CALCIOSTORY : Thiago Motta, souvenirs de la Lanterne

Par Michaël Magi publié le 14 Déc 2019

Ce samedi, Thiago Motta jouera son premier derby della Lanterna en qualité d’entraineur. Ce ne sera toutefois pas une véritable première pour lui, dans la mesure où il a participé à deux d’entre eux sur le pré. Sans jamais connaitre la défaite. Récit en deux actes…

Acte I – 7 décembre 2008 : La revanche du griffon

C’est un doux dimanche de décembre. Alors que le thermomètre frôle les 15°C, le Genoa s’apprête à recevoir son meilleur ennemi, avec le sentiment revanchard d’une équipe qui n’a plus remporté un derby depuis 7 années. Et 7 années, c’est long pour un génois qui se trouve du mauvais côté de la barrière. C’est aussi l’occasion rêvée d’acter la renaissance du grifone, après 11 saisons passées en Serie B (et un bref passage en C1) et une prometteuse 10ème place obtenue l’année précédente pour son retour parmi l’élite. Le mercato estival a été ambitieux : Diego Milito est venu de Zaragoza doper l’attaque genoana pour une somme rondelette. Outre l’argentin, qui a déjà fait trembler les filets à 11 reprises avant d’affronter la Samp, le Genoa a également débauché Criscito et fait signer un Thiago Motta à la relance, sortant d’une expérience manquée avec l’Atletico Madrid. Choix gagnant pour l’italo-brésilien qui enchaine les matchs, ce qui ne lui était plus arrivé depuis des lustres.

Au moment du coup d’envoi, les parcours des deux équipes sont contrastés. Le Genoa flirte avec la zone qualificative européenne. La Sampdoria, qui a raté son début de saison est engluée à la 15ème place. Le temps est clément, disions-nous, mais la pelouse, elle, est indigne de l’événement. Indignes, les joueurs le seront également. Stefano Farina sortira son carton jaune à 11 reprises; seuls Cassano et Milito, par intermittence, apporteront un peu de joie aux 30.000 génois, venus au stade ce dimanche. A la 3ème minute, il Principe fait un numéro sur la gauche et adresse un tir puissant qui passe au-dessus. 30 minutes plus tard, Fantantonio tire un corner qu’il récupère lui-même après un dégagement raté de la défense. Mais Rubinho s’empare du cuir…

Il faudra attendre la 50ème minute pour que cette parodie de football accouche d’un éclat de beauté. L’oeuvre de Milito, qui d’une tête soyeuse, fait basculer le peuple genoano dans le bonheur, au milieu d’une défense doriana aux fraises. Que dire d’autre ? Motta a obtenu son carton jaune, sans surprise; l’égalisation est refusée à Fornaroli pour un hors-jeu inexistant. Le Genoa conserve ainsi son avantage et renoue enfin avec le succès. Le lendemain, la Repubblica titre : « Milito bat Cassano 1-0 dans un match pour les idiots… »

Acte II – 3 mai 2009 : Milito-show

Changement de décor pour le retour. A l’orée de cette 34ème journée, qui sera le théâtre du deuxième derby della Lanterna de la saison, le Genoa est bien calé à la 5ème place de la Serie A, à un point de la 4ème place, synonyme de qualification pour les barrages de la Champions, auquel le club génois n’a jamais participé. Les rêves d’Europe rossoblu, dont l’histoire européenne frise le néant (une seule participation au début des années 90 à la Coupe UEFA) semblent se concrétiser. La Sampdoria, 13ème, vit une saison frustrante mais aussi sans peur. Thiago Motta, quant à lui, savoure la justesse de son choix. Sa saison avec le Genoa est  un succès : 6 buts à son actif, 2 passes décisives et une habileté à bonifier la relance de son équipe au sein du 3-4-3 du Gasp !

Gasperini, pour l’occasion, a exceptionnellement remanié son schéma en 5-4-1, pour museler Cassano, qui connait un temps fort dans sa saison (4 buts et 4 passes décisives sur les 6 matchs précédents). Résultat : Fantantonio, en dépit d’une action de classe et d’une occasion en or, s’enferre dans la défense genoana. Le jeu des rossoblu n’est quant à lui guère reluisant. Dans une atmosphère folle, Milito (encore lui !) parvient à ouvrir le score à la demi-heure de jeu, suite à un corner et à une déviation de la tête de Biava. Motta (comme on le retrouve) manque de doubler la mise 10 minutes plus tard sur un centre de Rossi. Cette absence de réalisme, le Genoa le paiera au prix fort, dans les arrêts de jeu, avec l’égalisation de Campagnaro.

Les couloirs du Marassi résonnent logiquement à la mi-temps de l’accès de colère de Gasperini à l’encontre de ses joueurs. A la reprise, c’est pourtant la Samp qui manque de prendre l’avantage. La reprise de Sammarco s’envole hélas dans les airs. Le reste appartient à Milito – dont la classe éblouit l’exercice – dans un match qui s’est considérablement durci. A la 73ème minute, sur une mauvaise relance contrée d’Accardi, Milito récupère une offrande qu’il convertit en but. Alors que la Samp se rue à l’attaque, il obtient même le but du triplé, suite à une contre-attaque aussi cruelle qu’efficace, à la 93ème minute ; soulageant une équipe réduite à 9, après l’expulsion de Ferrari et de…Thiago Motta, coupable d’en être venu aux mains avec Campagnaro.

La saison suivante, le Genoa, saigné à l’intersaison (départs de Milito, Motta, Rubinho, Ferrari et même le jeune Bonucci, acheté à prix d’or par Bari…), ne pourra pas rééditer l’exploit et ne remportera qu’un seul des deux derbys… Le Genoa aura bien besoin de la bonne fortune d’un Motta invaincu en Province de Gênes, pour retrouver la saveur d’une victoire, alors qu’il n’a plus régné sur la Lanterne depuis mai 2016…

Michaël Magi



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