DOSSIER : “Grande Torino, toujours un mythe 70 ans après Superga” : Scandale des banderoles anti-Superga en 2014

Par Valentin Feuillette publié le 20 Avr 2019

A l’occasion du 70ème anniversaire du drame de la Superga qui a vu la mort, lors du crash à Turin, des joueurs du Grande Torino le 4 mai 1949, Calciomio vous offre une série d’articles. Jusqu’à juin 2019, pas moins de dix articles, qui chaque mois, vous plongent dans l’histoire de ce qu’est le Torino FC mais aussi dans les résonances que cet événement a encore aujourd’hui. Nouveau volet de notre série : le scandale qui a frappé l’Italie en 2014 suite aux banderoles anti-Superga !

Quand une rivalité se joue des morts

La rivalité locale entre le Torino et la Juventus a donné lieu au Derby della Mole, l’un des plus féroces d’Italie : un mélange explosif entre la haine et la passion qui dérape trop souvent vers la bêtise humaine. Si le racisme est le problème majeur et grave dans les stades italiens, les tifosi utilisent parfois d’autres stratagèmes tout aussi honteux pour provoquer leurs adversaires. Avant de rentrer dans le vif du sujet en parlant des banderoles fièrement déployés par les juventini en 2014, il est important de rappeler qu’une rivalité ne va jamais dans un sens unique : les supporteurs grenats sont loin d’être innocents et ont aussi été auteurs d’événements scandaleux comme le chant : « 39 sous terre, vive l’Angleterre ! Merci Liverpool ! » qui fait référence au drame du Heysel ayant fait trente-neuf morts lors de la finale de la Champions League opposant Liverpool et la Juventus en 1985. Une réponse aux cris « Boom Superga ! » ajoutés aux imitations d’avions provenant des curve de la Juventus.

Le 23 février 2014 lors de la victoire de la Juventus (1-0) face à leurs ennemis jurés, les supporteurs bianconeri sortent deux banderoles qui resteront parmi les plus scandaleuses de l’histoire du Calcio : « Quand je vole, je pense au Toro » et « Rien qu’un crash » (voir photo de l’article). Deux banderoles qui font évidemment référence à l’accident d’avion du Torino ayant décimé l’intégralité de l’équipe et du staff le 4 mai 1949. Une véritable tragédie que l’Italie respecte aujourd’hui avec de nombreuses commémorations chaque année afin de ne pas oublier ces 31 personnes qui ont péri dans ce crash d’avion sur la colline du Superga près de Turin. Un drame national que tout le monde respecte, enfin tout sauf une partie de tifosi de la Juventus en ce triste jour du 23 février 2014.

Les répercussions au sein du Calcio

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Si cet événement fait encore parler aujourd’hui, c’est aussi pour ses conséquences. Alors que le Calcio (plutôt la FIGC) est souvent, à juste titre, critiqué pour sa passivité ou son laxisme vis à vis des problèmes dans les stades. Ce 23 février 2014 est une date à marquer du fer rouge. En effet, les trois tifosi identifiés par les caméras du Juventus Stadium ont reçu : deux ans d’interdiction de stade et des poursuites pénales. Le club de la Juventus a également écopé d’une amende de 25 000 euros pour « des banderoles insultantes à la mémoire de la tragédie de Superga ». Une réaction rapide de la fédération qui pose de nombreux problèmes passés, car cette affaire des banderoles anti-superga est l’un des premiers dossiers où la loi 41 qui « interdit l’introduction ou l’exposition de banderoles ou écriteaux incitant à la violence ou contenant des injures et/ou menaces » est réellement appliquée, pourtant signée en 2007 ! D’autres affaires telles que le -39 brandi par des supporteurs de la Fiorentina contre la Juventus (référence à Heysel) ou encore celle souhaitant l’éruption du Vésuve par les tifosi du Chievo contre ceux du Napoli n’ont pas connu d’enquêtes ou de rapports a posteriori comme ce fut le cas après cette date historique du 23 février 2014. Quelques jours après ce scandale des banderoles de 2014, les supporteurs nerazzurri afficheront une nouvelle banderole bien plus respectable qui mériterait presque une médaille : « Superga, Heysel… Du respect pour les morts ! » La rivalité et les derbys sont l’essence même du sport mais la stupidité de certains dépassent le cadre moral et légal…

Valentin Feuillette



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