Demiral-De Ligt : À vous de jouer !

Par Rafaele Graziano publié le 19 Oct 2020

Ils ont la tâche ardue de reprendre le flambeau du duo défensif italien le plus charismatique de ces 10 dernières années, celui qui a fait le bonheur d’une ville et d’un pays entier, Demiral et De Ligt débarquent à Turin afin de redonner à la Juventus l’espoir d’une domination européenne, non sans rétablir l’esprit combattif qui faisait la fierté du club piémontais. Bonucci et Chiellini ne pouvant échapper aux griffes du temps, le temps est désormais arrivé pour la retroguardia bianconera de gravir les échelons !

Le talent

Si la Juve possède depuis des années l’une des meilleures défenses d’Europe, la BBC demeurant dans les annales comme un modèle de la discipline, elle a la chance de pouvoir tabler aussi bien sur le présent que sur l’avenir, le talent n’étant pas ce qu’il manque sur son banc. Star en devenir, De Ligt débarque en réel héros à la Continassa – transfert record à la clé – fort d’un passage remarqué à l’Ajax. Son homologue turc, lui, intègre plus discrètement les rangs turinois mais n’en reste pas moins un outsider de luxe, lui qui s’était imposé à Sassuolo, et même, en sélection. Des profils différents donc, typiquement ce qui les rend intéressants.

Deux colosses (86kg et 90kg), l’un plus affûté et plus rapide, l’autre plus imposant et incisif ; tant de différences pour une complémentarité indéniable. La Juventus a bâti son identité sur sa défense, la recette de son succès venant de ses dissemblances plutôt que de ses similitudes avec d’une part la maîtrise et la combativité de Chiellini, et d’autre part, l’adresse et la vista de Bonucci. Une complémentarité à retrouver dans la nouvelle génération turinoise : De Ligt, c’est une forte propension offensive, dangereux de la tête et habile de ses pieds, il est capable de dicter le jeu et d’étendre son champs d’action. Fort comme un Turc, Demiral est un Chiellini en puissance : un jeu au pied moins conventionnel mais une vision de jeu défensive hors du commun le rendant indispensable dans le repli défensif (talon d’Achille de Sarri), le marquage, sans parler de tacle, discipline dans laquelle il excelle. Internationaux à 21 et 22 ans seulement, ils sont l’harmonie parfaite entre expérience et potentiel.

Le timing

Si leurs qualités ne font pas l’ombre d’un doute, l’ombre des vétérans plane encore sur la surface turinoise, intarissablement agrippés à leur poste. Pour autant, tout laisse à penser que cette saison est la bonne pour la jeune arrière-garde bianconera. Victime de soucis physiques à répétition, Chiellini semble davantage devenir incontournable dans le vestiaire que sur le vert, il permet au géant hollandais de s’imposer en titulaire le temps d’une saison et son rétablissement cette année laisse présager un retour imminent dans l’effectif. Fort d’une titularisation en Nazionale, Bonucci n’a pas fait que des heureux depuis son retour en catastrophe de Milan, souvent transparent, il a certes longuement colmaté les blessures de ses compères, mais seulement voilà : les mastiffs sont de retour et ils sont affamés !

Pour De Ligt et Demiral, c’est maintenant que tout se joue, car la méthode Pirlo n’étant pas encore définie, il est question cette année d’afficher la plus grande capacité d’adaptation. N’étant pas accoutumés à une défense à 3 (visiblement privilégiée) contrairement aux « anciens », les ragazzini doivent se montrer plus attentifs que jamais alors que leur marge de progression est encore toute ouverte, de quoi faire espérer des tifosi en manque de confiance après des échecs répétés et si Pirlo intègre Demiral dans un trio défensif face à Crotone, le but – pour ses jeunes promesses – n’est pas de remplacer la BBC mais plutôt de s’y inspirer tout en repoussant les limites d’un système qui se veut dangereux puisqu’il sera la clé de voute du jeu bianconero.

Encore un dilemme pour Pirlo, déchiré entre l’expérience de ses vétérans et le temps qui manque à sa jeunesse pour s’adapter à une défense à 3. Cette saison le déterminera, à Demiral et De Ligt de s’imposer dans l’organigramme turinois !

Rafaele Graziano



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