Castrovilli, le bon élève

Par Michaël Magi publié le 14 Nov 2019

Révélation florentine du début de saison, Gaetano Castrovilli a logiquement été appelé par Roberto Mancini pour la trêve internationale. A l’heure où la Nazionale, déjà qualifiée pour le prochain euro, peut se permettre de tester quelques alternatives, le jeune milieu, originaire des Pouilles, a-t-il une carte à jouer ?

Le faux ingénu

« Cher M. Gigi, je suis votre élève, Gaetano Castrovilli. Sachez que je suis désolé de vous avoir laissé même si je ne peux pas dire que je me sens mal avec les « 96 » parce que M. Loseto et son équipe m’ont très bien accueilli ! Vous nous expliquez très bien le football mais vous nous demandez d’être éduqués en premier lieu, et, grâce à vous, j’ai grandi jour après jour. Je voulais aussi vous dire que dimanche, j’étais très heureux d’avoir retrouvé le numéro 10. J’espère que l’année prochaine vous serez encore avec nous et que vous me permettrez de le porter ». Ces mots, ce sont ceux du jeune Castrovilli, alors qu’il n’était âgé que de 14 ans. Extraits d’une lettre écrite à Gigi Nicassio, l’un des techniciens du settore giovanile du club de Bari. Publiée il y a quelques temps par Nicassio lui-même sur son compte facebook, elle éclaire le tempérament d’un joueur qui explose aujourd’hui sous les couleurs de la Fiorentina, établit la filiation entre le gamin pugliese qui s’excusait presque d’avoir été surclassé, ne le devant pourtant qu’à la précocité de son talent, et la patience qui a été la sienne à Firenze, avant d’obtenir le droit de faire ses preuves au sein de l’élite.

Car, en dépit de cette patience plutôt rare de nos jours, Castrovilli ne perd pas de temps. C’est sans doute la raison pour laquelle il s’est imposé dans le onze florentin sans douter. Après une première mi-temps un peu hésitante, sans doute due à la nervosité, à l’occasion de son premier match en Serie A contre le Napoli, il a su rebondir dès la seconde, tirant profit de la pause pour revenir transformé et s’offrir le luxe d’ouvrir son compteur avec une passe décisive adressée à Boateng. Le reste parle de lui-même : le gamin est déjà indiscutable. 5ème joueur de l’effectif en termes de temps de jeu, il est l’un des  plus décisifs de son club, avec 3 buts et 2 passes décisives, en 12 matchs. Puissant, intenable, étonnamment mature : que ce soit avec ou sans Ribery, aux cotés de qui l’on apprend vite et avec qui son entente semble déjà naturelle.

Invité de dernière minute ?

Toutefois, au-delà de la récompense légitime que représente cette convocation, le défi reste de taille. Castrovilli sait que le milieu à 3 de Mancini, composé de 3 titulaires inamovibles et de remplaçants qui partent avec une longueur d’avance, ne joue pas en sa faveur. Le sélectionneur a du reste annoncé la couleur : « Nous voyons plus loin que l’Euro. Nous verrons ce que ces jeunes seront capables d’offrir, mais pas forcément dans l’immédiat. Peut-être que la prochaine fois d’ailleurs, on testera quelqu’un d’autre. » Toujours aussi posé, le milieu viola a emboité le pas du sélectionneur en affirmant que « la Nazionale est un point de départ, pas une finalité… » Propos qui démontre qu’à la différence de certains jeunes qui, dans un passé récent, n’ont su adopter le comportement irréprochable que l’on attend d’un sélectionnable, Castrovilli saura encore une fois se montrer patient.

Pour Montella, qui n’a pas hésité à changer de braquet à l’intersaison, après un exercice 2018-2019 éreintant, en italianisant son onze avec les intégrations également réussies de Sottil ou de Venuti, il ne fait déjà guère de doute que Castrovilli s’imposera comme l’un des meilleurs milieux du pays. « Il me fait penser à Antognoni, a-t-il ainsi déclaré après un récital de son joueur contre Sassuolo (NDLR : un but et une passe décisive). Mais Gaetano est un garçon humble. C’est pourquoi je n’ai pas peur de cette comparaison qui peut sembler hâtive. Je sais qu’il gardera la tête froide. » Son parcours et son jeu (qu’il compare volontiers à une danse) le démontrent : Castrovilli sait attendre, avant de porter l’estocade…

Michaël Magi



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