CALCIOSTORY : Le match surréaliste de Diego Maradona à Acerra

Par Boris Abbate publié le 03 Déc 2020
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Nous sommes le 25 janvier 1985. A Acerra, petite banlieue bien cachée au nord de Naples, se tient un très modeste match amical organisé par le Napoli. Le but de cette rencontre ? Sauver un petit enfant malade en récoltant de l’argent afin de lui payer une lourde opération en France. Problème toutefois, ce match a tout d’un vasque fiasco. Le terrain semble être un champ de mines digne de la Seconde Guerre mondiale, il pleut des cordes et des cordes depuis 5 cinq jours, et il n’y a même pas de vestiaires pour les joueurs ni même assez de place en tribunes pour les supporters. Mais au milieu de ce foutoir général, un homme va illuminer la journée. Cet homme là, c’est bien évidemment Diego Maradona.

Un match amical joué contre l’avis du président

Quelques jours plus tôt, Pietro Puzone, alors coéquipier du numéro 10 argentin, avait parlé de cette triste histoire au sein du vestiaire du Napoli. Un ami du joueur avait un fils gravement malade, et seule une opération très couteuse pouvait sauver la vie du bambin. En à peine un regard, le Pibe De Oro avait alors lui déjà tout organisé. Il suffisait d’organiser un match de charité, de récolter de l’argent dans le vestiaire et le tour était joué. En tout cas, l’idée est très facilement acceptée au sein du groupe partenopei, à un détail près.

Corrado Ferlaino, président du Napoli, est totalement contre le projet. Son équipe est en difficulté depuis le début de saison, et il est selon lui inutile de risquer les joueurs en les blessant. Sans oublier les questions liées à l’organisation et à toute la logistique à apporter pour organiser rapidement un tel évènement au San Paolo. Bref, c’est vers un échec que semble se tourner le projet. Mais quand il l’apprend, Diego devient fou de rage. Il avait donné sa parole à Puzone, qui lui l’avait donné au père de l’enfant malade. Et quand on s’appelle Diego Maradona, une parole, ça se respecte. Le match va donc bel et bien se jouer, et tant pis si Monsieur le président n’est pas d’accord. La partie se déroulera loin du San Paolo, et en toute discrétion s’il le faut.

Un champ de patates et un échauffement sur un parking

Le 25 janvier 85, seulement un jour après une victoire face à la Lazio en championnat, Maradona et ses coéquipiers du Napoli débarquent alors à Acerra. Le match va bien se dérouler dans la petite bourgade, même si rien n’est prévu pour. Le terrain est un véritable champ de patates et de boues, il n’y a pas de vestiaires, et beaucoup trop de supporters sont présents. Ils s’entassent sur la seule tribune du stade, puis finissent par carrément se poser sur les balcons ou les toits des habitations alentours. «Il y avait 10 000 personnes aux alentours – se rappelle Puzone – la tribune n’en contenait cependant que 5 000. Les autres étaient partout, autour du champ, sous les parapluies, sur les balcons, sur les toits ». Et la scène surréaliste va se produire, car les joueurs du Napoli vont vraiment prendre les choses au sérieux et disputer la rencontre.

La réplique du but du siècle

Toute la scène est bien entendu filmée, et les Napolitains vont alors réaliser leur échauffement d’avant match sur… un parking. Au milieu des voitures, dans la boue et à quelques centimètres des supporters. La scène a tout d’un tragique match de football amateur, mais Maradona est lui concentré comme jamais. Et une fois sur le terrain, la légende argentine va se battre comme un dieu. Sur chaque ballon. Comme si ce match était aussi important que les autres. A la mi-temps, l’Argentin raccompagne même ses coéquipiers en râlant. Short, chaussettes et maillot couvert de boue…. « Maradona ne s’est pas épargné: il a couru, s’est sali, a dribblé, a cherché le but comme s’il s’agissait d’un match de championnat » se remémore encore Puzone. Mais mieux encore, Maradona va même marquer un but quasiment conforme à celui inscrit contre l’Angleterre avec l’Argentine, ce fameux but du siècle où il passa toute l’équipe adverse en revue. La grande classe. Encore une fois. 

Diego Maradona, tout simplement

Au final, Puzone se souvient que ce match fut un grand spectacle. Et surtout, « il permit à l’enfant malade de tranquillement se faire opérer, avec quasiment 70 millions de lire récoltées ». Quant aux images et à la vidéo de cette rencontre, elles restent évidemment cultes. Quelques jours après la mort du joueur argentin, Paolo Maldini en personne avait remémoré cet instant, en rappelant que « ce match amical joué à Acerra sur un terrain de boue est emblématique, et que cette image doit être montrée à tous ces joueurs d’aujourd’hui qui se plaignent des terrains ». Symbole que Diego Maradona n’était définitivement pas un joueur comme les autres.

Boris Abbate

Rédacteur



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