Pourquoi Donnarumma doit rester au Milan AC

Par Romain Simmarano publié le 07 Mai 2016

Gianluigi-Donnarumma

Il est sans nul doute la principale révélation de cette saison en Serie A. Bombardé gardien titulaire du Milan AC à l’âge de 16 ans, au cœur d’une saison difficile pour les Rossoneri, il a même poussé sur le banc l’expérimenté Diego Lopez. Avec un physique déjà impressionnant pour son âge, Gigio a ajouté des réflexes de patron, une application qu’on prendrait presque pour la froideur d’un vétéran, et des arrêts aussi impressionnants qu’inattendus.

Le Milan avait bien voulu faire croire, pendant plusieurs années, à l’émergence d’une génération de jeunes joueurs prometteurs surnommés les babies d’oro, les « bébés dorés ». El Shaarawy, De Sciglio ou encore Bryan Cristante et Hachim Mastour avaient hérité de ce titre, avec des destins clairement différents et globalement contrastés. De manière assez impressionnante, Gianluigi Donnarumma aura réussi l’exploit de convaincre, en une demi-saison à peine, qu’il disposait de toutes les qualités pour devenir un jour un grand gardien. Encore reste-t-il à confirmer une tendance plus qu’encourageante. C’est donc à la croisée des chemins que se retrouve le jeune prodige, assisté par l’inimitable Mino Raiola, agent du joueur et promoteur infatigable de la suite de sa carrière, forcément exceptionnelle. Or, la réalité est plus nuancée. Un départ cet été dans un grand club européen serait, à n’en pas douter, une prise de risque majeure pour un jeune homme de 17 ans, à un poste aussi exigeant que celui de gardien de but. Mais, à défaut de chercher à comprendre pourquoi Gianluigi Donnarumma ferait mieux de ne pas partir, il est plus intéressant encore de savoir pourquoi il ferait mieux de rester à Milan.

Le destin d’un banneret

La critique acerbe de l’ancien numéro 8 milanais, Gennaro Gattuso, explique déjà beaucoup de choses: le Milan AC manque d’identité et de joueurs capables de l’incarner. Ce n’est peut-être pas la principale explication sportive des échecs répétés du club lombard, mais c’est un sentiment très fortement présent en Italie. Cette incapacité des joueurs à porter et incarner à la fois la tunique rouge et noire est comme une évidence, comme un reproche naturel dans les travées de San Siro.

Notre jeune portier a là une carte maîtresse à jouer : formé au club, déjà célèbre et présenté comme un crack en puissance, il peut, en s’inscrivant durablement dans le paysage milanais, réussir ce pari. Devenir progressivement une bandiera milanaise, un véritable banneret capable de défendre une image à la fois neuve et talentueuse du Milan AC, voilà un défi exceptionnel à relever pour lui. Un défi qui en a porté d’autres aux plus hauts sommets de l’Europe et du Monde. Une montagne à grimper, certes, mais qu’importe si le club ne va pas mieux l’an prochain, voire l’année qui suit ? Qu’importe si Gigio continue d’être lâché par sa charnière à intervalles réguliers ! Ne dit-on pas que les gardiens qui ont le plus de chance de briller sont ceux des équipes les moins bien fournies en défense ? À plus forte raison que, comme en atteste son match contre Frosinone (3-3), l’Italien a encore des progrès à faire et c’est bien normal. Rimbaud nous indiquait à juste titre que l’« on n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. » Pour Gianluigi Donnarumma, l’occasion est belle de le devenir en incarnant un club aux allures de Bateau ivre en manque de modèles.

Romain Simmarano

Rédacteur



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