CALCIOSTORY : Le miracle de Conte face à l’Espagne pendant l’Euro 2016

Par Marc Occhipinti publié le 05 Juil 2021
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Après son coup d’éclat face à la génération d’or des Diables Rouges, ce mardi 6 juillet dans le mythique stade de Wembley, la Nazionale disputera à l’Espagne de Luis Enrique, une place en finale . L’occasion pour Calciomio de revenir sur cet épisode glorieux de l’inattendue campagne d’Antonio Conte lors de l’Euro 2016 : le huitième de finale contre la Roja.

La pire Nazionale de tous les temps

Il est probable que la sélection dont a hérité Antonio Conte pour cet Euro, soit la pire qu’ait pu connaître le Bel Paese dans toute son histoire. Il y aurait peut être match avec la Nazionale dans les années qui ont suivi la tragédie de Superga (4 mai 1949). Il faut dire que les légendaires caduti de cette funeste colline à l’Est de Turin, ces icônes du calcio, dont les noms résonnent encore comme ceux des saints martyrs, constituaient alors toute l’ossature de la sélection. L’Italie pourtant n’a pas connu depuis une telle catastrophe qui aurait fait disparaître ses plus grands interprètes. Non, elle a tout simplement vécu une longue et sévère disette de talents. A croire que les dieux du football ont boudé la botte pour n’y faire naître que des joueurs aux panards patauds, incapables de prouesses avec un ballon. A l’exception de la défense avec Buffon dans les filets et le trio Barzagli, Bonucci, Chiellini à son apogée, le reste est pour le moins besogneux. De Rossi et Thiago Motta pas loin de leurs jubilés, puis des seconds couteaux : le très limité Sturaro, un petit soldat comme Giaccherini, le très endurant Parolo, Candreva. Puis quand on arrive aux noms qui figurent en attaque, on prend véritablement peur. On est bien loin des stars planétaires qui servaient de fers de lance à la Squadra Azzurra au faîte de sa gloire. Une fausse promesse comme El Shaarawy, un obscur Zaza, un bomber des bas-fonds de Premier League, Graziano Pellè qui milite à Southampton. Il a même fallu naturaliser un Brésilien aussi terne qu’Éder pour donner à cette attaque un semblant de mordant.

Et les pires se révèlent les meilleurs

Et de cette fruste glaise de footballeurs, Conte fait un chef d’oeuvre. Il compense l’indicible faiblesse technique des joueurs par une rigueur martiale. Et les mouvements de la Nazionale rappelle, par leur ordre, les manoeuvres militaires d’une légion romaine. Un quadrillage méthodique du terrain. Une solidarité digne d’une cordée dans l’ascension d’un sommet de l’Himalaya. Un acharnement dans l’effort. Et ce groupe stupéfait la planète football. Les premiers à en faire les frais sont la génération de platine de la Belgique. Lukaku, Hazard, De Bruyne, Nainggolan, Fellaini, Witsel, Mertens. Les Diables Rouges sont tellement sûrs de leur force qu’un teaser un brin provocateur, annonce ainsi cette première rencontre du groupe : « Les Italiens parlent avec les mains, nous, avec les pieds. » Et pourtant, aussi incroyable que cela paraisse, l’Italie montre qu’elle sait jouer aussi avec ses pieds, avec une victoire sonore 2 à 0. Elle finira d’ailleurs première de son groupe faisant ainsi mieux que beaucoup de générations bien plus douées. Néanmoins, l’Italie hérite du tableau de loin le plus compliqué. Dès les huitièmes, l’attend ni plus ni moins que les champions d’Europe en titre : l’Espagne. Les mêmes qui les avaient humiliés 4 ans auparavant dans une triste finale jouée à 10 contre 11 après la sortie sur blessure de Thiago Motta.

L’Invincible Armada fait naufrage

L’Espagne n’est certes pas l’Invincible Armada aux 3 titres internationaux à la suite et sort des mondiaux de 2014, fortement redimensionnée avec une élimination au premier tour. Mais l’effectif reste de tout premier plan avec un milieu particulièrement intimidant : l’inoxydable Iniesta, l’homme à tout faire Busquets et le talentueux Fabregas. Ramos, Piqué en charnière centrale avec Jordi Alba et Juanfran comme latéraux. Puis une attaque loin d’être ridicule avec, excusez du peu, David Silva, Morata et Nolito.

Mais dès l’entame de match, on sent de la fébrilité chez les Espagnols. Sur un coup franc, Pellè sonne la première alerte avec une tête parée par De Gea. Puis sur un autre coup franc, Giaccherini arrive comme un mort de faim récupérer une frappe relâchée par le portier espagnol que Chiellini pousse au fond des filets pour planter les premières banderilles. De Gea se rattrape plus tard, en remportant son duel contre Éder envoyé seul face au but par une lumineuse talonnade de Pellè. L’Espagne échappe au break et repart à l’assaut mais dans le dernier quart d’heure se heurte à un Buffon en état de grâce qui effectue pas moins de 3 arrêts décisifs : sur une reprise d’Iniesta, un tir de Piqué et une déviation à 2 mètres des buts dans les dernières secondes du temps réglementaire. L’Italie tient et sur un contre, dans les temps supplémentaires, c’est la mise à mort. Darmian centre vers Pellè. Le centre est juste dévié ce qui l’ajuste à la bonne hauteur pour une reprise qui traverse de part en part le cou saignant des Espagnols. « Olé! » peuvent crier les Italiens qui repartent tels des toreros avec la queue de l’Espagne. Cette impronosticable défaite provoquera d’ailleurs la chute de Del Bosque et la fin d’une ère pour la mythique Roja.

5 ans après, 3 protagonistes côté italien (Bonucci, Chiellini et Insigne rentré comme remplaçant) et 4 du côté espagnol (de Gea, Jordi Alba, Busquets et Morata) peuvent se retrouver pour la revanche. Voilà qui promet des retrouvailles de feu avec un enjeu plus grand encore que ceux que portait la rencontre de 2016. Mancini saura-t-il comme Conte mettre à nu les faiblesses de la Roja pour décrocher la finale?

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Marc Occhipinti



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