CALCIOSTORY : Paul Gascoigne, un geordie à Rome

Par Elio Gusti publié le 20 Mar 2020

Les années 90, le calcio est à son sommet, les équipes italiennes remportent coupes les coupes d’Europe, Zeman transforme la petite équipe de Foggia en machine de guerre et les plus grands footballeurs régalent les tifosi tous les week-end. Calciomio vous emmène sur les traces de la ballade romaine de l’anglais le plus fou de l’histoire du calcio. 

Un transfert surprise

En 1992, la Lazio se remet toujours péniblement de ses années en Serie B et végète dans le ventre mou. Coachée par Giuseppe Materazzi (le père de) puis par Dino Zoff le club n’a pas dépassé la 10 ème place du classement depuis sa remontée dans l’élite. Dans le même temps un jeune gamin du nord de l’Angleterre, Paul Gascoigne, a conquis le Royaume Unis de Thatcher de par son talent et sa personnalité complètement folle. D’abord avec son club formateur de Newcastle de 85 à 89 où il est élu meilleur jeune en 87-88 puis avec Tottenham où il remporte la FA cup 1991. Gascoigne explose internationalement et surtout dans la botte lors de la coupe du monde 1990 où il porte à lui tout seul une équipe d’Angleterre séduisante qui échoue aux portes de la finale et qui lui permet de finir 4ème au classement du Ballon d’Or 1990 !

Eté 1992, le nouveau président de la Lazio, Sergio Cragnotti, après avoir effectué les transferts Favalli, Signori et Aron Winter achète Paul Gascoigne pour 5.5 Million de livres (environ 12 Millions d’euros). Son arrivée dans une équipe de milieu de tableau de la Serie A en surprend plus d’un et Terry Venables, son coach de l’époque déclare « Je suis content pour Paul, mais c’est comme voir sa belle mère foncer en voiture vers les falaises ».

 Gascoigne arrive à Rome alors qu’il n’a presque pas joué depuis plus d’un an à cause d’une blessure aux ligaments croisés et doit retrouver sa forme en s’entrainant avec… la section tennis de la Lazio ! Il doit aussi s’habituer aux exigences du football moderne, presque scientifique, dont à l’époque, le calcio est précurseur. L’arrivée du fantasque anglais captive les anglais poussant Channel 4 a créer l’émission « Football Italia »

Les larmes du derby

On le sait, la Lazio n’a jamais aussi bien marché qu’avec des dingues dans ses rangs (Pino Wilson, Chinaglia et toute la bande du titre de 1974) et Paul Gascoigne va rapidement intégrer cette liste, l’anglais avait l’habitude de régaler les tabloïds anglais de part sa folie, ses coups de sang et son penchant pour la boisson.

Il fait ses débuts contre le Genoa le 27 Septembre 92 (match retransmis aussi bien en Italie qu’en Angleterre pour l’occasion) et retrouve petit à petit ses sensations au fil des matchs suivant en permettant à son équipe de vaincre Parma 5-2 ou de s’attirer les honneurs de Fabio Capello après le match contre le Milan AC (défaite 3-5 des Laziali) : « La saison prochaine, Gascoigne peut être l’un des grands joueurs de la ligue italienne, il est fort et rapide et s’éloigne magnifiquement des joueurs. Pour le moment, il joue bien, mais il va certainement faire mieux ».

 « Le sauveur de la Lazio », crie Peter Brackley. Si le commentateur de Channel 4 est excité, ce n’était rien comparé à la folie de la Curva Nord de la Lazio. Avec seulement quatre minutes restantes, les Biancocelesti égalisent contre leurs rivaux amers de la Roma. Le fait que Gazza soit toujours sur le terrain à la 86e minute relève déjà du miracle. Quand Gazza est assailli sous les terrasses de la Curva, il est submergé par un sentiment de soulagement à tel point qu’en trottant vers le cercle central, il est ému aux larmes.

 A la fin de sa carrière Gazza déclarera à propos de ce match : « J’ai déjà joué dans de grands derbies, à Glasgow également, mais ce n’était pas normal. Marquer était juste un sentiment incroyable mais ce n’était pas un bon sentiment, c’était plutôt un sentiment de Dieu merci. »

Un fou dans les rues de Rome

Malheureusement, la brillance de Gazza sur le terrain est trop souvent entrecoupée de controverses indésirables. Ces affres exaspéraient la presse italienne, qui devient rapidement une présence intrusive et perturbatrice. A l’instar d’un Balotelli ses incessantes blagues font de lui un aimant pour les paparazzi. Outre ses apparitions loufoques sur Football Italia, il  dégonfle les pneus de la Porsche d’Aaron Winter, glisse un serpent mort dans la poche de la veste de Roberto Di Matteo ou encore vole le sifflet de son entraineur et l’attache à une dinde qu’il lâche sur le terrain d’entrainement. Selon pour Zoff lui-même, Gazza avait une propension à se présenter nu aux dîners d’équipe juste pour les faire rire. 

Sur le terrain, une série de blessures mineures interrompent les progrès de Gascoigne et, le 24 janvier 1993, il n’est pas retenu pour un match à domicile contre la Juventus. Zoff a parle de sa «mauvaise condition physique» et après le match, les journalistes veulent connaître le point de vue du joueur. Gascoigne, frustré et exaspéré répond en rotant dans le microphone d’un journaliste de Rai.

Malheureusement le retour des blessures et des mésententes avec Dino Zoff vont progressivement éloigner Gascoigne des terrains et obligent la Lazio à s’en séparer : le club cherche à devenir de plus en plus compétitif pour lutter pour le Scudetto. Dans une culture où le collectif a tendance à avoir la priorité sur l’individu, l’idée de favoriser un caractère particulièrement exigeant et complexe ne correspond pas à la rigueur italienne. Au lieu de cela, Gascoigne, comme beaucoup d’autres, a été abandonné par le monde du football professionnel, qui a échoue le plus souvent à soutenir ses jeunes athlètes confrontés à la pressions.

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



Lire aussi