CALCIOSTORY : Treviso, la parenthèse enchantée

Par Aurélien Bayard publié le 14 Avr 2019

La bonne saison de Parma en Serie A ne doit pas occulter d’où ils reviennent. Pour retrouver l’élite italienne ils ont réussi l’exploit d’obtenir trois promotions successives. Ce n’est pas la première fois qu’un club réussit cette performance. Pour cela, il faut se replonger dans le milieu des années 90. Tombée en Serie D, L’A.C.D Treviso entame une course folle à partir de 1994. En l’espace de 3 ans, les voilà en Serie B ! Comme les records et autres faits majeurs ne sont pas l’apanage que des grands clubs, voici leur histoire.

Entraîné par un grand nom

Il faut être clair dès le début : l’A.C.D Treviso n’a jamais compté dans l’échiquier du football italien. Avec une seule saison dans l’élite en 2004-2005, son histoire se situe plus dans les divisions inférieures. Cela ne l’a pas empêché d’avoir un superbe entraîneur sur son banc lors des années 50. Vainqueurs de la Serie C et fraîchement promus en Serie B, les biancocelesti attirent le grand Nereo Rocco en 1950. S’en suivent 3 années de fortunes diverses. Sa première saison est compliquée car Trevise ne se sauve qu’à la dernière journée. La deuxième est, par contre, plus annonciateur des futures performances de Rocco. L’A.C.D Treviso termine à la 6ème place et réussit l’exploit de rester invaincue à domicile. Elle se permet des victoires de prestige contre l’AS Roma et le Brescia Calcio, respectivement 1er et 2ème de Serie B cette année-là. Alors que nous aurions pu nous attendre à un superbe troisième exercice, des problèmes financiers pointent le bout de leur nez. Dans l’obligation de vendre leur buteur Giuseppe Persi au Genoa ainsi que leur défenseur Giovanni Cattozzo à Bologne, Trévise réalise une saison plus anonyme. Elle termine à une modeste neuvième place. Les trévisans font tout de même tomber le vainqueur du championnat, le Genoa. Alors que leur ancien canonniere Persi ouvre le score pour les grifoni, l’équipe de Vénétie trouve les ressources mentales pour l’emporter 2-1. Ce sera la dernière année de Nereo Rocco sur le banc de Trévise puisqu’aucun accord n’a été trouvé pour renouveler son contrat. Sans « el paròn » et criblée de dettes, l’A.C.D sera reléguée 2 saisons plus tard. Elle ne reverra cette division qu’en 1997.

La conquête de la Serie D

Pendant près de 40 ans les biancocelesti alternent entre la Serie C1 et C2. Ils sont même en Serie D lorsque Giovanni Caberlotto les rachètent en 1993. L’objectif est clair pour le fondateur de la marque Lotto : Trévise doit retrouver la Serie C2 ainsi que le monde professionnel. Le mercato d’été 1994 marque un tournant dans l’histoire de l’A.C.D. Un de ses anciens joueurs, Giuseppe Pillon, prend les rênes de l’équipe. Ancien technicien de Bassano Virtus, il avait terminé juste devant les vénitiens la saison précédente. Il ramène dans ces bagages trois défenseurs : Francesco Maino, Giuseppe Margiotta et Luca Bernardi. Mais ce ne sont pas les seules arrivées. Toute l’équipe est remaniée et seul Alessandro De Poli réchappe de ce grand remaniement. Malgré tous ces changements, la mayonnaise prend rapidement et Trévise se mêle à la course au titre en compagnie de Trieste. Le duel de la Vénétie arrive à la 16ème journée. Les triestins l’emportent 1-0 et mettent leur adversaire du jour à quatre points.

Cependant la bande à Pillon n’abandonne pas et gagne douze des quatorze matchs suivants. Cela leur permet de combler leur retard sur Trieste et de se retrouver avec le même nombre de point à deux journées de la fin. L’avant-dernière rencontre de la saison n’est autre que le match retour entre Trévise et Trieste. Ce match s’avère décisif pour l’obtention de la montée en C2. Le choc tient toutes ses promesses, Treviso ouvre le score mais une faute de main du gardien Tonella remet les 2 équipes à égalité peu avant la mi-temps. Trévise pousse mais ne parvient pas à prendre l’avantage. Sur une nouvelle offensive, un défenseur de Trieste commet l’irréparable : tacle par derrière et expulsion sans ménagement. Alors la triple peine décide de s’appliquer puisque sur ce coup-franc Trévise prend l’avantage. 2-1, score final. Trévise se permet un match nul à Miranese lors de l’ultime journée et remporte le championnat. L’équipe type est la suivante : Tonella, Maino, Bernardi, Lombardi, Margiotta, De Poli, Boscolo, Bressan, Bonavina, Pradella et Fiorio.

Un exploit retentissant

Pour continuer sur sa lancée, Pillon mise sur un effectif stable. Contrairement au mercato précédent, seulement 3 joueurs sont recrutés pour intégrer le onze type. Il s’agit du gardien Andrea Pierobon, du défenseur Ezio Rossi et du milieu de terrain Daniele Pasa. Les trévisans ont besoin de trois journées pour lancer leur saison. Ils entament ensuite une série d’invincibilité de 17 matchs pour prendre la tête du championnat. Leur régularité les conduit naturellement à être sacrés à une journée de la fin. Deux titres consécutifs, l’histoire commence à être en marche. Le mercato estival reste sobre, Pierobon part à Venezia remplacé par Tiziano Ramon et Mauro Bacchin. L’ossature de l’équipe reste la même. Comme l’année précédente, Trevise débute mal le championnat pour mieux embrayer sur des bons résultats. Le 4-3-3 offensif de Pillon fonctionne toujours à merveille et les biancocelesti remportent le titre à la fin de la saison. Avec trois promotions couronnées d’autant de titres, Trévise réalise alors un fait inédit en Italie. Mais la parenthèse va se refermer brusquement. Pillon quitte le club pour entraîner Padoue, elle-aussi en Serie B. Flavio Fioro, meilleur buteur des biancocelesti des trois dernières années, le suit dans sa nouvelle aventure. Pire encore, le président Caberlotto disparaît début mars et n’a pas pu connaître la troisième promotion consécutive. Pillon continuera à faire une carrière honnête mais ne connaîtra pas d’autres folles épopées. Et bien que Trévise réussisse à connaître l’élite italienne en 2004, un long déclin l’a plongé en Eccellenza et son relatif anonyme.

Aurélien Bayard



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