La Coppa Italia, un nouveau format qui fait tache

Par Aurélien Bayard publié le 22 Mai 2021
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Pour gratter cinq millions d’euros de droit TV, le Conseil de la Lega a décidé le 5 mai que la Coppa Italia ne se jouerait plus qu’entre clubs de Serie A et Serie B. Ce qui ressemble à une énième tentative de rendre plus attractif une compétition souvent boudée reste un sacré pied-de-nez quelques semaines après le camouflet de la Super League.

Quelle ironie…

Aucune manifestation à travers l’Italie, aucune réaction d’indignation sur les réseaux sociaux, aucune déclarations sulfureuses d’un des présidents des 38 clubs éjectés de la Coppa Italia. C’est un mutisme assourdissant qui a accompagné le communiqué du nouveau format de la compétition.

Seul Francesco Ghirelli, le président de la Lega Pro, s’est offusqué : « La décision prise par la Serie A d’exclure les clubs Lega Pro de la Coupe d’Italie est l’expression d’une conception élitiste du football ». Mais l’ancien directeur général de Perugia n’a pas critiqué pour critiquer, il a aussi proposé quelques solutions pour redorer le blason de cette coupe nationale. Comme arrêter de faire jouer systématiquement les grosses cylindrées à domicile lorsqu’elles rencontrent des équipes de plus faibles envergures.

Ainsi, au lieu de diffuser de grandes enceintes vides, afficher un stade communal à guichet fermé et rempli de tifosi survoltés sera plus vendeur. Ce n’est pas comme si ce genre d’ambiance ne nous manquait pas depuis 1 an…

Bari, le premier

Mais malgré un format peu propice aux surprises, les petits poucets ont quelques fois trouvé le chemin du dernier carré. La première épopée est l’œuvre de Bari en 1984. À l’époque, la Coppa ne se résumait pas à des matchs à élimination direct. Pour y accéder, il fallait se sortir d’un groupe de six équipes où chaque équipe se rencontrait une seule fois.

Les Galetti – alors en Serie C1 – héritent d’un groupe complexe composé principalement de la Lazio et de la Juventus. Et pourtant, au sortir de cette phase de poule, Bari reste invaincu, notamment grâce à un 2-2 face à la Vecchia Signora. Direction les huitièmes de finales.

Le tirage au sort place de nouveau la Juventus sur leur chemin. La magie opère toujours puisqu’ils réussissent l’exploit de l’emporter 2-1 au stadio Comunale Vittorio Pozzo lors du match aller. La deuxième manche se déroule dans un San Nicola en fusion. Bien que les Galetti aient ouvert le score, Platini et Tardelli ont permis à la Juve de faire la course en tête. Les tifosi poussent pour voir leurs protégés l’emporter !

Dernière action du match, Antonio Lopez se fait faucher en pleine surface par Gaetano Scirea. L’arbitre n’hésite pas une seconde et siffle penalty. Lopez se fait justice lui-même et envoie Bari en quart-de-finale. Au tour suivant, ils se défont de la Fiorentina mais butteront en demi contre l’Hellas.

Alessandria le dernier

Il faut attendre 22 ans pour revoir un tel exploit. Mais le millésime 2016 a une meilleure saveur que celui de 1984. Une véritable révolte des « petits » ! Carpi – futur antépénultième de Serie A – atteint les quarts de finale. La Spezia – alors en Serie B – se retrouve au même stade de la compétition en faisant chuter l’AS Roma aux tirs au but, une victoire responsable de l’éviction de Rudi Garcia. Mais le plus intéressant reste le futur adversaire des Ligures, l’US Alessandria.

Les Piémontais ont trouvé l’énergie de battre Palermo 3-2 au Renzo Barbera alors qu’ils avaient déjà trois tours dans les jambes et un championnat de Serie C bien entamé. Ils continuent ensuite sur leur lancée en se payant le Genoa en prolongation. Et, après une fin de match folle, ils renversent Lo Spezia Calcio et filent en demi-finale. Malgré le cinglant 6-0 infligé par le Milan AC, Alessandria rentre – à l’instar de Bari – dans l’histoire du Calcio.

Alors que l’Italie a peu de choses à apprendre de ses voisins européens en matière de football, elle aurait peut-être dû s’inspirer de la France ou l’Angleterre. Deux pays où les victoires de David contre Goliath ont su apporter une grosse valeur affective à la coupe nationale. Tout le contraire du Bel Paese donc…

Aurélien Bayard



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