CALCIOSTORY : Italie-Ukraine 2006, d’un Gianluca à l’autre

Par Leo Carta publié le 20 Avr 2020

Force est de constater, à postériori, que l’épopée victorieuse des Italiens en 2006 était de bout en bout empreinte d’une atmosphère particulière. Chaque match reste profondément singulier dans la mémoire des tifosi et chaque joueur de l’effectif aura réussi à marquer, d’une manière ou d’une autre, cette aventure. Tout était réuni pour le sacre, mais impossible alors de s’en apercevoir. Et cette rencontre, entre l’Italie et l’Ukraine, ne fait pas exception.

Chi va piano…

Le 30 juin 2006, la Squadra Azzurra aborde les quarts de finale sur la pointe des pied et retourne à Hambourg, dans le stade qui l’a vue triompher des Tchèques quelques jours plus tôt. Le précédent match contre l’Australie n’a rassuré personne et en France les premières piques commencent à apparaître sur les journaux. L’Équipe en parle comme d’un « miracle à l’italienne » et présente « Italie à l’ancienne » qui va affronter l’Ukraine pour atteindre les demi-finales. Des Ukrainiens qui sortent, aussi, d’un huitième compliqué contre la Suisse (0-0, victoire aux t.a.b.). Bien loin de vivre la compétition idéale, la Zbirna se présente néanmoins comme l’équipe surprise de ces quarts, emmenée par l’ancienne gloire nationale Oleg Blokhine et l’ex-bomber préféré des rossoneri de l’époque : Andreï Shevchenko. Nouvellement recruté par Chelsea, Sheva n’a marqué que deux buts dans la compétitions et entend faire parler la poudre face à ses ex-coéquipiers du Milan AC. Une épine dans le pied de la défense qui doit pour cette rencontre composer sans Nesta (blessé) et Materazzi (suspendu).

Du miracle au cauchemar 

Les hommes de Marcello Lippi, eux, abordent cette rencontre en pleine tempête médiatique. En Italie le procès Calciopoli (que la Gazzetta dello Sport surnomme alors « Moggiopoli ») continue de faire la une des journaux. Côté sportif, les joueurs tentent tant bien que mal de se focaliser sur le ballon rond : En défense c’est le jeune Barzagli va être lancé dans le grand bain comme l’ « anti-Sheva ». Devant, Lippi continue de faire confiance à Totti dans un système à un seul attaquant (déjà utilisé contre la République Tchèque et qui ne quittera plus la Nazionale jusqu’à la fin de la compétition). Del Piero, quant à lui, ronge son frein et commence à réclamer plus de temps de jeu dans sa position naturelle.

Mais ce qui agite le plus le cœur et la pensée des joueurs depuis quelques jours, c’est la tentative de suicide de Gianluca Pessotto qui, le 27 juin 2006, se retrouve gravement blessé après une chute du quatrième étage. Le dirigeant de la Juventus se retrouve hospitalisé dans un établissement de Turin et son pronostic vital est fortement engagé. Cannavaro, qui quitte sa conférence de presse dès qu’il apprend la nouvelle, est exceptionnellement autorisé à le rejoindre. Avec lui, Del Piero, Zambrotta et Ferrara laissent quelques heures le ritiro azzurro pour le retrouver. Avec eux, c’est l’Italie du sport toute entière qui retient son souffle. Le match à venir semble alors bien loin, et pourtant…

« À l’Italienne »

Au matin du 30 juin 2006 les nouvelles s’améliorent du côté de Turin. Pessotto, qui va subir sa troisième opération en quelques jours, commence à réagir. La Squadra Azzurra, elle, débute le soir même son match pied au plancher dans un 4-4-1-1 affriolant. Le marquage individuel des Ukrainiens laisse énormément d’espaces entre les lignes dans lesquelles les latéraux peuvent s’infiltrer. Camoranesi par exemple, à la quatrième minute de jeu, se recentre et perce dans l’axe jusqu’à l’entrée de surface. A bout de course, il place un petit intérieur du pied qui passe de peu près du poteau de Shovkovskyi. Un premier avertissement pour les jaunes et bleus qui subissent, une minute plus tard, le premier but. Parti côté droit, Gianluca Zambrotta combine avec un Totti très inspiré qui, d’une petite talonnade, lui permet de se recentrer. Lancé comme un taureau enragé, il allume aux vingt mètre un pétard du gauche qui troue les gants du gardien ukrainien et vient se loger dans le petit filet (1-0). La machine est lancée. Ou presque.

Car l’entame de la deuxième mi-temps est plus compliquée. Buffon se montre décisif plusieurs fois. Sur Kalynychenko, pour commencer, dont il repousse la tête en corner en manquant de s’ouvrir le crâne sur son poteau. Sur Husyev ensuite, qui tire à bout portant une petite praline. L’action la plus chaudedes Ukrainiens qui manquent d’égaliser dans la foulée avec, une nouvelle fois, Kalynychenko qui trouve sur sa route la cuisse de Zambrotta sur la ligne de but. Même pas mal. A l’heure de jeu, sur un corner tiré à deux, Totti adresse un amour de centre sur la tête de Luca Toni qui débloque son compteur dans la compétition (2-0). La pression adverse est loin de s’affaiblir. Les coéquipiers de Sheva y croient toujours, parviennent même à toucher la barre, mais les Azzurri se montrent plus concrets. Intenable, Zambrotta (cette fois-ci côté gauche), dévaste la défense jaune et bleue. Machine infernale, puissante et insatiable, il dépose une galette sur les pieds de Toni qui n’a qu’à la pousser au fond (3-0). C’est terminé. L’Italie s’impose avec la manière face à une belle équipe ukrainienne et rejoint l’Allemagne en demi-finale. L’aventure continue.

Leo Carta

Rédacteur Juventus



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