CALCIOSTORY : Italie – Autriche il y a 30 ans, la première « notte magica »

Par Marc Occhipinti publié le 26 Juin 2021
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Un été italien

Pour les Italiens, ce mondial 1990 tend à l’obsession. Une fièvre plus brûlante encore que pour les mondiaux précédents a gagné tout le pays. Pourtant, à peine 8 ans avant, Zoff mettait fin à 44 ans d’attente en levant dans le ciel madrilène, le trophée de légende sculpté par Silvio Gazzaniga – la coupe du monde, étant née des mains d’un italien, elle aura toujours, d’une certaine façon, un parfum d’Italie. Paradoxalement, ce triomphe n’a fait qu’accentuer la soif de victoire de la Nazionale. Cela pour 2 raisons. 56 ans après sa première visite, dans une Italie alors sous la botte du Duce et le fanatisme des chemises noires, la plus populaire des compétitions de football revient enfin au Bel Paese. Et surtout, la sélection de 1990 est l’une des plus complètes et talentueuses depuis le temps de Meazza. Le calcio n’est pas loin de son apogée.

La Serie A est tout simplement le plus beau championnat du monde. C’est donc une nation entière, unie dans un même mortier qui se tient derrière sa sélection, battant d’un seul et même cœur sur les notes d’ »Un Estate Italiana« . Jamais paroles d’ailleurs n’auront été si fidèles aux sentiments et à la réalité d’un pays : « Ce rêve qui te saisit enfant et qui te porte toujours plus loin. Ce n’est pas une fable, et des vestiaires sortent les garçons… et c’est nous ! » La voix éraillée de Gianna Nannini décrit ainsi avec justesse comment le pays tout entier, les soirs de match de la Nazionale, semble monter sur la pelouse avec les joueurs. Tout cela le temps d’un été italien, où rien, rien ne sera plus important que le ballon rond, sinon la Squadra Azzurra.

L’obligation de vaincre

Cette compétition, le Commissario Tecnico Azeglio Vicini la prépare en réalité depuis 4 ans quand il reprend le timon de la sélection après l’échec des mondiaux de 1986. Exit les gloires du triomphe de 1982. Un mot d’ordre : rajeunissement. Il a d’ailleurs l’œil pour les jeunes talents pour avoir été l’entraîneur de l’équipe d’Italie des moins de 21 ans de 1977 à 1986. L’Euro 1988 n’est d’ailleurs qu’une simple répétition de la seule compétition qui compte pour Azeglio Vicini : le mondial de 1990 en Italie.

« La vie c’est comme une boîte de chocolats. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. » disait la mère de Forrest Gump. Et c’est un des points communs entre la vie et une génération de joueurs pour une sélection nationale. C’est toujours un peu la surprise. Il y a des millésimes meilleurs que d’autres. Des moissons plus généreuses et fournies. D’autres plus sèches et arides. En toute objectivité, on peut dire qu’Azeglio Vicini a eu la main plus heureuse que Conte en 2016 ou même Mancini en 2021. La Nazionale de 1990 résonne de noms de joueurs de légende : Zenga, Baresi, Bergomi, Maldini, Vierchowod, Ancelotti, Giannini, Baggio, Donadoni, Carnevale, Vialli, Mancini et bien sûr Totò Schillaci. Que du beau linge pourrait-on dire. Il faut bien les larges épaules de tous ces génies du ballon pour soutenir le poids accablant de cette obligation de vaincre. L’enthousiasme délirant du pays n’a d’égal que la peur de décevoir des joueurs et du sélectionneur. Cette angoisse qui les hante tous se lit dans une très rapide interview d’Azeglio Vicini. La journaliste lui demande : « Qu’est-ce qui vous inquiète le plus ? ». A cette question, Azeglio Vicini, le visage fermé et tendu répond un très laconique mais révélateur : « Ne pas gagner les matchs. »

Un Olimpico tout vert blanc et rouge

Quand vient le soir du 9 juin 1990, pour le premier match de l’Italie contre l’Autriche, le spectacle de l’Olimpico, rénové spécialement pour le Mondiale, est à couper le souffle. Plus de 73000 spectateurs accueillent la Nazionale à la fois avec chaleur et aussi une sourde inquiétude : « Seront-ils à la hauteur? »

Pour beaucoup, l’Autriche est vouée à être la victime expiatoire, mais c’est sous-estimer la qualité du premier adversaire de la Nazionale. Le sélectionneur Hickersberger, vieille gloire de l’Austria et du Rapid de Vienne peut compter en effet sur une belle équipe. A la surprise générale, Rodax, meilleur buteur du championnat autrichien avec 35 buts est laissé sur le banc. A sa place, Andreas Ogris pour accompagner le redoutable Toni Polster du FC Séville, vieille connaissance du calcio qui a évolué au Torino.

Le match commence sur des chapeaux de roue avec une Italie résolument vouée à l’attaque. La tactique de l’Autriche est on ne peut plus claire. Défendre en bloc et contre attaquer pour prendre l’avantage sur un raid. Pourtant il faut cinq minutes à Vialli pour trouver une brèche. Ouverture lumineuse à Carnevale qui se retrouve en duel contre le portier autrichien mais l’attaquant champion d’Italie avec le Napoli ne trouve rien de mieux que tirer sur Lindenberger, auteur d’une remarquable sortie. L’Italie accentue son pressing dans la moitié de terrain de l’Autriche. Passe en retrait malheureuse que Vialli récupère. De nouveau tête à tête avec le gardien. Et Gianluca pousse malheureusement ce ballon facile à côté des buts. C’est là que la peur s’est insinuée dans le sang de la Nazionale. On croit même à une malédiction quand Ancelotti fait partir un très beau tir dans le petit filet, Carnevale à 2 pas réussit à faire passer la balle au dessus des buts. Les minutes filent et l’angoisse monte. Vialli dans les 16 mètres se libère mais croise trop sa frappe. L’Italie bute toujours et désespère. A 15 mn de la fin, Vicini insère Totò Schillaci à la place de Carnevale. Vialli sur l’aile droite échappe de 3 pas de son marquage et adresse un centre. Le petit Palermitain de la Juve pourtant plongé dans l’ombre des 2 tours autrichiennes culminant pas loin des 2 mètres, se retrouve le ballon sur la tête pour libérer tout un pays.

L’Olimpico se drape alors tout entier dans une marée de tricolores vert blanc rouge, sans compter, les 60 millions d’habitants qui du Trentin à l’île de Pantelleria hurlent leurs joies dans cette première « notte magica ».

 

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Marc Occhipinti



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