CALCIOSTORY : Vittorio Staccione, il mediano di Mauthausen

Par Elio Gusti publié le 11 Fév 2020

Alors que nous venons de commémorer les 70 ans de la libération du camp d’Auschwitz, rappelons que la barbarie nazie a frappé tous et toutes. Calciomio vous emmène découvrir l’histoire tragique de Vittorio Staccione, joueur du Torino Football club et militant socialiste, mort à Mauthausen, l’un des nombreux camps de la mort nazis.

Socialiste et footballeur

Vittorio nait à Turin en 1904. D’une famille tifoso Granata, il est repéré à l’âge de 15 ans par le capitaine de l’époque Heinrich Bachmann. Rattaché aux équipes de jeunes, il y fera ses classes entre 1919 et 1923 et fera ses premières apparitions en équipe première lors de la saison 1923-1924. Il est ensuite envoyé en prêt à la Cremonese. A l’époque, Crémone est dirigée d’une main de fer par Roberto Farinacé, créateur avec Benito Mussolini des Fasci Italiani di Combattimento : le mouvement qui portera le Duce au pouvoir. Aussi créateur et dirigeant du Cremona Nuova, il refuse que le nom de Staccione apparaisse dans le journal local. Sa présence sur la feuille de match était seulement signifiée d’une simple croix.

Ses bonnes performances sous le maillot des Grigiorossi obligent le Torino à le rappeler de son prêt. Malheureusement pour lui l’équipe Granata tourne bien et il n’arrive pas à se faire une place de titulaire. Il n’apparaîtra que 18 fois sous le maillot du Toro entre 1925 et 1927 et remporte quand même un titre de champion. Il est ensuite transféré à la Fiorentina et y jouera pendant 4 saisons consécutives entre 1927 et 1931, se montrant décisif dans la promotion en première division de la Viola. Mais durant ses années florentines, un drame personnel le changera à jamais : la petite fille que Vittorio attendait avec impatience nait déjà morte et Giulia, sa femme, meurt elle aussi, suite aux complications de l’accouchement.

Vittorio se retrouve seul et avec une douleur trop grande pour continuer à s’intéresser au football. Il continue quelque peu sa carrière à Cosenza puis Savoia avant avant de raccrocher pour se concentrer sur des choses plus sérieuses…

Du milieu de terrain à la déportation

Après avoir arrêté le football, il retourne à Turin travailler comme ouvrier dans les usines Fiat. Leader syndical, il est régulièrement persécuté et arrêté par l’OVRA, la police militaire fasciste. En 1944, il est arrêté, après un énième signalement, lors d’un rassemblement et accusé d’être un sympathisant des forces de résistance. Il est envoyé au camp de concentration de Mauthausen où il meurt un an plus tard. «Lorsqu’il a été arrêté, même le commissaire de police a tenté de le sauver. Il lui a dit qu’il devait aller travailler en Allemagne, qu’il faisait très froid là-bas et lui a dit de rentrer chez lui et de porter des vêtements lourds : il lui offrait la possibilité de s’échapper, mais il ne l’a pas fait. Il est retourné au poste de police avec la valise et quelques jours plus tard, il a été chargé dans un train », raconte Federico Molinario, neveu d’Eugenio Staccione, frère de Vittorio et également footballeur célèbre, champion d’Italie avec le Torino et la Juventus avant la guerre.

Pendant ses douze mois passés dans le camp, Vittorio a également joué au football. Certains survivants se souviennent des matchs organisés par les SS, qui n’ayant pas assez de joueurs, ordonnaient aux prisonniers de faire le nombre. Lorsqu’il entrait sur le terrain , il pouvait à peine se tenir debout.  Epuisé, pâle, pesant qu’un peu plus de 40 kilos et pétrit de douleur, il fût obligé de jouer pour satisfaire l’amusement de ses tortionnaires. Son maillot à rayure rappelait celui de la Cremonese mais avec une apparence nettement moins amicale. Son numéro n’était pas inscrit sur le dos mais sur son avant bras : 59160. C’est sur un terrain boueux et enneigé, où les supporters étaient remplacés par des capo avec leurs chiens, où Vittorio a joué son dernier match.

En 2012, Staccione est intronisé au Hall of Fame de la Fiorentina et en 2015 une plaque commémorative symbolisant un ballon dans un filet de barbelés est installé dans le stade Giovanni Zinni de Cremona. Début 2019, un livre est sorti sur son histoire, pour ne pas oublier cette autre histoire des nombreuses victimes de la barbarie du nazisme et du régime fasciste. Sur le mémorial installé l’année dernière à Torino, on peut lire : « Vittorio Staccione : Symbole du sport comme engagement civil, social et politique, a joué un rôle de premier plan pour la liberté et la fraternité des hommes »

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



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