Cristiano Ronaldo : Des hauts et débats

Par Rafaele Graziano publié le 10 Août 2020

Cette saison, le Portugais aura fait taire bon nombre de ses détracteurs. À 35 ans, il réalise l’une des saisons les plus importantes de sa carrière et si la Juventus remporte son 36ème scudetto cette saison, c’est majoritairement grâce à lui.  Mais alors que le meilleur club d’Italie possède le meilleur joueur de la planète, il traverse aussi sa plus grande crise existentielle. Alors, quel bilan en dresser ? Entre records historiques et frustrations, un véritable mystère plane autour de la star portugaise.

CR7 : L’homme aux records

Premier joueur à inscrire plus de 25 buts dans 3 ces championnats majeurs (Premier League, Liga et Serie A). Égale le record du nombre de buts consécutifs en championnat. Meilleur buteur portugais en Serie A devant Rui Costa. Seul joueur à avoir inscrit un triplé dans 10 compétitions différentes. Inscrit tous les buts de la Juventus en phase finale de C1 depuis son arrivée. Il est le plus rapide à avoir cumulé plus de 50 buts en Serie A, recordman du nombre de buts sur une saison pour la Juventus : 31 (égalant un record de 86 ans). Impliqué sur chaque but turinois depuis 2020 lorsqu’il joue et, comme un symbole, auteur du 5000ème but de la Vieille Dame en championnat… La vieillesse, il ne connait pas.

Depuis son arrivée en Italie, l’attaquant de 35 ans affole tous les compteurs. Cette saison, on l’a vu s’envoler dans les airs, bravant les lois de la physique – sorry, Newton. Aux 11 mètres et malgré son sang méditerranéen, on l’a vu plus froid que le sommet des Alpes qui surplombent Turin. C’est un puncher en perpétuelle quête de jouvence et qui a mis K.O. le dieu Chronos lui-même. Si Ronaldo termine toujours ses saisons en crescendo, cette saison tout particulièrement, il porte littéralement la Vecchia Signora sur ses épaules.

CR7 : L’homme aux remords

À mesure que les journées passent et que les records s’amassent, la frustration reste, pourtant, sa compagne la plus fidèle sur le terrain. Bien qu’on lui reconnaisse ses qualités de sniper, CR7 contracte depuis 2 ans la maladie des attaquants de Serie A : le manque de cynisme. S’il marque autant en Italie, c’est qu’il est le joueur ayant tenté le plus de tirs cette saison (138), s’adjugeant un ratio d’efficacité déroutant. Cristiano est un compétiteur dans l’âme, il se nourrit de challenge et n’envisage pas l’échec comme une éventualité. Cette année, il doit endurer : une défaite en Supercoppa puis en Coppa Italia, une crise sanitaire le privant de sa passion (pour survivre, il se réfugie dans sa salle de sport 26h/24), l’ombre de Ciro Immobile et une énième humiliation dans son championnat favori, la Champions League. Si l’on ajoute à cela quelques penaltys manqués, une série incalculable de coup-francs calamiteux, une cohésion inexistante avec ses collègues et une pointe d’égoïsme l’incitant à s’accaparer la moindre occasion, synonyme de bon nombre de pertes de balles… Le bilan se fait sombre. Bref, que Ronaldo soit une diva est évident, mais qu’il puisse pénaliser le collectif, c’est une cruelle mais réelle éventualité symbolisée par une frustration jusque lors jamais autant manifestée.

Après tout, entre record et remord, il n’y a qu’un « m ». Celui de Maurizio Sarri, peut-être. Coïncidence ? Pas pour certains juventini à jamais sceptiques face à cette (inattendue) collaboration. Le scudetto en poche sur sa première (et dernière) saison, le bilan s’apparente tout de même à un zéro pointé pour Sarri. Un échec (aussi) lié aux frustrations visibles sur le visage du Portugais, ce dernier n’ayant jamais porté le coach florentin dans son coeur malgré des problèmes décisionnels justifiés pour le mister : pouvait-il écarter CR7 de son effectif ? Peut-on dompter un tel égo ? Car finalement, la Juve n’a jamais autant souffert que depuis l’arrivée de l’ouragan Ronaldo. Une dépendance peut-être ?

Si rien ne laisse présager que la star portugaise ne sillonnera plus les terrains de Serie A l’an prochain, le doute s’est définitivement installé quant à son avenir à la Juve, un mariage qui tenait pourtant de la perfection.

Rafaele Graziano



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