Cannavaro, le Ballon d’Or et le déni du défenseur

Par Cesco publié le 15 Oct 2018
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A l’approche des premières rumeurs concernant le vainqueur et des premiers visuels pour le trophée individuel le plus prestigieux, mais aussi le plus polémique, de la planète football, l’Italie ne pourra encore une fois pas, se mêler au débat des trois finalistes. Eliminé des barrages du mondial et à la peine, sans titre européen, le pays n’a plus gouté aux joies du ballon d’or depuis 2006, année triomphante pour la Squadra Azzurra qui accrochait une 4ème étoile au maillot attendue depuis 24 ans. L’homme du triomphe, ou plutôt le nom associé au triomphe aura diverses identités selon l’interlocuteur qui le cite mais l’histoire retiendra que cette année là, c’est Fabio Cannavaro, capitaine de la sélection et emblématique défenseur, qui a été élu, meilleur joueur de la planète France Football.

Défenseur, le poste ingrat. Aujourd’hui encore plus.

Le Ballon d’Or. Sur le plan médiatique et personnel, c’est la distinction la plus haute qu’un footballeur puisse recevoir dans sa carrière. Récompense adulée pour certains, polémique et obsolète pour d’autres, elle rassemble cependant toute la planète football pendant l’hiver pour son attribution, toujours attendue quoi qu’on en dise. Attribué sous cette forme depuis 1956, le ballon d’or a vu son mode d’attribution par vote changer au fur et à mesure des années. Sans compter l’édition à venir, il y a eu en tout et pour tout : 61 lauréats. 38 attaquants, 18 milieux et 4 défenseurs. Un breloque prisée uniquement par les joueurs offensifs, qui ont vocation à glaner les stats, les buts et l’attention du public. Le travail de l’ombre, du gardien (Yashine seul gagnant à ce jour) ou des défenseurs reste donc loin des performances d’un Ronaldo ou d’un Messi.

Un poste d’autant plus ingrat qu’il n’est que trop rarement mis en valeur. Quels highlights sur YouTube proposent une belle intervention défensive ? Qu’est ce qui récompense un bon match d’un défenseur ? Rien le plus souvent. Le clean-sheet est mis sur le dos des gardiens tandis que les buts sont réservés aux joueurs à vocation offensives pour la plupart du temps. Oui de temps à autre il y a bien un but de la tête d’un défenseur « au courage » à la « hargne« . Mais au talent ? Jamais. De toute manière, cela reste bien trop peu pour prétendre au sésame ultime. Autre souci, les votants. Ce sont désormais les journalistes qui votent (au nombre de 176 depuis la récupération du titre par France Football), un retour au source après les années de 2010 à 2015 où le Ballon d’Or était la propriété de la FIFA. Des journalistes donc, qui sont soumis à la réalité de leur ligne éditoriale et dont la valorisation des exploits d’un Messi, Modric ou Ronaldo comptent plus que les prestations d’un Varane ou d’un Sergio Ramos. Un jugement qui n’est donc objectif que partiellement et qui explique également le désamour du trophée envers les gardiens de la charnière centrale.

Cannavaro, la dernière lumière

Oh qu’elle fut controversée cette année 2006 avec la Coupe du Monde remportée par l’Italie. En France l’attribution du précieux trophée avait fait grand bruit. Pour rappel, Cannavaro devançait sur le podium son compatriote Gianluigi Buffon et Thierry Henry. Pour rappel, la saison 2006 a été marquée, outre la victoire de l’Italie, d’une finale perdue au mondial par la France, d’une Champions League remportée par le Barca face à Arsenal 2-1. Autrement dit, qui était plus légitime que Cannavaro ou Buffon pour remporter le dit trophée ? Personne, même si d’autres ont prétendu le contraire pendant bien longtemps (et même encore aujourd’hui). On est loin de la polémique de 2010 sur Sneijder et Iniesta. Avec 173 points, Fabio Cannavaro triomphe donc devant tout le monde. Un statut de champion du monde récompensé plus qu’autre chose pourra-t-on dire. Oui car le Ballon d’Or, bien qu’il prenne en compte une année civile entière, s’attardera bien (trop) longtemps sur la compétition phare de l’année. La Champions League les années impairs, et le Mondial tous les quatre ans (Iniesta nous dit que non dans l’oreillette).

En 2006, Cannavaro remportait le Mondial, 26 ans après le dernier succès de l’Italie dans la compétition. Symbole d’une Juventus descendue en Serie B (dont il a quitté le navire pendant l’été), il porte le brassard d’une sélection blessée qui pourtant va venir à bout de tous ses adversaires dans des matchs devenus légendaires. Principal artisan de la victoire face à l’Allemagne en demi-finale, c’est lui qui guide les siens et permet la quatrième étoile. Ses piètres performances avec le Real à la rentrée 2006 ne seront pas prises en ligne de compte et 12 ans après, il reste le dernier défenseur à avoir obtenu le trophée tant désiré. Oui le Ballon d’Or récompensera toujours l’unique, qui sur des détails peut faire chavirer une compétition fondamentale. C’est toujours le joueur qui aura marqué un moment important de l’histoire du football. Pas étonnant de voir le mano à mano entre Messi et Ronaldo depuis maintenant 9 ans donc. Et si Cannavaro reste aujourd’hui si controversé, c’est principalement du fait de son poste. Ils sont bien peu à avoir vu sa saison formidable avec la Juventus et à prendre en considération que sans lui, l’Italie n’y serait peut-être pas arrivée. Doit-on rappeler que Nesta était blessé et que tout le monde s’acharnait sur le pauvre Materazzi, promu pour l’occasion du mondial allemand ? Cannavaro a porté la Squadra jusqu’au sommet du football mondial (qui n’a alors encaissé que deux buts : un CSC et un penalty). Et à en juger par l’état des troupes aujourd’hui du côté de l’Italie, ce qu’il a fait reste magistral, d’un point de vue individuel et collectif. Ne résumer cela qu’à lui reste un tantinet malhonnête, mais c’est le jeu.



Cesco

Rédacteur en Chef



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