D’Enrico à Federico, l’histoire des Chiesa passe par Florence

Par François Lerose publié le 04 Oct 2018

Comme il est coutume de le dire, les belles histoires dans le football, il y en a à foison et c’est aussi pour ça qu’il est aussi populaire, attachant et parfois même touchant. En Italie, cet adage se vérifie de nombreuses fois tant la botte, sa culture et son histoire, sont liées par le sang au Calcio. Ce même calcio qui fait vibrer les foules tous les week-ends et qui régit le rythme d’une ville plus qu’un stade. Parmi ses histoires nombreuses, le football italien n’a pas encore écrit celle des Chiesa, encore toute récente, mais si désormais on se posait un peu ? Pour commencer à la rédiger et surtout, la savourer.

Une tradition de football, guidée par un père symbolique

Résumer les Chiesa à une histoire banale de filiation qui se transmet à travers le football serait insultant. Le nom « Chiesa » évoque tout ce que le Calcio a de plus beau lors de ses années folles. Une période 80-90 dorée où les esthètes du ballon rond faisaient la pluie et le beau temps sur tous les stades de Serie A. Enrico Chiesa fut un de ceux là. Découvert à la Sampdoria puis très vite exilé pour manque de temps de jeu, il a côtoyé Mancini, le sélectionneur actuel de la Squadra qui désormais convoque Federico pour les rassemblements des sélectionnés italiens. Bousculé par la réalité d’un football de très haut niveau, c’est avec les prêts qu’il se forge, puis qu’il s’impose avec d’abord, une année à la Samp (22 buts en 27 matchs), puis à Parma où il fait partie de l’équipe qui rafle tout sur son passage en 1999, inscrivant même un but en finale face à Marseille. Puis enfin, vient la Fiorentina, le club qui reste encore aujourd’hui, ancré au nom de la famille.

A Florence, s’imposer n’était pas une mince affaire non plus. Un seul nom, Batistuta. Du côté de la Viola, la forte concurrence en attaque l’oblige à passer un nouveau cap dans sa carrière et c’est là toute son histoire. A la Samp, il a du faire face à Vialli et Mancini, à Parma il doit se faire sa place dans un effectif pléthorique avec un certain Hernan Crespo. A la Fiorentina ce sont Mijatovic et Batistuta qui se dressent devant lui. Mais à force d’abnégation et d’opportunisme (Batigol faisant ses valises en 2000 pour partir à l’AS Roma), Chiesa s’impose et développe un jeu unique en devant même un des chouchous de l’Italie.

Un profil de second buteur, proche de la surface, comme on en fait plus aujourd’hui et un côté tueur, doublé d’une vista hors du commun. Pas un vrai neuf, il n’empêche qu’il empile les pions comme personne. Avec 22 buts lors de sa deuxième saison à la Viola, il s’impose dans le coeur des tifosi et encore plus lorsqu’il reste malgré les difficultés financières du club, qui le pousseront malgré tout, à déposer le bilan en 2002. Une belle aventure qui aurait pu avoir une meilleure fin si l’attaquant ne s’était pas blessé, d’abord une fois au tendon rotulien, puis une deuxième fois, la fois de trop.

Enrico Chiesa c’est un nom symbolique du football italien des année 90. Sélectionné par tous lors des compétitions officielles, se faisant une place parmi les Del Piero, Vieri, Zola et consorts, il est l’indispensable, celui qui offre quelque chose qu’on ne voyait plus que trop rarement sur les pelouses en Italie. Et c’est en ça que le parallèle avec son fils est intéressant. Celui que Capello définissait comme un monstre se situant entre Riva et Paolo Rossi, engendrait une descendance que l’on n’imaginait pas percer au plus haut niveau, aussi tôt et avec un tel éclat. Ainé d’une fraterie de trois garçons, il a alors la lourde de tache de faire oublier celui qui a marqué 45 buts en 87 matchs avec la Fiorentina et qui a marqué de par son talent un Calcio d’une époque dorée, quasi oubliée aujourd’hui.

L’incroyable destin de Federico

Si le destin n’existe pas, quelque chose de très similaire doit lier la vie d’un homme à son futur. Qui pouvait, ne serait-ce qu’imaginer que Federico allait devenir à son tour, l’idole du peuple toscan et le nouveau grand espoir de la Nazionale ? Personne à par lui non ? A deux ans seulement, il est questionné dans les bras de son père sur le prochain buteur de la Viola, le gamin répond sans pression : « moi« . Beaucoup de rires à l’époque, mais au final, le gamin Chiesa est bel et bien là et son futur promet d’être radieux. Propulsé en équipe première après des débuts difficiles chez les U19, Chiesa ne tarde pas à se montrer et faire parler la poudre. Sans entrer dans un portrait, dont il n’est pas question ici, plus que le talent, c’est l’espoir d’un peuple qui transparait chez lui et la promesse d’un renouveau.

Dans une Italie privée de talents, Federico Chiesa, apparait comme son père à l’époque, comme étant l’ovni dans le Calcio. Si la concurrence d’autrefois n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui, l’ainé des trois peut considérer que s’il lui reste du chemin, il ne pourra le faire qu’en terrain conquis. Car partout où il passe, de la Viola à la Nazionale et sur les terrains de Serie A, tous sont unanimes sur son talent, alliés comme adversaires. Les grandes écuries lui feront bien plus que de l’oeil lors du prochain mercato estival et il ne tiendra qu’à lui de prendre le même tournant qu’un Federico Bernardeschi, en allant à la Juventus où à l’Inter, un club qui lui avait déjà fait les yeux doux l’été dernier. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui Chiesa est à la Viola, un club que l’on qualifie de romantique – non pas à tord d’ailleurs – mais aussi de familial. La famille, c’est quelque chose d’important pour Federico. Lié à cette terre de Florence qui a vu grandir aussi ses frères avec lesquels il est très lié, c’est sa mère dans un interview qui révèle les liens tout particuliers qu’il entretien avec Lorenzo, son cadet qu’il a été trouvé lors de son but face à la SPAL : « Federico a changé, quand il est passé professionnel avec la Fiorentina, il est devenu très protecteur et est très proche de son frère« . Alors ramasseur de balle, ce dernier a aussi rejoint le club l’été dernier. Né en 2004, il a déjà débuté avec les catégories de jeunes florentins. Même rôle, même poste et même style que son frère. La dynastie des Chiesa est parée pour durer. Ca promet de longues et belles années, non plus dans l’ombre du père, mais dans la lumière d’un nouvel espoir pour le football italien.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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