Comunardo Niccolai, le roi de l’autogol au mondial 70

Par Michaël Magi publié le 31 Mai 2020

1970 : Cagliari remporte un scudetto historique. Quelques semaines plus tard,  Valcareggi annonce ses choix pour le mondial mexicain. Sa sélection, en toute logique, s’appuie sur l’effectif sarde. 6 joueurs rossoblu sont retenus : Albertosi, Cera, Domenghini, Gori, le grand Gigi Riva bien sûr…et Comunardo Niccolai ; surprise du chef. Manlio Scopigno, coach-philosophe de Cagliari, commente en privé : « Dans la vie, je m’attendais absolument à tout… Sauf à voir Comunardo Niccolai jouer une coupe du monde… »

Sarde d’adoption

Comunardo Niccolai nait après-guerre en Toscane. Et ses premières heures préfigurent son atypique destin. A l’image d’un étrange prénom, choisi par un père – ancien portier du Livorno des années 20 et militant antifasciste – en hommage à la Commune de Paris. C’est du reste en Sardaigne (éminente terre de paradoxes) que le joueur se fait un nom. Grâce à un accord entre Montecatini et la Torres Sassari. Niccolai ne joue qu’une saisons sous les couleurs du club rebelle de l’île. Mais ses 22 matchs en Serie C lui permettent d’être transféré à Cagliari. A 17 ans.

Le minot est là pour apprendre. La patience pour commencer… Ainsi, s’il fait ses début officiels en Serie A en mai 1966 contre Vicenza, à l’âge de 19 ans, il lui faut attendre la saison 68/69 pour devenir indiscutable. Saison-genèse que les rossoblu terminent à la deuxième place, à 4 points d’une Fiorentina quasi-invincible. Niccolai joue 27 des 30 rencontres de championnat. De fait, il est l’un des hommes de base de Scopigno.

Le roi de l’autogol

Etrangement, ce n’est pas en vertu de sa rugosité que Niccolai s’offre une place de choix dans la mémoire du calcio. Mais pour les buts qu’il inscrit contre son camp. Pourtant, ses 5 CSC en carrière sont loin de le situer au niveau de Franco Baresi et Riccardo Ferri, qui détiennent le record national avec 8 CSC chacun. Qui s’en souvient ? Personne.

La mémoire est un miroir déformant. Personne ne relève en conséquence que le Cagliari de 70 n’encaissa que 11 buts en championnat. Que Niccolai, nécessairement comptable de cette imperméabilité, joua 2 545 des 2 700 minutes jouées cette saison-là. La mémoire collective préfère retenir cette tête splendide décroisée qui vint mourir dans les buts d’Albertosi contre la Juventus, dans un des matchs décisifs de la fin du championnat… Et qui fit dire à un Scopigno diablement ironique, dans les gradins du Stadio Comunale : « Joli but, n’est-ce pas ? » En effet, il l’était… L’un des plus beaux du genre…

Qui aime bien châtie bien

La mémoire est sévère mais elle n’égratigne Niccolai que comme la caresse d’une main calleuse. Sans doute parce que cette rencontre légendaire contre la Juve s’est finalement bien terminée. Mais aussi parce que ceux qui ont vu jouer Comunardo savent qu’il valait mieux que cette anti-légende sur laquelle il porte lui-même un regard tendre : « Je me souviens de mes autogol. Même si parfois, c’était de la malchance, comme contre la Fiorentina, lorsque le ballon a rebondi sur moi après une parade d’Albertosi. Mes interventions étaient un peu téméraires, c’est vrai… Mais j’ai aussi marqué de vrais buts… » Il est vrai : 4 durant sa carrière.

Hélas, on ne choisit pas la manière dont le monde se souviendra de nous. Aujourd’hui, même si personne n’aura jamais le fin mot de l’histoire, il se dit que Scopigno n’a jamais tenu les propos qu’elle lui prête au sujet de la sélection mondialiste de Niccolai ; compétition qu’il ne fit que traverser du reste, se blessant à la 37e minute du match inaugural. Mais Niccolai, n’était pas un joueur comme les autres. Le plus beau de ses autoreti n’en est même pas un ; comment pouvait-il en être autrement ? Saison 71-72 : Cagliari mène au score contre Catanzaro. Dans les arrêts de jeu, les troupes locales cherchent désespérément à recoller. Tommasini gratte le ballon à Alberto Spelta, qui s’écroule dans la surface. L’arbitre ne siffle rien. Ce qui échappe à Niccolai, persuadé qu’un penalty est sifflé, qui, frustré, expédie un missile vers son propre but. Sur la trajectoire : la main de Brugnera. Rigore. Spelta transforme… Score final : 2 partout ! C’est improbable ! Mais ces choses-là arrivent…

Michaël Magi



Lire aussi