Covid-19 : la Lazio en pleine tempête

Par Grégory Canale publié le 10 Nov 2020

La Lazio est au cœur de la polémique. Le club est visé par une enquête sportive pour violation du protocole lié au Covid-19. Une procédure pénale a été également ouverte pour faux, escroquerie et propagation délibérée d’épidémie. Les sanctions peuvent être très lourdes. Calciomio vous donne toutes les clés pour comprendre le scandale qui agite l’Italie depuis quelques jours.

Ce que dit le protocole

Pour saisir cette affaire, il faut déjà rappeler les règles auxquelles se plient les clubs de Serie A. Tous les joueurs doivent se soumettre à un test au coronavirus 48 heures avant chaque rencontre. Un protocole allégé, qui prévoyait dans sa première mouture des dépistages tous les quatre jours, avant d’être retoqué. Pour effectuer ces tests, les équipes se réfèrent à des laboratoires situés dans toute la péninsule. Lorsqu’un cas positif est avéré, l’athlète concerné est placé à l’isolement pendant dix jours. L’autorité sanitaire locale (ASL) compétente est alors avertie pour retracer rapidement les personnes contacts et éviter de nouvelles contagions.

En pratique, le signalement à l’ASL est automatique, sauf dans une situation précise : quand le club fait appel aux services d’un laboratoire d’une autre région. Il est alors de la responsabilité de l’équipe en question d’avertir les autorités lorsque l’un des ses joueurs est positif au Covid-19. En Serie A, seules la Lazio et la Spezia effectuent des tests auprès d’une structure hors de leurs frontières. Les Biancocelesti s’appuient sur le « Futura Diagnostica », laboratoire basé à Avellino en Campanie. Concernant les rencontres de Champions et d’Europa League, le règlement est encore différent. Les clubs en lice sont tenus de réaliser les dépistages auprès d’un unique laboratoire – le « Synlab » – mandaté par l’UEFA, dont le siège italien est à Florence.

Ce que disent les faits

La polémique Lazio se cristallise surtout autour d’un joueur : Ciro Immobile. L’affaire débute le 26 octobre dernier. L’attaquant et ses coéquipiers se soumettent au dépistage de l’UEFA, à la veille de la rencontre de Champions League face à Bruges. Le couperet tombe le lendemain. Dix joueurs, parmi lesquels Immobile, Strakosha et Leiva ne font pas partie du déplacement en Belgique. Le club romain ne fait aucune communication officielle. La Gazzetta dello Sport révèlera plus tard la positivité d’Immobile notamment. Mais les Biancocelesti sont ensuite rassurés. Le dernier soulier d’or européen est testé à deux reprises négatif, les 30 et 31 octobre, par le laboratoire d’Avellino. Il reprend donc le chemin de l’entraînement et participe à la victoire des siens face au Torino (3-4), le 1er novembre.

Le scandale éclate deux jours plus tard. Immobile est cette fois-ci diagnostiqué par deux fois porteur du virus par le test de l’UEFA et celui de la Lazio. Les résultats sont en revanche plus étranges pour Leiva et Strakosha. Positifs pour le « Synlab », négatifs pour le « Futura Diagnostica ». L’équipe se retrouve une nouvelle fois affaiblie pour affronter le Zenit. Une question se pose alors : les Romains ont-ils fait jouer sciemment des joueurs porteurs du virus contre le Torino ? Pour éteindre les spéculations, les Biancocelesti font effectuer de nouveaux dépistages. L’un auprès de leur laboratoire référent, à Avellino, l’autre du côté du Campus biomédical de Rome. L’imbroglio atteint alors des sommets. Immobile, Leiva et Strakosha sont négatifs pour la structure de Campanie, mais bien positifs pour l’établissement de la capitale. L’ASL Rome 1 intervient et place les trois éléments en quarantaine.

Ce qui est reproché à la Lazio

Dès la révélation de l’affaire, la FIGC a ouvert une enquête sportive pour violation du protocole Covid-19. L’instance vise la Lazio pour deux raisons. La première est l’absence de signalement à l’ASL, suite aux tests positifs avant les rencontres face à Bruges et au Zenit. Ces dépistages ayant été effectués dans des laboratoires hors de la région du Latium, il revenait au club de prévenir l’autorité sanitaire locale compétente. Deuxième grief, le manquement à la quarantaine. Immobile, notamment, aurait dû observer dix jours d’isolement dès lors qu’il a été révélé positif. Or, l’attaquant s’est entraîné plusieurs fois avec ses coéquipiers et a pris part à un match de Serie A, face au Torino.

Ce que risque la Lazio

La FIGC devra notamment déterminer si le cas Immobile ne s’est pas présenté plus tôt dans la saison avec d’autres joueurs. Les sanctions sportives encourues sont lourdes. De la simple amende à l’exclusion du championnat, en passant par une pénalisation ou une rétrogradation. La Lazio est déjà montée aux créneaux pour se défendre, en affirmant s’être fiée aux conclusions du laboratoire d’Avellino. « Futura Diagnostica » a en effet délivré à chaque fois des dépistages négatifs. Unique exception : un test « faiblement positif » pour Immobile, le 3 novembre dernier. « Il n’y a pas de distinctions entre faiblement positif et positif. Si un test est positif, le patient doit s’isoler pendant dix jours », a rétorqué de son côté le Professeure Giovanella Baggio du comité technique scientifique.

Le rôle du laboratoire « Futura Diagnostica » est également pointé du doigt. Pourquoi tant de tests négatifs quand d’autres structures diagnostiquaient des cas positifs ? Une enquête pénale est ouverte par le tribunal d’Avellino pour accusation de faux, escroquerie et propagation délibérée d’épidémie. Des perquisitions ont été effectuées à Formello et à « Futura Diagnostica ». Les écouvillons saisis seront soumis à une contre-analyse ce mardi 10 novembre à l’hôpital Moscati d’Avellino. Pour le moment, seul Massimiliano Taccone – président du conseil d’administration du laboratoire incriminé – est inscrit au registre des suspects. Le médecin laziale Ivo Pulcini doit être encore entendu par les enquêteurs. En cas de condamnation pénale, les peines peuvent aller jusqu’à six mois de prison. La tempête ne fait que commencer.

Grégory Canale

Rédacteur



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