CALCIOSTORY : Du Torino à Coppola, le fabuleux destin de Raf Vallone

Par Elio Gusti publié le 26 Nov 2019

Quel est le point commun entre le Grande Torino, le journal PCI L’Unita et Sidney Lumet ? Pas grand chose en apparence mais pourtant un homme à réussi à relier le théâtre du Calcio au septième art. C’est l’histoire d’un des premier footballeur à réussir au cinéma, bien avant Cantona ou Vinie Jones, l’histoire d’un calabrais qui réussi à Hollywood : Raf Vallone.

UN CALABRAIS A TURIN

Né dans la petite ville de Tropéa, Vallone quitte sa Calabre natale pour rejoindre le nord de la botte avec sa famille. Il y intègre l’université de Turin où il étudie la philosophie et le droit. Repéré par le centre de formation du Torino, il intègre l’équipe en parallèle de ses études. Sa carrière commence bien avec quelques apparitions en équipe A, effectue une petite vingtaine de matchs (dans un championnat qui comportait douze équipes à l’époque) et remporte la Coupe d’Italie de 1936 contre l’Alessandria. Mais Raf donne de plus en plus d’importance à ses études et voit sa carrière stagner, il voit ses apparitions se faire de plus en plus rare et est prêté au Novara lors de la saison 1939-1940. Il n’y effectue que deux petites apparitions ce qui lui fait comprendre que son avenir passe par autre chose que le monde du Calcio. En 1942 il décide à 23 ans d’arrêter sa carrière après une défaite en finale des championnat du monde universitaire.

JOURNALISTE ET PARTISAN

Il entre cette même année comme pigiste dans le journal communiste et anti-fasciste L’Unita où il se charge des rubriques sportives et culturelle. Cela lui ouvre les portes de La Stampa où il écrit quelques critiques de cinéma et donc des plateaux de Cinecitta. A l’époque Rome était déjà une capitale du cinéma et y faire carrière était plus souvent une question de chance que de réel talent. Comme souvent, lors des tournages, les figurants étaient engagés à la journée et directement « castés » devant les grilles des studios où les quidam s’entassaient chaque matin dans l’espoir de taper dans l’oeil d’un metteur en scène (c’est plus ou moins de cette façon que Marcelo Mastroianni passa du théâtre au Cinéma.). Ainsi, Raf se retrouve embarqué sur le tournage de Noi Vivi de Goffredo Alessandrini, puis enchaina la même année avec un autre film du réalisateur Addio Kira!.

Malheureusement pour Raf, l’entrée en guerre de l’Italie stoppa net sa nouvelle carrière et il s’engagea avec la résistance jusqu’à la chute de Mussolini.

IL A PASSE TANT D’HEURES SOUS LES SUNLIGHTS

L’après guerre permet un renouveau du cinéma Italien avec l’émergence du « Néo-Réalisme », un courant cinématographique qui profitant du manque de moyens oscille entre la fiction et le documentaire et à la particularité de faire jouer des acteurs non-professionnels. Roma, città aperta de Rossellini en est un des films fondateurs et ouvrira la porte à des metteurs en scène comme Vittorio De Sica et Giuseppe De Santis.

Vallone va profiter de la renaissance du cinéma transalpin pour reprendre sa carrière là où l’avait arrêtée. Ainsi, il se retrouve en 1949 devant la caméra de De Santis pour jouer le rival de Vittorio Gassman dans Riso Amaro. C’est le même De Santis qui lui offrira quelques années plus tard le premier rôle dans le tragique et magnifique Non c’è pace Tra gli ulivi un drame où il incarne un ancien soldat fasciste démobilisé qui de retour dans sa ville natale va chercher à venger son frère d’un propriétaire terrien l’ayant dépouillé et poussé au suicide. En 1962, il remporte le Davide di Donatello (l’équivalant des Césars Italiens) du meilleur acteur pour son rôle dans Uno sguardo dal ponte de Sidney Lumet.

Devenu un acteur reconnu en Italie, il tourne avec de grands metteurs en scène comme Curzio Malaparte, Dino Risi ou encore De Sica.  Raf Vallone voit sa carrière l’emmener aux quatre coins du monde pour tourner en France et aux Etats-Unis dans les années soixante où il tournera pour Otto Preminger, Anthony Mann ou encore Roger Corman. Sa carrière lui permettra de tourner avec les plus grand acteurs comme Sophia Loren, Charlton Heston, Peter O’Toole, Steve MacQueen (dans le western Nevada Smith) Michael Caine, Brigitte Bardot etc… Un de ses dernier grand rôle sera celui du Cardinal Lamberdo dans le troisième volet du Parrain de Francis Ford Coppola. Un rôle sur mesure pour un des acteurs les plus emblématique de l’histoire du cinéma italien.

Archétype du séducteur italien, on lui prête une liaison avec Bardot et Dietrich, il décidera rapidement de poursuivre en parallèle une autre carrière, loin du glamour des plateaux de cinéma, en mettant en scène et jouant au théâtre. Se découvrant une véritable passion pour le monde des planches allant même jusqu’à déclare « Je suis avant un acteur de théâtre et seulement de théâtre. Le cinéma est juste mon métier ». 

Raf continuera sa carrière jusqu’à la fin de sa vie. Alternant entre Los Angeles et sa villa de Tropéa où il avait l’habitude de se ressourcer et où il fût enterré à sa mort en 2002. Il restera pous tous, un grand monsieur du cinéma italien. Sa vie des terrains de Turin aux plateaux d’Hollywood symbolise peut être le mieux ce qu’était l’Italie d’après guerre : un pays de passion où tout était possible.

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



Lire aussi