CALCIOSTORY : Italie-Australie 2006, « Francescooooooo Totti Totti Totti Totti !!! »

Par Boris Abbate publié le 16 Avr 2020
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26 juin 2006. Kaiserslautern. Italie-Australie. 93ème minute. La nuit n’est pas encore tombée et il fait toujours aussi chaud sur la pelouse du Fritz-Walter-Stadion, quand Totti se rapproche du point de pénalty australien. Autour de lui, le rythme cardiaque de tous les supporters de l’arène allemande affole les compteurs, et Marcello Lippi se cherche encore des doigts à bouffer. Gigi Buffon a lui carrément tourné le dos à la scène, et tout le banc italien est rentré dans une transe délirante. Alors, quand il pose ses mains toutes moites sur son ballon pour le placer, toutes sortes d’émotions transitent dans le cerveau du Romanista. Le numéro 10 italien pense surtout à son horrible blessure au péroné et à la cheville qui l’a handicapé et écarté des terrains 4 mois plus tôt, et qui a bien failli lui faire rater ce Mondial.

Les huit vis et les cicatrices impressionnantes de l’Italien sont d’ailleurs encore présentes dans son pied, et le beau Francesco repense brusquement à toutes les critiques dont il est victime. Depuis le début de la compétition, il est LA cible préférée des médias, et critiquer Totti est plus qu’une activité à part entière, notamment parce que beaucoup jugent qu’il est « inutile de sélectionner un joueur qui n’est qu’à même pas 50% de ses capacités ». Une fois ces souvenirs passés, l’attaquant prend alors de l’élan et se lance. Il jette un dernier sourire nerveux à l’arbitre, un dernier coup d’oeil au gardien, puis entame sa course. Et il le sait pertinemment, au plus profond de lui : s’il rate ce pénalty, il sera le grand responsable de l’échec italien. Car oui, si l’Italie poursuit ce match jusqu’en prolongations, plus personne ne donne cher de sa peau…

A dix contre onze pendant pratiquement une mi-temps…

Avant ce pénalty, l’Italie a pourtant eu les occasions et les opportunités pour venir à bout de ces huitièmes de finale. Lippi a d’ailleurs choisi un trident offensif inédit et assez sexy avec Gilardino, Toni et Del Piero réunis dès le coup d’envoi, et Pirlo, Gattuso et Perrotta au milieu. Le coach italien a compris qu’il fallait du sang frais pour ce type de rencontre, et l’équipe a plutôt fière allure dès le début des hostilités. A tel point qu’il ne faut que 3 minutes de jeu à Toni pour frôler le but du 1-0 sur un coup de tête, quand 15 minutes plus tard Gilardino manque lui aussi de peu l’ouverture du score sur une jolie volée. Oui, la Squadra joue bien dans ce premier acte, et le grand Toni est encore tout proche du but quand il oblige le portier australien à un autre superbe arrêt. Le géant italien a beau sourire nerveusement et se dire qu’il en aura d’autre, mais c’est en réalité une troisième balle de but qui s’est échappée pour la Nazionale. Sans oublier que quelques minutes plus tard, l’Australie se libère et oblige pour la première fois Buffon à la parade. La mi-temps arrive, et les ennuis peuvent alors commencer…

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Car à la tête des 11 vaillants australiens, se trouve un personnage bien connu des Italiens. Guus Hiddink, qui avait éliminé l’Italie 4 ans plus tôt avec la Corée, est en effet impatient de rééditer une nouvelle fois l’exploit. Symbole d’un football au pragmatisme absolu, d’une organisation défensive sans faille et de contres attaques éclairs, la méthode Hiddink se met alors définitivement en place en deuxième mi-temps. Le 3-5-2 australien prend de l’ampleur, et petit à petit, l’équipe du Batave prend confiance. Et dès la 50ème minute de jeu, le tournant du match arrive. Materazzi fauche violemment Bresciano (mais touche en réalité Zambrotta) et l’arbitre sort en quelques secondes le rouge. Ma dai... L’Italie va devoir finir toute la mi-temps à 10, tandis que Bresciano se roule lui encore par terre. Dès lors, la Squadra ne va plus toucher une canette, et l’Australie pousse et insiste avec rage et précision. Ils jouent en vert et jaunes et on dirait que la Seleçao est venue les remplacer sur le terrain. Peu importe, la Squadra va devoir souffrir. Barzagli remplace Toni, Buffon enchaine les parades et tout le monde l’a parfaitement compris : seule une intervention divine peut changer le cours du match. Alors, en stress total sur son banc, Lippi lance Totti à la place de Del Piero, à 15 minutes du coup de sifflet final. La voila, l’intervention divine ?

L’entrée de Totti, à 15 minutes de la fin

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Toujours en grande souffrance, la Nazionale ne doit alors son salut qu’à une invention du Romain, qui lance d’ailleurs subliment Grosso sur son coté. C’est la fin du match, la 93ème minute, et le latéral s’arrache comme un forcené sur son coté puis se fait faucher en pleine surface. P-É-N-A-L-T-Y ! Pirlo laisse le ballon à Totti, tout le monde se recule, Hiddink devient rouge comme un Hollandais en vacances, et le duel entre le Romanista et le gardien peut commencer. Le match étant déjà terminé, la scène est surréaliste et prend vite des allures de western à la sauce Sergio Leone. Un Sergio Leone Romanista lui aussi, qui allait régulièrement à l’Olimpico en compagnie d’Ennio Morricone, pour l’anecdote. Comme un symbole, le caméraman allemand reprend alors le délire de ses western spaghettis et réalise de longues et sublimes séquences tantôt sur le regard de Totti, tantôt sur le regard du gardien australien. Qui dégainera le premier ? Totti, avec une nouvelle panenka ? Non, il « y avait pensé », mais « il faisait beaucoup trop chaud ce jour-là », confiera plus tard le Romain. Totti choisi donc une frappe puissante sur le coté gauche, et Caressa explose : « Francescoooooooo Totti Totti Totti Totti […] ». C’est du délire, c’était inespéré et la Squadra se qualifie in-extremis pour les quarts de finale. Le tournant du Mondial ? Assurément ! Car c’est bien une toute nouvelle Italie qui se présentera face à l’Ukraine dans quelques jours !

Boris Abbate

Rédacteur



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