CALCIOSTORY : Nils Liedholm, « il Barone »

Par Loris Meucci publié le 31 Mar 2019

N’est pas baron qui veut. Ce titre de noblesse, ce statut, ce surnom, Nils Liedholm l’a acquis au fil du temps. D’abord en marquant les esprits avec une élégance rare en tant que joueur. Puis, en tant qu’entraîneur. Mais aussi en choisissant d’épouser dans les années 50 une noble piémontaise. Le plus italien des vikings devint alors depuis ce jour et pour toujours, le mythique « Barone ». Véritable légende du football mondial et figure emblématique du calcio, le Suédois était persuadé que son exil en Italie ne serait qu’une courte parenthèse de sa vie. Et pourtant…

Born in Sweden

Né en 1922 dans la petite ville de Valdemarsvik, le petit Nils parcourt tous les jours 5 km pour se rendre à l’école. A ski ou à pied, selon la saison. Accompagné d’un galet blanc qu’il botte tout le long du trajet, il adopte très vite le football au grand dam de son père. Quelques années plus tard, après avoir fait ses gammes dans le club de sa ville puis découvert le monde professionnel à l’IK Slpeiner, Liedholm s’engage avec l’IFK Norrköping, club dominant du pays à l’époque. Sacré deux fois champions de Suède, le talentueux milieu offensif rejoint rapidement l’équipe nationale aux côtés Gren et Nordahl avec qui il va former le fameux trio « GRE-NO-LI ». Avec ses deux compères d’attaque, il remporte la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Londres en 48. « Une équipe avec 11 Liedholm serait imbattable, même sans gardien » déclara alors son sélectionneur.

Made in Milan

Lorsqu’il débarque à Milan en 49, Nils tente de rassurer son père : « Ne t’inquiète pas, dans un an ou deux, je reviens« , alors bien loin de se douter qu’il ne quittera plus jamais la Botte. Même si l’adaptation climatique et culturelle fut délicate pour le nordique, il ne tarde pas à s’illustrer. Et pour cause, le Milan décide de reformer le célèbre trident offensif  100% suédois sous la tunique rossonera. Le trio de surdoués fait d’emblée parler la poudre, notamment lors de cette victoire cinglante 7-1 sur la pelouse de la Juventus le 5 février 1950. L’année suivante, le Milan AC met fin à pas moins de 44 ans de disette en remportant de nouveau le scudetto, grâce à ses irrésistibles vikings. 81 buts plus tard, Liedholm en glanera trois autres avec les rossoneri (1955, 1957, 1959) et échouera d’un rien en finale de la coupe d’Europe 1958 face au Real Madrid. Le tout sans jamais recevoir un seul carton !

Alors qu’il tient la forme du haut de ses 37 ans, il Barone est victime d’une grave intoxication alimentaire. De simples fruits de mer qui ont faillis lui coûter la vie et l’ont contraint à écourter sa carrière de joueur. Toujours convalescent, il débute malgré tout son expérience de coach et prend les rennes du Milan AC en mars 1964. Pour sa première saison complète sur un banc, il fait la course en tête du championnat avant de se faire coiffer sur le poteau par les cousins interisti. Suite à ça, il est remercié par la direction milanaise. Après quelques belles missions à Verona, Monza ou Varese, il signe un retour victorieux à San Siro. En effet c’est sous ses ordres que le Milan AC remporte en 1979, son symbolique dixième scudetto.

Raised in Roma

Si le nom de Nils Liedholm est bien gravé dans la mémoire des milanisti, il résonne parallèlement toujours aussi fort dans les rues de la cité éternelle. Et pour cause, entre 1980 et 1984 l’AS Roma va connaître la période la plus faste de son histoire, de très loin. Avec une génération dorée (Pruzzo, Falcao, Conti, Di Bartolomei…) guidée par il Barone, la Roma remporte trois coupes d’Italie (1980, 1981, 1984) ainsi que son deuxième scudetto en 1983. Un moment marquant dont se souvient encore Carlo, le fils du Baron : « Ce sacre a été une émotion extraordinaire… Les images de Gênes sont inoubliables, les gens au bord de la pelouse, l’invasion à la fin, papa porté en triomphe par les supporters, la fête à Rome… » L’année suivante, il s’en faut de peu pour que Nils soit définitivement érigé au rang de divinité : sa Roma se hisse pour la première et seule fois de son histoire en finale de coupe d’Europe des clubs champions. Malgré son échec aux tirs au but face Liverpool, cette Roma version Liedholm garde une place unique dans le coeur des romanisti.

Parmi ses héritiers, on retrouve un certain Carlo Ancelotti : « Il a eu une énorme influence sur moi. Toujours calme, il m’appris que rien ne sert d’hurler à la mi-temps car tu as seulement trois minutes pour donner les consignes. »

Décédé en 2002 dans le Piémont, Nils Liedholm laisse le souvenir impérissable d’un joueur axé sur la technique et d’un technicien axé sur le jeu. Un homme d’une rare tenue, passionné et passionnant. « Entraîneur de football c’est le plus beau métier du monde, dommage qu’il y aient des matchs » une phrase qui illustre bien son amour pour le jeu qui primait sur la dure loi du résultat.

 

Loris Meucci



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