Chiesa-Juventus : Pour le meilleur et pour le… Pirlo

Par Rafaele Graziano publié le 13 Oct 2020

Encensé par les médias italiens, courtisé par les plus grands clubs transalpins, l’ombre du passé glorieux de son père pesant encore sur ses étroites épaules, Federico Chiesa est officiellement devenu un joueur de la Juventus : un transfert qui a tout du tremplin pour celui dont la carrière s’annonce d’ores et déjà flamboyante et d’une bénédiction pour Pirlo car son chantier à peine entamé, il semble arriver à point nommé.

Destins croisés, profil d’un prédestiné…

Cela fait plusieurs mois que les Turinois tentent de s’octroyer les services du jeune Florentin. Si le fils du légendaire attaquant de la Nazionale n’a jamais rejoint le pavillon Sarri, le projet Pirlo semble davantage attiser son attention et bien qu’il eut fallu attendre le dernier jour de mercato pour le voir fouler le sol de la Continassa, c’est un mariage qui s’annonce parfait, presque providentiel. Si la Juve jubile de la venue du feu follet, c’est que leurs destins étaient fatalement liés. Chiesa, c’est ce jeune attaquant chétif, presque banal, qui en 2016 (à peine majeur) débutait sa carrière en Serie A, justement, face aux Bianconeri et qui disputait, cette même saison, le match qui le rendrait célèbre aux yeux d’une nation, toujours, face à ses futurs coéquipiers.

Les défenses italiennes n’ont de cesse de panser leurs plaies depuis lors, victimes des débordements foudroyants du jeune homme qui derrière son physique de Monsieur tout le monde, fait remémorer aux puristes la beauté – explosive – d’un football d’antan. Chiesa est un battant, un électron libre pour qui le football est une chose simple : tout ce qu’il entreprend est intrinsèquement voué à l’accélération. C’est le joueur italien qui propose le plus de dribbles depuis 4 ans (taux de réussite moins éloquent, certes) ; un profil qui vient remplacer la vivacité de D.Costa – la stabilité athlétique en plus. À Florence, plus ce diablotin était en confiance, plus le jeu s’enflammait et c’est lorsque l’adversaire s’allonge que son effervescence fait la différence, une caractéristique qui lui a valu une titularisation indiscutable en Nations League – de l’expérience à cet âge là : du pain béni pour Pirlo.

…au service de sa Vieille Dame

L’effectif turinois désormais remanié, la question de l’organisation offensive s’apparente à un casse-tête chinois pour mister Pirlo, pour autant, il sera difficile de détrôner le jeune prodige dans l’organigramme bianconero. Son implication et sa polyvalence acquises sous les couleurs du chef-lieu toscan en font un fer de lance pour Pirlo qui malgré les concessions qui s’imposent, saura exploiter le néo-turinois, quoiqu’il arrive, sous tous les angles ; en pointe, remplaçant Dybala dans un schéma à 2 attaquants ; en soutient de celui-ci mais dans un 4-3-3 (plutôt improbable cette saison) ou plutôt en ailier permutant parallèlement avec Kulusevski dans un schéma préférentiel à 3 défenseurs – comme cela se dessine – mais aux dépens d’un Cuadrado terzino sauf dans une défense à 4 potentiellement idéale ?

Droite ou gauche, attaque ou milieu, la venue de Chiesa n’en reste pas moins une aubaine, son style de jeu s’adaptant aussi bien dans un 3-5-2 qu’un 4-2-3-1 ou un 4-3-1-2 (choix plus raisonnables), il permettra au Maestro de jouir d’une puissance de feu plus qu’enviable – alors qu’on le donnait perdu avant l’entame de la saison – son avantage se traduisant par un panel offensif aussi large que possible, des indétrônables aux aspirants : Dybala, Ramsey, Kulusevski et Chiesa en principaux acteurs du manège rotatif souhaité par le génie italien. Sous le feu des projecteurs, le jeune homme aura à coeur de donner le maximum sous ses nouvelles couleurs car si la Juventus représente un rêve éveillé pour la plupart des calciatori, tous n’obtiennent pas satisfaction (e.g. un ex Viola) et si Federico entend surpasser Enrico, cela passera nécessairement par sa réussite sous pavillon turinois.

Jeune, talentueux mais surtout italien, le transfert de Chiesa retentit comme un espoir de conquête européenne du côté de Turin, mais pourrait-il embrasser une cause plus grande et guider une Italie encore victime de ses récents démons en terre promise ?

Rafaele Graziano



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