CALCIOSTORY : OM-Milan AC, 1991. Quand la lumière… ne fut pas.

Par Christophe Mazzier publié le 22 Fév 2020

« L’idée est née à Belgrade. » Avec quelques années de recul, l’ancien administrateur délégué du Milan AC, Adriano Galliani, donne une tentative d’explication d’un des faits de match les plus surréalistes que le football ait connu. Le 20 mars 1991 sonne pour les tifosi milanais comme les sirènes du premier mercredi de chaque mois. On aurait presque oublié que le grand Milan AC berlusconien, suite à cet incident, avait été suspendu un an de compétitions européennes. Galliani, quant à lui, l’avait été deux ans. Retour sur un match exceptionnel.

Conclusion

Michel Platini, alors sélectionneur de l’équipe de France, était dans les tribunes lors de ce match. Il avait qualifié de « honteux » le comportement du Milan AC. Bernard Tapie avait eu ces mots chargés : « Ils ont détruit Berlusconi. En 10 minutes, ils ont gâché cinq ans de travail. Ils ont été ridicules. » La Gazzetta dello Sport priait en une pour que « Berlusconi « garde la face » au Milan AC ».

Le lendemain de cette rencontre, le communiqué du club est clair : « Nous avons décidé de ne pas proposer de recours auprès de l’UEFA. Nous acceptons le résultat : Marseille a mérité sa qualification. » Le Milan AC perd ce match sur tapis vert 3-0 et est exclu des Coupes européennes l’année suivante. Le manque à gagner est élevé (autour de 25 M€) et l’image du meilleur club au monde, du moment, écornée.

On refait le match

Revenons sur les faits. Les deux équipes ont atteint les quart de finale de la Coppa dei Campioni. Le Milan AC a été tenu en échec sur son terrain à l’aller (1-1). I Diavoli, largués en championnat, proposent un jeu poussif. Au stade Vélodrome, le collectif milanais se grippe face à une équipe marseillaise extrêmement bien organisée.

L’entraîneur belge, Raymond Goethals tient entre ses mains le terreau qui permettra à la ville aux calanques de remporter la seule et unique Coppa dei Campioni française. Chris Waddle (But en image ci-dessous) délivre le Vélodrome d’une superbe reprise de volée du droit à la 75ème minute qui scelle le score d’un match déjà bien fermé.

A la 90ème minute, l’arbitre suédois siffle un hors-jeu du même Waddle. Tout le monde pense que le match est fini. Les journalistes et les hommes sur les bancs entrent sur le terrain. Mais l’arbitre fait le ménage, et la rencontre reprend. Tout à coup, alors qu’on joue les arrêts de jeu, l’un des quatre projecteurs s’éteint. La visibilité est moindre mais, malgré tout, l’action se poursuit.

COMMEDIANTE ! TRAGEDIANTE !

De nouveau, l’arbitre arrête la partie. Il va voir les officiels de l’UEFA et signale le dysfonctionnement des lumières. Confusion générale. La rencontre est suspendu quelques instants. Pendant cet intermède, Gullit échange son maillot avec Papin. Après quelques minutes, le projecteur se rallume à 40%. Suffisant, dit l’arbitre, qui signale de reprendre le match et de poursuivre les arrêts de jeu.

Les deux équipes reviennent sur le terrain. Mais des tribunes arrive Adriano Galliani en personne. Déchaîné, il prend par le bras un Franco Baresi, incrédule, et harangue Gullit et consorts de quitter la pelouse, arguant que ses joueurs ne pouvaient pas continuer dans ces conditions. Dans l’imbroglio générale, l’équipe rouge et noire rejoint le vestiaire. Le match reprend avec pour seuls protagonistes, sur le terrain, les marseillais. On frôle l’absurde. Puis l’arbitre, à la fin du temps réglementaire, siffle. Clap de fin.

Voir Belgrade et vaincre !

Galliani avouera quelques années plus tard que l’idée lui était venue de Belgrade. En 1988, sur le terrain de l’Etoile Rouge, le même scénario qu’à Marseille s’était profilé. 1-1 à la maison puis le Milan AC qui est mené par un petit but au Marakana. Un brouillard diaphane s’abat sur le stade. Le match doit être rejoué le lendemain. Le Milan AC gagne et se qualifie.

A l’issue de cette compétition, ils vaincront la Coppa dei Campioni, puis la Supercoppa puis la Coppa Intercontinentale. Et ceci deux années de suite, inscrivant un peu plus le Milan AC dans la légende.

Christophe Mazzier



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