CALCIOSTORY : quand Pirlo et Baggio mystifiaient la Juventus avec Brescia

Par Yacine Ouali publié le 16 Fév 2020

Aujourd’hui, la Juventus affronte Brescia pour le compte de la 24ème journée de Serie A, dans un match capital pour la course au Scudetto. Hasard du calendrier, ou véritable signe, les deux clubs se sont affrontés, en 2000-2001, à la même journée et dans la même configuration : une folle et effrénée course au titre.

Un match crucial pour une Juventus lancée dans une incroyable remontée

Si, aujourd’hui, la Juventus lutte avec la Lazio et l’Inter pour le Scudetto, son principal adversaire en 2000-2001 était l’AS Roma de Totti, Montella et Batistuta.

Avec 7 points de retard à la 23ème journée (le championnat se jouait à l’époque à 18 clubs et sur 34 matches), les turinois semblaient résignés à laisser filer le titre une deuxième saison d’affilée, après l’incroyable bataille de la Serie A 1999-2000, qui vit la Vieille dame tout perdre sur le terrain boueux de Perugia.

Arrive ce match contre le Brescia de Baggio. L’occasion est rêvée pour les hommes d’Ancelotti de grignoter du terrain sur la Roma, qui de son côté joue contre l’Hellas de Camoranesi. Et, pendant 86 minutes, tout se passe comme prévu.

Un match d’abord digne du Stile Juve

Pour ne rien regretter, Ancelotti aligne contre Brescia son onze titulaire. Inzaghi, Del Piero, Zidane et Conte sont sur le terrain. De l’autre côté, les expérimentés Baggio et Hübner mènent une équipe joueuse, mais sans référence au haut niveau, et dont l’attraction est un jeune joueur cheveux au vent, Andrea Pirlo.

Au début du match, la Juventus, à domicile, maîtrise les débats. Après un but refusé à Inzaghi pour hors-jeu, Zambrotta ouvre la marque sur une reprise limpide, à la retombée d’un ballon mal dégagé sur corner. À ce moment du match, l’on se dit que rien ne peut arriver à cette Juventus, qui gère déjà le match comme à son habitude, avec sérénité et aisance technique.

Mais, dans le calcio, les expériences passées reviennent toujours hanter les équipes au pire moment. Dans une saison ponctuée par une piteuse élimination au premier tour de la Ligue des Champions, les joueurs turinois commencent à montrer des signes de fébrilité en deuxième mi-temps. La perspective de revenir sur la Roma, qui jusqu’alors était intouchable, bloque les jambes de Zidane et consorts. Les occasions se font plus rares, et le réalisme n’est plus au rendez-vous. Sans que Brescia n’oppose de franche opposition, la Juventus commence à repenser au spectre des saisons passées, d’un Scudetto qui lui échappe depuis 1998.

L’avènement du Maestro et le chant du cygne du Divin Codino

Petit à petit, les joueurs de Brescia sentent ainsi qu’un coup est possible. 16ème et premier relégable, Brescia s’aventure avec plus d’espoir dans la moitié de terrain turinoise, et s’autorise même quelques tirs dangereux.

Rien toutefois n’annonçait ce qui allait se passer à une 86ème minute lunaire, où la sublime passe d’un jeune joueur pétri de talent atterrit sur le divin pied d’une ancienne gloire. Ce jour-là, à ce moment là, les destins de Pirlo, qui a la confiance du coach Mazzone, et de Roberto Baggio, dont les grandes heures sont déjà lointaines, se croisent le temps d’une inoubliable chorégraphie.

Alors que le ballon lui arrive presque au niveau du rond central, Andrea Pirlo sait qu’il lui incombe d’accélérer le jeu, l’horloge n’annonçant plus que quatre minutes dans le temps réglementaire. En levant la tête, il voit l’appel de Baggio, entre les défenseurs turinois. Tentant le tout pour le tout, le futur Maestro envoie une passe qui sera millimétrée. Mais même Pirlo ne pouvait s’attendre à un tel éclair de génie de la part de Baggio.

Lorsque le ballon lui arrive, Baggio tente un contrôle croisé dont la beauté n’est comparable qu’à celui de Bergkamp contre Newcastle, en Premier League. Surprenant tout un stade qui s’attendait à un contrôle dans la course, ou alors dos au but, le Divin Codino s’emmène magnifiquement le ballon en diagonale, d’une manière si fluide et belle que le contrôle seul suffit à dribbler Van Der Sar.

Un but qui marque un tournant

N’ayant plus qu’à pousser le ballon dans les cages, Roberto Baggio marque, avec l’aide précieuse de Pirlo, un but qui vaudra son pesant d’or. À la fin de saison, au prix d’une belle série de victoires, la Juventus finira deuxième, deux points seulement derrière la Roma, que la possibilité d’un premier titre depuis 1983 avait tétanisé, au point de perdre la quasi totalité de son avance en tête du championnat avant de se reprendre in extremis.

Et si Inzaghi n’avait pas été signalé hors-jeu ? Et si Pirlo n’avait pas vu l’appel de Baggio ? Et si Baggio n’avait pas mystifié la Juventus de ce sublime contrôle croisé et de ce but qui fut certainement le plus beau de sa carrière ?

Cet après-midi là, alors que le Divin Codino célèbre joyeusement l’égalisation avec ses coéquipiers, les joueurs d’Ancelotti ne se doutent pas que ce point du nul les desservira autant à la fin. En réalité, il est plus probable qu’ils abandonnaient, déjà, l’idée même de titre. Toutefois, sans cette passe de Pirlo, sans ce but venu d’ailleurs de Baggio, la Juventus aurait l’aurait peut-être gagné, ce satané Scudetto…

Peut-être seulement. Car quand un joueur comme Baggio est sur le terrain, les prévisions les plus précises peuvent voler en éclat d’un seul (sublime) contrôle. À quoi se joue parfois le football…

Yacine Ouali



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