De Bocchigliero à la Champions League, le fabuleux destin de Domenico Tedesco

Par François Lerose publié le 11 Mai 2018

Tedesco… un mot qui en italien signifie : allemand. Un nom qui appartient à un certain Domenico, né à Rossano en Calabre, grande ville proche de Crotone, mais qui possède aussi l’une des cliniques les plus proches pour les nombreux villages du parc national de la Sila : chef d’oeuvre naturel et merveille des paysages calabrais.

Bocchigliero, pays de football au delà des montagnes

Situé dans les montagnes, et proposant 1 700 kilomètres carrés de pins dans des montagnes atteignants parfois 1 200-1 300 mètres d’altitude, le parc abrite un petit village de football comme il y en a beaucoup en Italie mais dont les histoires sont parfois méconnues. Ce village c’est Bocchigliero. Proche de Camigliatello, station touristique reconnue pour ses pistes de ski, le village de Bocchigliero s’étend à 900 mètres d’altitude, au dessus du Lac Cecita qui orne les paysages forestiers et montagneux de la région. Si dans les années 50, le village se targuait de plus de 4 000 habitants, la population n’a eu de cesse de diminuer atteignant 1 200 habitants en 2017. En cause, l’émigration d’après-guerre et l’isolement de plus en plus pesant pour les jeunes générations. Ce dépeuplement d’année en année n’empêche pas le village d’avoir ses histoires, ses touristes, qui triplent l’affluence sur la Piazza del Popolo dès le mois d’aout pour les cérémonies religieuses dédiées à San Rocco.

Et parmi les histoires, deux doivent retenir tout particulièrement celles des tifosi. Celle de Domenico Berardi, qui parcourait les terrains communaux lors de l’été à son plus jeune âge et celle de Domenico Tedesco qui a grandi jusqu’à ses quatre ans à Bocchigliero avant de partir en Allemagne avec sa famille, comme beaucoup d’Italiens dans les années 70-80. Et comme beaucoup de villages, c’est avec énormément de fierté que les habitants de Bocchigliero célèbrent la réussite de « l’un des leurs ». Comme Gattuso pour Coregliano, les histoires des calabrais dans le football italien ont beaucoup de retentissement dans le sud. A Crotone, beaucoup se remémorent encore le but de Iaquinta face au Ghana en 2006 et le sacre mondial).

Tedesco, prédestiné et étoile montante

Si son départ en Allemagne avec ses parents et ses échelons glanés au pays du Mark l’ont ammené à prendre logiquement la nationnalité allemande, Tedesco n’a jamais oublié ses racines calabraises. C’est assez souvent qu’il donne des nouvelles, du temps ou répond à quelques questions des quotidiens locaux. L’année dernière, à Cosenza, ils étaient nombreux à reprendre une interview à Sky Sport où l’entraineur de Schalke s’adressait à sa patrie d’origine. Une fierté qui n’a pour égal que l’exploit qu’est en train de réaliser le coach de seulement 32 ans. D’abord recruté en seconde division pour sauver l’équipe d’Erzgebirge du massacre en Bundesliga 2, il réussit son pari en finissant une saison, débutée au ralenti, en fanfare. Ses performances ne sont pas passées inaperçues dans l’élite et un Schalke 04 alors en difficulté décide de faire appel à lui. Les résultats ne se font pas attendre. En plus d’être le deuxième plus jeune entraîneur de l’histoire du championnat allemand, il devient depuis peu l’entraineur le plus jeune à se qualifier pour la Champions League. Oui car Schalke s’est qualifié cette semaine pour la plus grande des compétitions européennes, une première depuis 2015 et une défaite face au Real Madrid en huitième de finale.

Tedesco va maintenant porter son équipe en C1 et aussi la fierté de tout un peuple calabrais et bocchiglierese jamais trop heureux de voir l’un des leurs réussir sa carrière. Une histoire fabuleuse qui ne semble pas se terminer et qui témoigne d’une culture foot imprégnée jusque dans les montagnes inconnues de Bocchigliero malgré la venue de Sean Connery il y a quelques dizaines d’années pour le tournage du Nom de la Rose : au château de San Giovanni In Fiore, à quelques encablures. Comme quoi, l’inconnu et le caché peuvent parfois réserver bien des surprises, quand on s’y intéresse. Tedesco en est une magnifique pour le Calcio, ses histoires et sa Diaspora.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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