicale lui était donnée. Il décrivait l’état du supporteur, qui soulignait « son caractère cyclique, dépressif, cette maladie dominicale ou saisonnière dont les maux peuvent être comparés à la fièvre typhoïde. »

L’Italie comme modèle de référence

Et l’Europe, progressivement, va suivre le pas, chacun avec ses différences. Pionnier, les tifosi italiens seront plus visuels (déploiement de tifo) et musicaux (utilisation de percussions) quand ceux anglais seront plus vocaux, par exemple.

Un des premiers chants entendus dans un stade appartient à l’AS Roma écrit par le poète Toto Castellucci en 1931, la Canzone di Testaccio, quand la première association organisée, structurée, serait à mettre au crédit des tifosi de la Lazio, appelés Paranza Aquilotti.

Etre tifoso, un art

Les groupes précurseurs de supporteurs, en tant qu’association, sont donc nés en Italie. Et du côté du Milan AC qui voit apparaître les Commandos Tigre en 1967 puis la Fossa dei Leoni. Suivront ceux de la Sampdoria qui seront les premiers à utiliser le terme d’ULTRA dans son nom : Ultras Tito Cucchiaroni, dont l’acronyme détourné était Uniti Legneremo Tutti i Rossoblù A Sangue comme référence mortelle au cousin du Genoa.

Puis tous les clubs, progressivement, auront leur Ultras, ces groupements d’individus qui se différencieront des autres spectateurs par l’utilisation de symbole unitaire, de drapeaux, d’hymnes, de chants, de comportements violents aussi parfois…

I cori (les chants) deviennent une partie intégrante du Calcio moderne qui détourneront largement la musique pop, classique ou étrangère. Déclaration d’amour pour son club ou un joueur, haine envers le club rival, de contestation… ces hymnes deviennent enchanteurs et font d’un stade un lieu magique. Qui peut rester insensible à Un Giorno d’improviso (vidéo ci-dessous), ce chant tiré de L’estate sta finendo des Righeira!

Dans un second numéro, nous analyserons ces chants célèbres italiens qui créent de la chaleur dans un stade, qui permettent aux spectateurs d’être en fusion et de se fondre derrière son équipe, pour devenir le 12ème homme.

Christophe Mazzier



Lire aussi