Calciostory : Milan AC-Los Estudiantes, quand la violence se mêle au football.

Par Nawel Saïdat publié le 05 Août 2018

C’était le 22 octobre 1969. Quelques semaines auparavant, le redoutable Milan AC avec comme capitaine Gianni Rivera s’était aisément imposé face aux Estudiantes de la Plata (3-0) avec un doublé du brésilien Angelo Sormani (7′, 82′) et un but de Nestor Combin lors de la finale aller de la Coupe Intercontinentale à San Siro. Pour le match retour, les rossoneri doivent se rendre en Argentine au stade de la Bombonera, l’arène de l’équipe adverse, confiants pour la victoire mais peu rassurés quant au déroulement du match. Depuis la Coupe du Monde 1966 où elle fut qualifiée d’équipe possédant un jeu d’une rare violence, l’Argentine effraie non pas pour sa tactique mais pour sa brutalité. Cette fois-ci encore, le pays ne parvient pas à se détacher de cette triste réputation répandue dans le monde entier. Dés leur arrivée, les rossoneri réalisent rapidement que l’ambiance n’est pas celle d’un match à l’extérieur. Rien à voir avec les provocations habituelles des tifosi qui accueillent leurs rivaux avec des sifflements et des chants injurieux.

Les sifflements étaient bien de la partie mais ne représentaient qu’une infime part des actions des argentins dans les gradins. A peine rentrés dans le tunnel menant au terrain, certains joueurs du Milan AC se voient accueilli par du café brûlant jeté par les supporters. C’est à cet instant précis que débute le match considéré comme l’un des matchs les plus violents dans l’histoire du football. Lors de l’échauffement, les ramasseurs de balles au bord du terrain s’amusent avec ceux considérés comme des ennemis à abattre. Les plaintes de l’entraîneur Nereo Rocco et des joueurs auprès des agents de sécurité ne servent à rien puisque aucun ne semble vouloir empêcher les supporters d’agir. L’équipe tente alors de faire abstraction de ces actions pour se focaliser uniquement sur la victoire. Le coup d’envoi de ce que l’on peine à qualifier de match est donné à 21 heures. Rapidement, le ballon ne devient plus qu’un vulgaire objet sans valeur pour Los Estudiantes qui, conscients de l’écart créé lors du match aller, décident de viser les genoux, tibias et autres parties du corps des rossoneri. « Quand tu avais la balle, quelqu’un arrivait immédiatement et tentait de te blesser » avait même déclaré le milieu de terrain Lodetti. Domingo Massaro Conley, ancien footballeur chilien reconverti en tant qu’arbitre, ferme les yeux face aux fautes commises par les argentins. Seules quelques unes sont sifflées pour éviter tout scandale. Aucun joueur ne fût épargné. L’attaquant italien Prati se voit mis à terre par un joueur de l’équipe adverse. Résultat : une commotion cérébrale l’obligeant à sortir. Le capitaine du Milan AC Rivera n’est pas non plus épargné par le gardien Alberto Poletti qui, en guise de vengeance pour avoir osé marquer à la trentième minute, assène un coup au joueur. Pourtant, la cible numéro 1 des argentins reste Nestor Combin.

Nestor Combin, l’ennemi public numéro 1.

Il était LE joueur à abattre lors de ce match. Depuis son départ pour la France à 18 ans, l’Argentin est considéré comme un traître par le pays entier. Ce n’est pas le fait de le voir partir faire sa formation à l’Olympique Lyonnais qui dérange, mais bien son choix de jouer pour l’équipe nationale française plutôt que pour son pays d’origine. Depuis ce jour, Nestor Combin est devenu l’ennemi de toute une nation. Son but lors du match aller de la finale de Coupe Intercontinentale face à los Estudiantes n’a rien arrangé. Au contraire, la rancœur est encore plus grande et la haine ne fait que grandir. Sur le terrain, Combin est pris pour cible par la majorité des joueurs ainsi que par les supporters qui ne cessent de lui rappeler qu’il n’est plus le bienvenu sur ces terres. Lors de la deuxième mi-temps, alors que los Estudiantes mènent 2 buts à 1, Ramon Suarez lui assène un violent coup de coude qui lui brise le nez et lui déboîte la mâchoire. Ensanglanté, Combin s’effondre presque immédiatement sur le terrain malgré les ordres de l’entraîneur qui l’obligent à retourner jouer. Tandis que Suarez quitte fièrement le terrain tel un héro ayant sauvé une nation entière, l’attaquant rossonero est pris en charge par des médecins.

Son maillot extérieur blanc se retrouve maculé de sang prouvant la violence du choc qu’il vient de subir. Son calvaire ne s’arrête pourtant pas là. Toujours à moitié conscient et entouré de médecins dans le vestiaire, Combin est arrêté et menotté par la police. La raison? Le « déserteur » n’a pas fait son service militaire obligatoire dans son pays dirigé par le dictateur Juan Carlos Ongania. Ses coéquipiers ne sont pas mis au courant avant la fin du match. Malgré la victoire des Estudiantes (2-1), le Milan AC remporte sa toute première Coupe Intercontinentale. Les célébrations sont de courtes durées puisque l’entraîneur italien annonce rapidement l’arrestation de Combin. Pour les joueurs, la situation est claire : aucun d’eux ne partira sans une libération de l’argentin. Fort heureusement, après quelques négociations, Nestor Combin est finalement relâché par les autorités. Il rentrera finalement à Milan avec le reste de l’équipe, le visage grotesquement amoché mais la coupe en main. « Dans l’avion, nous avons tous fait un bras d’honneur envers l’Argentine » avouera même un peu plus tard Lodetti. Suite à ce match et face à la révolte de la presse internationale, trois joueurs argentins seront condamnés à plus de 20 matchs de suspension. Le gardien lui, sera tout simplement banni. Un mince soulagement pour un match qui ressemblait plus à un champ de bataille qu’à une partie de football et qui porte désormais le nom du « massacre de la Bombonera« .

Nawel Saïdat

Rédactrice



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