Comment Allegri a renversé la situation face à l’Atletico ?

Par Louis Megel publié le 17 Mar 2019

Le soir du 20 février, la Juventus subissait une de ses plus grosses désillusions des 5 dernières années. Si l’attitude des joueurs était totalement à l’opposé de ce qu’elle aurait dû être face à un adversaire de ce type, un homme est pointé du doigt, désigné coupable. Max Allegri est sous le feu des critiques, insultés, remis en question pour ses choix et son approche des matchs, le toscan se voit même contraint de désactiver ses réseaux sociaux. Si, certes Mad Max n’a pas réalisé son meilleur match sur le banc turinois, les observateurs hostiles ont surement une méconnaissance des capacités de ce coach ainsi qu’une mémoire très courte. Tant pis, le Mister savait déjà tout, en témoigne sa déclaration juste après le match aller « Je suis confiant pour le match retour« . Voilà comment Allegri a totalement maitrisé Simeone mardi dernier.

L’approche tactique du match

Au match aller, la Juve avait clairement décidé d’être patiente en confisquant le ballon à son adversaire, en témoigne les 63% de possession. Les bianconeri avaient joué tout le match de manière très latérale sans jamais vraiment venir inquiéter Godin, Gimenez et Oblak. Ces derniers se contentaient de réceptionner les quelques centres hasardeux expédiés par les joueurs de couloir peu inspirés. Très peu de prise de risque dans le 1 contre 1, et peu d’agressivité à la perte. Pour faire simple, tout ce qu’il ne fallait pas faire face à cette équipe qui adore laisser le ballon, coulisser en bloc, récupérer pour procéder en contre ou en attaque rapide, obtenir des coups de pieds arrêtés et faire mal, très mal. Au match retour la Juve a décidé de ne pas laisser une seconde de répit aux espagnols, jouer très haut en harcelant constamment le porteurs de balle et en fermant les solutions possibles. Le grand espace laissé dans le dos des turinois était donc quasiment inexploitable pour les joueurs offensifs madrilènes qui n’avaient jamais le temps de se retourner ni de combiner efficacement. La Juve a de ce fait réussi a confisquer le ballon (62% de possession), mais elle a surtout réussi à empêcher l’Atletico de lancer des contre attaques. De plus, les clochoneros n’ont obtenu aucun corner dans cette rencontre.

Position moyenne des joueurs de la Juve contre l’Atletico

Le choix des hommes et leurs positions

Privé de Khedira, Douglas Costa, Cuadrado, De Sciglio et Sandro, Allegri disposait de plusieurs options de rechange. La logique voulait qu’il aligne Caceres soit sur un coté d’une défense à 4 ou dans un trio défensif comme à la vieille époque. Mais finalement le Mister a pris tout le monde a contre-pied. Il a donc expérimenté une défense à 3 avec Can Bonucci et Chiellini. Leo qui n’aime pas vraiment porter le ballon pour changer le rythme du match est positionné en libéro afin qu’il puisse faire ce qu’il aime faire : organiser le jeu. Dans le même temps Giorgio et Emre ont eu pour consigne de jouer très haut en fixant les lignes adverses pour créer des décalages. En jouant si haut le capitaine turinois a délivré 32 passes vers les 30 derniers mètres, presque autant que le maestro Pjanic (35), tandis que Can en a effectué 20 (87 à eux 3 sur les 238 passes vers ce secteur). Au match aller la Juve n’avait trouvé les 30 derniers mètres par une passe que 141 fois (7 pour Chiellini, 16 pour Pjanic…). De par la position très haute des deux stoppeurs, Cancelo et Spinazzola ont pu arpenter et « manger leur ligne » afin d’aller provoquer le 1 contre 1 voire le 2 contre 1 quand Matuidi ou Pjanic se projetait. Les latéraux bianconeri ont tenté à eux deux 11 dribbles contre 3 pour Sandro et De Sciglio au match aller. Grace à ce travail de percussion, CR7 et Bernardeschi ont alors pu beaucoup dézoner pour rentrer pied fort et jouer proche de Mandzukic dans l’axe, créant une supériorité numérique face à Godin et Gimenez. Le choix de titulariser Bernardeschi plutôt que Dybala pouvait sembler hasardeux pour certains mais il s’est avéré décisif. Outre le fait que l’italien ait délivré une passe décisive et obtenu le pénalty victorieux, le profil du numéro 33 collait bien plus au type de match que voulait faire la vieille dame. Dybala est un joueur beaucoup moins percutant, moins rapide et moins apte à répéter les courses que l’est l’ex-florentin.

Occupation du terrain de Chiellini et Can au match retour

Utiliser ses armes

La Juventus aurait aussi très bien pu réaliser ce type match en encaissant un but ou en ne réussissant pas à trouver 3 fois le chemin des filets. Et pour réussir cet exploit il fallait s’appuyer sur le leadership et la determination de Chiellini, en comptant sur l’abattage de Matuidi au milieu. Mais il fallait surtout mettre Cristiano dans les meilleures conditions. Et pour mettre le portugais sur orbite il doit être alimenté en ballons de buts dans la surface. C’est ce qu’a réussi la Juve en inondant l’Atletico de centre. Cette défense une fois découverte par l’élimination des couloirs, est bien plus perméable, car quasiment en égalité numérique face à Mandzukic et Ronaldo qui culminent tous deux à quasiment 1m90, sans oublier la projection de Bernardeschi, de Matuidi et du latéral opposé.

Sources : fr.whoscored.com, SofaScore.

Louis Megel



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