Comment le Coronavirus réunit les Ultras

Par Rémi Falvo publié le 02 Avr 2020

On dit que c’est dans la difficulté que la vraie nature des gens se révèle. Si tel est le cas, l’opinion publique se trompe depuis des dizaines d’années sur le compte des Ultras. En effet, le Coronavirus a bouleversé la vie des Italiens, y compris tous les tifosi de toutes parts du pays. Face à ce fléau qui ne commence qu’à présent à ralentir son expansion, les Ultras ne sont pas restés inactifs. Comme à leur habitude.

Ultras, au-delà du film

Nombreux sont ceux qui ont visionné le film « Ultras » centré sur le quotidien de supporters Napolitains. L’avis est partagé, et en France beaucoup trouvent le film mauvais. Néanmoins, l’image véhiculée des Ultras est catastrophique, remplie de clichés, et manquant cruellement de nuances. Et c’est l’idée que ceux qui ne connaissent pas le sujet auront de ce phénomène dit « Ultra ». C’est une des raisons pour lesquelles les Ultras du Napoli, les vrais, pas les personnages fictifs de ce film de Francesco Lettieri, boycottent ce film. La raison principale c’est que, bien qu’au début du film il soit explicitement mentionné que le film ne se base absolument pas sur des faits réels, mais que c’est bien une fiction à 100%, les Ultras ne le voient pas de cet oeil là. Ils trouvent que le scenario ressemble étrangement à l’histoire de Ciro Esposito de la Curva A mort à Rome avant la finale de la Coppa Italia en 2014. Et faire du profit de cette manière, c’est un carton rouge direct infligé par les Ultras à Francesco Lettieri.

L’actualité fait donc mentir ce film. L’actualité, tout le monde la subit, c’est le confinement causé par le Coronavirus, et les hôpitaux débordés par manque de matériel et de moyens. Et dans ce genre de situation, ce sont parfois ceux qui ont le moins qui font le plus.

L’Union Sacrée

Le Napoli est encore engagé en Champions League, le match retour face au Barça n’a pas été joué pour l’instant. Mais les groupes Ultras du club de Naples ont décidé de donner aux hôpitaux de la ville le prix des billets pour cette prestigieuse rencontre. 70 euros par personne, ça fait une coquette somme. Mais ce ne sont pas les seuls. Ceux de la Juventus ont également récolté 350 000 euros pour les hôpitaux Turinois, le Genoa a fait la même chose… Et bien d’autres encore, pas qu’en Italie d’ailleurs. La nature hyper-active de ces tifosi, souvent contestée car utilisée pour faire des banderoles pas toujours bon enfant, ou autres activités peu appréciées de l’opinion publique (à raison), a ici été d’une utilité certaine. Ils se sont servis de l’influence qu’ils ont sur un bon nombre de personnes pour servir une bonne cause. Mais ce qu’il y a de plus fort encore, c’est le sentiment qu’ils éprouvent les uns à l’égard des autres. Les mêmes groupes qui risquaient de s’entretuer si jamais ils se croisaient dans une rue, s’apportent un soutien moral, se serrent les coudes. C’est le cas entre Brescia et Napoli. Ennemis jurés, mais unis face à un adversaire commun.  Et c’est pour cette raison, parce qu’ils éprouvent un sentiment d’unité nécessaire, qu’ils ne veulent pas que le championnat reprennent.

Les supporters de Brescia ont d’ores et déjà communiqué sur le fait qu’ils ne se rendront pas au stade cette saison quoiqu’il arrive. C’est un sentiment unanimement partagé par les groupes de supporters à travers toute l’Italie. Le plaisir est dans le jeu, mais également dans l’adversité, dans l’hostilité des chants que s’envoient les groupes les uns aux autres au cours d’une rencontre. Une façon de déstabiliser l’adversaire, un match dans le match en quelque sorte. Mais on peut prendre plaisir à affronter quelqu’un de sa taille, quelle joie y a-t-il à s’en prendre à un groupe dont la moitié viennent de perdre un proche? C’est trop tôt. Le temps fera certainement son travail, pour qu’ensuite les groupes puissent recommencer à se haïr. Mais pour l’instant, c’est l’union sacrée.

Rémi Falvo

Rédacteur



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