CALCIOSTORY : Quand la Lazio gagnait le Scudetto au nez et à la barbe de la Juventus

Par Yacine Ouali publié le 15 Mar 2020

Calciomio vous emmène au cœur de la saison 1999-2000. A un moment où la Serie A était sans contestation le meilleur championnat du monde, la Lazio réussit l’exploit de gagner le Scudetto au nez et à la barbe de la Juventus, au bout de la plus folle dernière journée que le calcio ait jamais vécu.

Un effectif de classe mondiale

Aujourd’hui, la Lazio est la dernière équipe à réellement disputer le Scudetto à la Juventus, et continuera certainement à le faire si d’avenir le championnat reprend.

Il y a 20 ans, l’effectif de la Lazio était bien meilleur : Boksic, Salas, Mancini, Mihajlovic, Nesta, Simeone, Lombardo, Nedved, Inzaghi, Veron, Almeyda, Ravanelli… tous les postes étaient occupés par des fuoriclasse. À la Lazio depuis 1997, l’entraîneur suédois Sven-Gorän Eriksson construit patiemment une équipe capable de rivaliser avec les meilleurs, alors que les tifosi attentent un Scudetto depuis 1974. Avec une finale en coupe de l’UEFA, une Coppa Italia et deux Supercoupes (d’Italie et d’Europe), il va sans dire que les deux premières saisons d’Eriksson sont fructueuses, et Sergio Cragnotti, président de la Lazio, lui fait confiance.

À l’aube de la saison 1999-2000, les analystes comme les supporters s’entendent donc pour dire qu’outre la Juventus, l’Inter, le Milan AC et Parma, la Lazio est un sérieux prétendant à la Serie A. Les laziale trouvent ont une motivation supplémentaire, eux qui ont perdu le Scudetto 1999 au Milan AC pour un misérable point.

Un début de saison au presque parfait

Après une Supercoupe d’Europe gagnée contre Manchester United, à la fin de laquelle Sir Alex Ferguson dira, de manière prémonitoire, que la Lazio gagnera la Serie A, la Lazio attaque le championnat par une série de 6 victoires et 3 nuls. Ce n’est qu’à la dixième journée que le club laisse filer trois points, au bout d’une humiliante défaite 4-1 dans le derby romain.

Ce début de saison est toutefois entaché par un mauvais comportement des tifosi laziale, qui présentent une banderole à la gloire d’un criminel de guerre serbe contre Bari, et qui profèrent des insultes racistes à l’encontre de Thuram lors de la réception de Parma.

Après un hiver en demi-teinte, la Lazio perd ses espoirs de titre

Entre la défaite contre l’AS Roma à la fin novembre 1999 et celle contre l’Hellas à la fin mars 2000, la Lazio peine à trouver une régularité de champion. Engagée dans une belle campagne européenne (le club sortira en quarts) et une aussi belle odyssée en Coppa (que le club gagnera), l’équipe d’Eriksson laisse filer d’inexplicables points contre la Reggina et Cagliari, s’enlise contre Parma et l’Inter (deux autres nuls), et perd contre Venezia et le Milan AC.

Ce n’est pourtant faute de joueurs qui carburent. Salas finira la saison avec 12 buts, tandis que Simone Inzaghi signera 19 réalisations toutes compétitions confondues. Derrière eux, Nedved, Almeyda, Veron et Simeone forment un milieu très complémentaire, tandis que Mihajlovic et Nesta ferment les vannes en défense.

A la fin du mois de mars 2000, après une 4ème défaite contre l’Hellas, les laziale sont à 9 points de la Juventus. Si tout semble perdu pour la Lazio, c’est sans compter l’incroyable concours de circonstances, entre une Juventus soudainement fébrile et une dernière journée folle, qui donnera au club un Scudetto inattendu et inespéré.

La plus incroyable fin de saison de l’histoire du calcio

19 mars 2000. Sans le savoir, la Lazio vient d’enregistrer sa dernière défaite de la saison. Le prochain adversaire, l’AS Roma, se présente fort de l’avantage psychologique du match aller. La veille, la Juventus a perdu contre le Milan AC. Le lendemain, les laziale attaquent le derby par le mauvais bout, et se retrouvent menés suite à but rapide de Montella. Rapidement, Nedved puis Veron répondent à l’aeroplanino et permettent à la Lazio de mener 2-1, avantage qu’elle ne lâchera plus.

Désormais à six points de la Juventus, l’espoir renaît chez les hommes d’Eriksson. Le prochain adversaire ? Rien de plus que la Juventus à l’extérieur… Revigorée, la Lazio se rend au Delle Alpi la ferme volonté de disputer le titre jusqu’au bout. Ce sera chose faite avec une belle victoire 1-0.

La suite est folle. Alors qu’elle n’avait perdu qu’un seul match avant ses deux défaites d’affilée contre le Milan AC et la Lazio, la Juventus devient frileuse et perd à nouveau lors de la 32ème journée, face à l’Hellas. La Vieille Dame voit son avance sur la Lazio fondre, alors que les biancocelesti, après un rocambolesque nul contre la Fiorentina (3-3), avaient redonné à leurs rivaux 5 points d’avance.

À la 33ème journée, la Lazio compte deux points de retard sur la Juventus. Tandis que cette dernière s’impose contre Parma, après notamment un but injustement refusé pour Cannavaro, tout indique que les juventini se dirigent vers le titre en vieux briscards. Cragnotti a beau se plaindre, rien n’y fait, et ses ouailles gâchent presque tout contre Bologna (victoire 3-2).

Arrive la fameuse 34ème et dernière journée. Tandis que la Lazio bat aisément la Reggina 3-0, la Juventus se rend à Perugia, assuré du maintien. Tout indique une victoire tranquille des bianconeri…

C’est pourtant tout l’inverse qui se passe. Après une calme première mi-temps, l’arbitre Collina est contraint de retarder la reprise de 80 minutes, la faute à un véritable déluge qui s’abat sur le stade. Lorsque le match reprend, le terrain paraît impraticable. C’est Perugia qui en profite, en maquant à la 50ème minute (1-0). À Rome, les tifosi s’amassent sur la pelouse avec des radios, et les joueurs regardent le match dans les vestiaires. Les secondes passent, et la Juventus reste impuissante.

18h04, l’arbitre siffle trois fois. Victoire de Perugia, désolation chez une Juventus sonnée, consécration pour la Lazio et ses supporters, qui feront la fête la nuit durant, et la referont lorsque, quelques jours plus tard, l’équipe gagnera la Coppa et signera un historique doublé.

Aujourd’hui, si le championnat reprend, les laziale auront sûrement en tête cette folle fin de saison en 2000. Et s’ils refaisaient le même coup ? Et si… ?

Yacine Ouali



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