Coverciano : la fabrique des grands penseurs

Par Yacine Ouali publié le 30 Mai 2020

Aucun pays ne produit plus d’entraîneurs de classe mondiale que l’Italie. Outre les légendes, la Botte compte aussi une légion de très bon coaches qui, s’ils s’exportent moins que leurs homologues espagnols ou portugais, témoignent de la qualité de la formation offerte au Centre technique fédéral, en banlieue de Florence, en Toscane. Bienvenue à Coverciano, la fabrique des grands penseurs du calcio.

Une formation au service de la nation

En 2018-2019, la Serie A comptait 19 managers italiens pour 20 clubs. C’est le plus haut total parmi les cinq grands championnats.

La raison pour laquelle la Serie A embauche beaucoup de nationaux est simples : leur formation est la meilleure. Ces dernières saisons, la Juventus, la Lazio, le Napoli et l’Atalanta, quatre des meilleurs clubs du championnat, ont tous eu des entraîneurs formés à Coverciano : Allegri, Inzaghi, Sarri et Gasperini.

Outre le centre d’entraînement de la Nazionale, Coverciano forme donc aussi les entraîneurs. La promotion 2018 a par exemple diplômé Pirlo, Gilardino et Batistuta. Fondé en 1957 par Luigi Ridolfi, aussi fondateur de la Fiorentina, Coverciano a dès le début l’objectif de rassembler les meilleurs esprits du calcio en un seul centre, pour favoriser l’émulation et l’innovation tactique en Italie.

Un style unique et sans cesse renouvelé

Après un mois de voyages où l’aspirant entraîneur apprend aux côtés des meilleurs, Coverciano offre une formation dans tous les domaines : la technique, la communication, le management. Pour être diplômé, les candidats passent d’abord un oral devant l’équipe formatrice.

Vient ensuite la vraie plus-value de Coverciano : la réalisation d’une thèse originale, sur n’importe quel sujet relié au football. Peu d’institutions dans le monde astreignent à un tel travail. La thèse doit être originale, et les candidats doivent en prouver l’utilité pour le développement du sport. Renzo Ulivieri, ancien directeur de la formation, expliquait qu’il interdisait deux expressions aux candidats : « à mon époque » et « mon football ».

Ces deux tabous s’accompagnent d’une autre originalité : l’absence de bibliothèque. Pour Ulivieri, l’idée est d’empêcher les candidats de s’inspirer du passé, et de les obliger à toujours innover et créer.

Des thèses originales et créatives

À lire les thèses des dernières promotions à Coverciano, l’on comprend mieux l’orientation actuelle du calcio.

En 2006, Antonio Conte présentait par exemple des « Considérations sur le 4-3-1-2 et l’usage didactique de la vidéo », texte qui analyse les prémices du football de transition.

Luciano Spalletti a lui réalisé une recherche sur « Le système du 3-5-2 » au début des années 2000. Il a ensuite appliqué cette pensée à ses équipes, menant l’AS Roma tout près du Scudetto et ramenant l’Inter en Champions League récemment.

D’autres thèses importantes à Coverciano sont par exemple celle d’Ancelotti (« Le futur du football : plus de dynamisme »), de Sarri (« La préparation hebdomadaire du match ») ou encore de Capello (« Une étude sur le marquage en zone »). Il est intéressant de voir à quel point le football a intégré ces principes, quelques années après la publication de ces thèses (le marquage en zone devenu systématique dans les 90’s, le dynamisme étant devenu la volonté première des entraîneurs actuels).

En réalité, les seuls écrits disponibles à Coverciano sont ces thèses. L’équipe formatrice considère qu’ils sont suffisants, car ils permettent aux candidats de s’imprégner des réussites passées pour mieux penser le football du futur.

Ainsi, même si Coverciano a pu former des entraîneurs aux échecs notables (Ventura à la tête de la Nazionale), son succès dans le développement de la pensée du football est indéniable. Quasiment tous les grands entraîneurs italiens, de même que certains coaches étrangers, sont sortis de Coverciano, ayant rédigé une thèse qui, pour certaines, ont préfiguré une révolution tactique.

Fabrique des grands penseurs, Coverciano est assurément un centre technique à part, dont l’apport pour le calcio ne perd jamais en importance et en pertinence.

Yacine Ouali



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