CALCIOSTORY : Les présidents tifosi

Par Elio Gusti publié le 25 Mar 2020

Avant l’arrêt Bosman et les crises des années 2000, le football italien resplendissait et un personnage dominait les pages des quotidiens sportifs : celui du président tifosi. Un personnage aujourd’hui disparu qui brillait par son caractère et son irrationalité. Calciomio vous emmène sur les traces de ces présidents amoureux du calcio. 

Des tifosi présidents

Pendant longtemps les équipes étaient dirigées par des hommes d’affaires locaux, implantés dans leur ville et passionnés par le club local. Ils n’utilisaient pas le football pour mettre en avant leur secteur d’industrie mais avant tout pour assouvir leur rêve d’enfant : tenter d’apporter la Serie A et éventuellement la gloire des titres dans leur ville. Les structures traditionnelles comprenaient un président, un vice-président, un entraineur et du personnel technique pour l’entraînement sportif. Mais la voie à suivre pour l’année de gestion était définie par la seule figure charismatique du président qui donnait beaucoup de son temps et de son argent pour tenter de faire de son club une des places fortes du Calcio. En voici une liste non exhaustive :

Orfeo Pianelli président du Torino de 1963 à 1982, qu’il rachète après avoir fait fortune avec son entreprise d’électricité. Il est passionné de sport et participe deux années de suite à la fameuse Mille Miglia. Avec le Toro, il remporte un 1 Scudetto et 2 Coppe Italia et doit revendre le club après avoir fait faillite.

Corrado Ferlaino Le Calabrais d’origine a été président du Napoli de 1969 à 1993 (2 Scudetti, 2 Coppe Italia, 1 Suoercoppa Italiana, 1 Coppa Uefa) et reste surtout l’homme qui fit venir Diego Armando Maradona !

Umberto Lenzini Né aux Etats-Unis, il fait fortune dans le bâtiment avant de prendre la présidence de la Lazio de 1965 à 1980 lui offrant le premier Scudetto de son histoire. Des problèmes financiers et une relégation en Serie B l’oblige à revendre le club. (1 Scudetto, 1 Coppa delle Alpi)

Mario et Vittorio Cecchi Gori Le père et le fils ayant fait fortune dans le cinéma ont été tour à tour présidents de la Fiorentina de 1990 à 2002 (2 Coppe Italia, 1 Supercoppa Italiana). Mario producteur à succès rachète le club toscan en 1990 et le dirigera jusqu’à sa mort en 93, son fils prendra la suite mais son trop plein d’ambitions et surtout sa tentative de concurrencer Berlusconi en politique coûtera la faillite à la Viola et le conduira en prison.

Sergio Cragnotti président de la Lazio de 1992 à 1994 puis de 1998 à 2003 (1 Scudetto, 1 Coppa Italia, 2 Supercoppe Italiane, 1 Coppa Coppe, 1 Supercoppa Uefa). Le Madoff du football. Il réussit à construire la plus belle équipe du football italien de la fin des années 90 mais sa gestion frauduleuse et catastrophique coute cher au club romain qui aurait disparu sans l’intervention de Lotito.

Paolo et Enrico Mantovani. Paolo, président de la Sampdoria de 1979 à 2003 qu’il rachète après avoir fait fortune dans le pétrole. Il transforme ce petit club de Serie B en un top club dans les années 80. A sa mort en 1993 son fils reprend la présidence mais n’arrivera jamais à reproduire les succès de son père. (1 Scudetto, 4 Coppe Italia, 1 Supercoppa Italiana, 1 Coppa Coppe)

Franco et Rosella Sensi. Franco, lui aussi a fait fortune dans le pétrole avant d’en faire bénéficier l’AS Roma de 1993 à 2008  (1 Scudetto, 2 Coppe Italia, 2 Supercoppe Italiane). Après sa mort, Rosella Sensi, sa fille, reprend la gestion du club avant de le vendre à James Pallotta.

Saverio Garonzi président du Hellas de 1964 à 1965 et de 1967 à 1980 (1 Scudetto). Né dans la cité de Roméo et Juliette, Garonzi était un amoureux du Hellas. Il y a consacré toute sa fortune et réussi à réaliser son rêve en remportant un scudetto en 1985.

Calisto Tanzi président de Parma de 1990 à 2004 (3 Coppe Italia, 1 Supercoppa Italiana, 1 Coppa Coppe, 2 Coppe Uefa, 1 Supercoppa Uefa) Le propriétaire de la firme locale Parmalat, a fait de ce petit club de province une place forte du calcio italien. Malheureusement suite à une mauvaise gestion financière suite à l’introduction en bourse de Parmalat, il est obligé de vendre le club.

Le business à visage humain

Si la famille Agnelli suit les exemples précédents elle fait surtout figure d’exception de part sa gestion permanente de transmission aux descendants des générations successives depuis plus d’un siècle. L’ancêtre était Edoardo Agnelli, qui s’est rapidement passionné pour le football et, en 1923, il est devenu membre de l’association sportive Football Juventus, dont il est immédiatement devenu président, conquérant 6 Scudetti et faisant de la Juventus premier club de football avec un véritable modèle commercial.

L’autre exception étant la famille Moratti qui a vu la succession de membres de la famille à la tête de l’Inter, d’abord avec le père Angelo puis 27 ans plus tard avec le fils Massimo. Au total, la famille Moratti a remportée 23 titres : 3 Scudetti, et les premiers titres européens (2 C1 et 2 Coupes Intercontinentales) pour Angelo puis le seul et unique « triplete » de l’histoire du calcio pour Massimo Moratti président de 1995 à 2013 (5 Scudetti, 4 Coppe Italia, 4 Supercoppe Italia, 1 Champions League, 1 Europa League, 1 Coupe du Monde des clubs)

Businessman puis président

Silvio Berlusconi président du Milan AC de 1986 à 2017. Il reprend un Milan moribond car sentant l’opportunité pour assoir un peu plus son influence économique à Milan mais surtout voulant à juste titre se rapprocher de la manne financière que le football apportera à ses différentes chaînes de télévision. Son bilan est extraordinaire avec 29 titres (8 Scudetti, 1 Coppa Italia, 7 Supercoppa Italia, 5 Champions League, 2 Coupes Intercontinentales, 1 Coupe du Monde des Clubs, 5 Super Coupes de l’UEFA) mais comme les autres à quel prix ? 

Aujourd’hui, ces présidents on été remplacés par de grands groupes souvent étrangers qui ne réfléchissent plus en matière d’équipe de football, mais en matière d’entreprises souvent gérées par des holdings économiques publiques cotées en bourse et qui ont terminé de transformer le football en un véritable monde financier. Les clubs adoptent des techniques de gestion avec des méthodes pyramidales digne des grandes entreprises du secteur industriel, transformant ainsi les tifosi en simples consommateurs et oubliant l’essence même de la beauté de ce sport… 

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



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