Comment l’Italie voyait-elle Gerd Müller ?

Par Pasqualino Petolillo publié le 21 Août 2021
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La passion du ballon rond, à travers la beauté du football des années 70 et l’image d’un Brésil où Pélé représentait le rêve, l’inaccessible. La presse italienne, partagée sur cette fameuse « staffetta » d’avant match (Sandro Mazzola ou Gianni Rivera soit une mi-temps chacun). La RFA, avec Beckenbauer et son mythique bomber Gerd Müller, qui respirait la rigueur et la solidité. Ce dernier vient de nous quitter, le 15 août 2021. A cette occasion, nous allons revenir sur le match du siècle opposant l’Allemagne à l’Italie et comment Gerd Müller était perçu par les Italiens.

1970 : retour sur le mondial mexicain et cette immortelle demi-finale du 17 juin au Stade Azteca de Mexico

Rejoint en toute fin de match, l’Italie va aux prolongations de ce qui restera à jamais gravé dans l’histoire, comme le match du siècle. Rencontre pleine d’émotions, combat indescriptible où la phobie d’un certain Gerd Muller est bien présente dans le cœur des supporters azzurri. Adepte du catenaccio, l’Italie avait pourtant de fameuses cartes de visite en défense (Facchetti ou Burgnich). En face, « Der Bomber », comme on le surnomme, représente l’attaquant vif et implacable dans le rectangle avec ses 68 réalisations en 62 matchs en équipe nationale, 35 en 35 rencontres européennes. Lors de ce mémorable duel italo-allemand, il réalisa un doublé dans les prolongations et ramènera l’Allemagne à 3-3 avant que Gianni Rivera n’offre aux Italiens une victoire mémorable une minute plus tard. Comme le soulignait Elizabetta Esposito (Gazzetta dello Sport) en s’adressant à celui qui eut la triste expérience de ramasser à deux reprises le ballon au fond des filets, Ricky Albertosi (gardien de Cagliari) : « Gerd Muller ? Eh bien oui, il nous a punis … avec ses deux réalisations en prolongation. Nous avions mené toute la rencontre, puis Schnellinger nous a amenés aux prolongations en toute fin de match. Gerd Muller, avec son doublé, nous a fait craindre le pire. Heureusement, nous avons été capables de réagir avec orgueil. »

Une chose est sûre, c’est à l’Allemand que nous devons ce premier combat historique et passionnant d’après-guerre entre les éternels amis-ennemis.

L’autre milaniste, Gianni Rivera était heureusement de notre côté explique Ricky Albertosi : « Der Bomber ? C’était une bête, on ne pouvait pas lui concéder la moindre seconde d’inattention dans le rectangle. Quel genre d’attaquant ? Une bête enragée qui ne pardonnait jamais dans la surface de réparation, toujours à l’affût, c’était du musclé. Pas tellement haut, il me rappelle un peu un certain Hamrin de la Fiorentina, à la différence que celui-ci jouait beaucoup plus large. Tous deux avaient la même concrétude devant le but et pour moi c’était très difficile… »

« Vous savez, ce que l’on attend d’un gardien de but, c’est d’effectuer les arrêts nécessaires et ne pas encaisser. A la différence du défenseur, qui lui peut étudier ou se concentrer sur les mouvements de l’attaquant, en le collant : le marquage à la culotte. Sur le second but allemand, Muller profite d’une mésentente entre Poletti et moi-même. Cela vous reste à travers la gorge»

Source d’inspiration pour le soulier d’or Pablito

L’ex champion du monde 1982, le regretté Paolo Rossi, dans une interview pour le magazine « Guerin Sportivo », reconnaissait s’être inspiré du Bavarois : « Il était unique dans son démarquage, il savait trouver les espaces et les mouvements justes dans toutes les positions ». C’est ainsi que le soulier d’or 1982 en a fait son modèle type d’attaquant complet : un rapace, un renard des surfaces. Avec ses cuisses impressionnantes, il était le cauchemar des défenseurs adverses, toujours au bon endroit.

Gerd Müller a surtout détenu plusieurs records. Ballon d’Or lors de cette année 1970 où par ailleurs il fut le meilleur réalisateur avec 10 roses. Il a d’ailleurs fallu un demi-siècle pour que son mythique record de buts marqués sur une saison (40 buts en 1971-1972) ne soit dépassé par Robert Lewandowski (41 réalisations).

Ceux qui ont connu et vécu ce football made in 1970, certes dépassé aujourd’hui (mais riche en enseignements) retiendront surtout la perte d’une pièce d’un puzzle indélébile de l’histoire du football et d’un acteur majeur du match du siècle.



Pasqualino Petolillo



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