CALCIOSTORY : Lucio Battisti, anima Laziale

Par Elio Gusti publié le 04 Jan 2020

You Never Walk Alone, Les Corons, Blue Moon ou encore Forever Blowing Bubble, nombreuses sont ces chansons populaires devenues cultes après avoir été adoptées et reprises dans les stades par les supporters. En effet, quoi de plus beau que des milliers de voix reprenant à l’unisson des paroles galvanisants les joueurs et faisant chavirer le cœur des fans ? Calciomio vous emmène sur les traces de l’une d’elles.

Etrangement peu de clubs italiens adoptent des chansons populaires et beaucoup ont même fait composer des hymnes officiels kitchissimes (faisant parfois plutôt bien le travail) obligeant les supporters à trouver et s’approprier adopter  une chanson dont l’interprète n’est pas forcément un tifoso. Ainsi, les supporters Laziale ont deux chansons : l’officiel Vola Lazio Vola et Ie magnifique I Giardini di Marzo composé par la légende Lucio Battisti.

La saveur des années 70

Nous sommes en 1969 et un jeune chanteur introverti fait son entrée au hitparade avec Un’avventura.  Battisti et son compère Mogol arrivent à retranscrire parfaitement les sentiments de cette époque libertaire post 68 et apporter de la légèreté aux quotidien difficile des années de plomb. Immédiatement Lucio Battisti est adoubé par le public italien et la presse, il devient la voix des années 70 et les textes de Mogol accompagnent toute une jeunesse avide de liberté, d’amour et de légèreté. En italien un un succès musical se dit « Tormentone » : un mot (encore une fois) dérivé de « Tormento » : le tourment, celui de ces mélodies imparables qui vous attrapent sans jamais vous lâcher. Comme ses tubes Ancora Tu, Acqua Azzurra, acqua Chiara, ou encore E Penso a te. Le duo enchaine les succès et compose notamment en 1972 : I Giardini di Marzo. Une chanson autobiographique évoquant leur enfance romaine d’après-guerre. Celle des gamins des faubourgs survivant entre pauvreté et débrouillardise, dépeinte par Pasolini dans I Ragazzi.

Lazialita

Battisti, grand timide se produit assez peu en concert, ses apparitions se font rares et peu de choses filtrent sur sa vie privée. Les rumeurs en font tour à tour un chanteur engagé à gauche ou un néofasciste dont les chansons seraient des odes nostalgiques aux années Mussolini.

Son lien avec le football est tout aussi discret. Il y a bien ce match amical en 1975 dans un match entre la Nazionale italiana cantanti et celle des acteurs , mais Battisti n’en disputera pas d’autres. Idem, il ne se montre que très rarement au stade et l’une de ses seules apparitions se fera en 1974, lors d’un Lazio-Foggia à l’Olimpico, couronnant Chinaglia et Pino Wilson champions d’Italie.

Dès lors la Lazio et Battisti vont être indirectement liés à travers deux destins faits de joie et de grandes désillusions. Il faudra attendre les années 2000 et la reprise du refrain d’I Giardini di Marzo par les Irriducibili, scandé comme une prière lors des matchs à domicile des biancocelesti. Depuis la mélodie de Battisti est jouée à chaque match à domicile et retentit après chaque victoire. Devenant ainsi l’hymne non-officiel d’une équipe aux penchants romantiques.

Che anno è, che giorno è?

Questo è il tempo di vivere con te

Le mie mani come vedi non tremano più

E ho nell’anima

In fondo all’anima cieli immensi

E immenso amore

E poi ancora, ancora amore, amor per te

Fiumi azzurri e colline e praterie

Dove corrono dolcissime le mie malinconie

L’universo trova spazio dentro me

Ma il coraggio di vivere quello ancora non c’è 

Des paroles romantiques, dont la profonde nostalgie et mélancolie symbolise parfaitement le sentiment qui unit les supporters de la Lazio. Des supporters passionnés habitués à vivre des moments où l’allégresse succède aux sombres déconvenues. Que ce soit l’amertume des soirs de défaites ou lors des jubilations de grandes victoires, les Laziale savent au plus profond d’eux même qu’une seule chose compte : l’amour qu’ils portent à leur équipe et le lien indéfectible qui les lie. I Giardini di Marzo, à l’instar d’un You Never Walk Alone, en est sans doute l’expression la plus parfaite. Malheureusement, Battisti est mort en 1998 et n’a jamais pu voir de son vivant 45.000 personnes communiant en reprenant d’une seule voix sa chanson d’amour.

Mais comme il disait : « Et au fond de mon âme, un ciel immense et un immense amour et puis encore, encore de l’amour pour toi »

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



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