De Laurentiis, la curva n’en veut plus

Par Rémi Falvo publié le 14 Mai 2019

Pour n’importe quel amateur de football qui suit le Napoli de loin, De Laurentiis représente le club. C’est le sauveur, le patron. A Naples, c’est différent. La situation entre président et supporters est tout sauf paisible. Et cette saison mitigée n’a pas arrangé les choses.

Un désamour réciproque

Le Napoli de cette saison, c’est ce maillot bleu azzurro, ce jeu juste, direct, rapide. Mais c’est aussi le San Paolo, qui n’est jamais rempli. C’était déjà le cas en début de saison, mais cela n’a fait qu’empirer au fil du temps. Et la principale raison à cela, c’est le prix des places. Pour aller voir Napoli contre Cagliari le dimanche 5 mai, les tifosi devaient payer 30 euros en curva, censée être la tribune populaire. Il est évident que dans une ville comme Naples, où la situation économique est loin d’être simple, un supporter réfléchira à deux fois avant de débourser une telle somme pour un match pratiquement sans enjeu, contre un club du ventre mou du championnat. Résultat, moins de quinze mille supporters au San Paolo ce soir-là, dont la moitié était des touristes, dans un stade ayant une capacité de 60 000 places, depuis les rénovations. La fournaise napolitaine sonne creux, et cela, De Laurentiis l’assume complètement, pour ne pas dire qu’il ne s’en soucie absolument pas. Ce geste d’augmenter encore le prix des places était en fait une réponse à l’attaque, de laquelle il se poste en victime, du rejet du maillot de Callejon par des ultras de la curva B contre Frosinone. Un homme agit sans réfléchir, et c’est tout un stade qui est pénalisé, pour la satisfaction d’un égo. Et ça, les Napolitains ne l’oublieront pas.

Passer un cap, c’est ADL qui décide

Le prix des places n’est malheureusement pas la seule chose qui est reprochée à ADL. Le manque à passer un cap du Napoli, pour certains, c’est lui qui en est responsable. Quand il achète plusieurs joueurs à vingt, trente millions d’euros, dans l’espoir de les vendre quelques millions de plus, alors que l’équipe aurait besoin d’une véritable pointure, c’est pris comme un manque de respect. « ADL ne pense qu’aux sous!« , entend-on aux abords du stade. Et quand il dépense une petite trentaine de millions d’euros pour sauver le club de Bari, la Curva ne voit pas cela comme le geste d’un homme au grand cœur, mais bien comme un investissement, allant à l’encontre du principe de base de tout supporter : « on ne peut supporter qu’un seul club. » En se faisant ce petit cadeau, De Laurentiis confirme qu’il est un vrai homme d’affaires, mais pas un fervent supporter de son propre club, comme il l’avait prétendu en 2007 au moment où il rachète le SSC Napoli, évoquant son amour pour Maradona, et pour la ville. Et si la ferveur ne vient pas d’en haut, en bas on a du mal à rester impassible. Les chœurs vulgaires et insultants des curve retentissent régulièrement à l’encontre de leur président. Sans que jamais, la présumée « victime » ne semble réellement en être une. Il multiplie les déclarations provocatrices. Comme  quand il se dit « satisfait de la deuxième place de Serie A« , car « les Milanais sont derrière, et ont investi plus. » Comme si les performances sportives étaient directement et proportionnellement liées aux investissements des clubs.

Les relations entre président et supporters, à plus forte raison ultras, ne sont que très rarement bonne dans un football actuel où on tente petit à petit d’éliminer ce phénomène ultra. Pour que les choses s’arrangent à Naples, ou du moins n’empirent pas, il faudrait que le Napoli réalise un mercato estival mémorable. Faire revenir Cavani par exemple. Et que le natif de Rome Aurelio De Laurentiis reconnaisse une fois pour toute que la pizza napolitaine est meilleure que celle de sa ville natale.

Rémi Falvo

Rédacteur



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